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Faciles, les échanges, aujourd’hui ?
Voyons plutôt…
Traverser l’Atlantique prenait jadis des semaines, contre quelques heures
à présent. Pour autant, le traverse-t-on davantage ? Coût,
peur du terrorisme… A notre offre de rejoindre Karrek Ven, on répond :
« Oui, mais, le voyage pour rejoindre le bateau… ».
La communication passe-t-elle mieux ? Au temps de la marine à voile,
les nouvelles couraient et se répandaient comme le vent. Aujourd’hui,
qui sait que Karrek Ven est à l’eau et attend des équipiers ?
On m’écrit pour me demander des nouvelles, alors qu’elles
paraissent régulièrement sur le site… Etrange, étrange.
Résultat de tout cela, grimpés sur la hune, mains en visière,
on scrute vainement l’horizon : toujours pas d’équipage,
et toujours pas d’argent pour finir les aménagements intérieurs,
changer la chaîne de mouillage, renouveler le parc de batteries, effectuer
le carénage…Situation curieuse d’un potentiel matériel
(et historique !) magnifique qui, pour diverses raisons, ne trouve pas preneur.
Grâce au concours d’anciens jeunes marins de Karrek Ven, de leurs
familles, d’amis de ces expéditions, de cette formation, et grâce
à la ténacité de quelques mordus, ce voilier a été
splendidement restauré. Un pari fou contre beaucoup d’adversité
et coups du sort : une association créée pour cette restauration,
qui nous abandonne, celui qui devait accueillir le bateau sur son terrain qui
y renonce par crainte que, faute d’argent, on ne lui laisse une épave,
des ex-amis qui nous tirent dans les pattes, le maître charpentier de
marine enfin déniché qui meurt trois mois après le débuts
des travaux, un chantier au cœur d’une zone de délinquance
où l’on se tue jusque sous la navire même, des difficultés
techniques quotidiennes, un tel travail n’entrant pas dans les pratiques
locales actuelles, et les matériaux ne se trouvant donc pas, etc.
Mais on l’a fait.
Et maintenant que nous avons passé le plus dur, personne pour jouir de
ce chef d’œuvre ressuscité ? Quelle drôle de situation... !
Les ondes tropicales se succèdent, balayant les Antilles de vent, de
grains, d’orages, retardant notre apparerillage pour le Venezuela. A quelque
chose malheur est bon : cela nous a permis de remettre en état,
avec l’aide sympathique d’un « diving club »
local, deux équipements de plongée (bouteilles, harnais, détendeurs).
De quoi descendre voir les poissons de près, et surtout, une sécurité
pour le navire (réparation d’urgence, ancre prise sous un rocher).
En apnée, cependant, nous n’avons pu résister à l’envie
d’aller faire un petit au revoir aux splendides fonds sous-marins des
Tobago Cayes. Il avait plu là, depuis notre dernière visite, les
îlots étaient tout verts et odorants de petites fleurs blanches
aux senteurs de miel. Des iguanes, une tortue, de nombreux oiseaux de mer se
partageaient ce domaine enchanteur.
C’est beau les Caraïbes,
qu’on se le dise !

KV aux Tobago Cayes, protégé par une grande barrière de
corail où l’on va plonger. La poussière du Sahara, anormalement
constante depuis quelques semaines, obscurcit l’atmosphère, mais
ne trouble pas la splendeur des fonds sous-marins.
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