Le Journal de Karrek Ven

n°2 - 15 décembre 2005

Premières découvertes des Antilles !


Fini les petits essais bateau autour de Cumana, cette fois Karrek Ven est parti, cap au large.
Après Cubagua, l'île aux perles, Margarita, la perle des îles (si l'on en croit le nom). Vivres, carburant, et vite, premier archipel du large, les Testigos. Visite brève, jeux de dunes.

Le navire attend, dans le dernier mouillage paisible. Quitté le Venezuela, Karrek Ven roulera, roulera... Ca ne tient pas à lui mais à une houle du nord tenace qui se faufile partout.
Réveil à 1h30, appareillage à 3 heures ! L'eau douce du moteur se mélange à l'eau de mer. On tente de réparer, en vain. On y va quand même.

Mais ce sont cinq autres heures de réparations qui nous attendent à mi-parcours pour Grenade. L'arbre d'hélice chauffe, surchauffe. La vieille graisse a dû disparaître en deux ans de chantier. On n'a pas de graisseur mais on se débrouille. C'est juste un peu long...
2 heures du matin, mouillage au radar face à St. George de Grenade. Première île des Antilles !
On ne la découvrira qu'au jour. Avons mouillé à près d'un mille du quai, les aller-retours ne sont pas faciles lorsque le moteur de la barque, tombé à l'eau à Cubagua, fait des caprices pour marcher. Mais le moral est bon, Grenade c'est une belle île, l'ambiance, mi British mi Africaine, change de l'Amérique du sud. C'est chaud, coloré, assez luxueux (et cher) aussi. Grenade se relève des coups d'Ivan le terrible, cyclone gigantesque qui l'a frappée l'an dernier. L'aide internationale est arrivée à flot et, si elle ne touche pas tous, elle en comble certains... Beaucoup de toits manquent encore, dont ceux des églises. 80% avaient disparu avec Ivan, dont celui de la prison !
Il faut mettre une laisse au chien qui ne comprend pas, refuse formellement pareille infamie. Pendant que nous faisions les gentils auprès des services d'immigration dans l'espoir qu'on oublie de nous parler d'animaux à bord, celui-ci fit irruption dans le bureau, ayant échappé à Arthur et nous ayant retrouvé. Ils se couche aux pieds même de l'officier d'immigration ! Mais les autorités de Grenade sont exceptionnelles, le toutou est admis sans problème sur le territoire national.



Courses d'équipement pour le bateau, vivres et nous repartons, à regrets mais Isabelle arrive sous peu à Tobago, c'est notre premier "accueil" qui se met en place.
Arrivée de nuit encore à Charlotteville, Tobago, dans le nord sauvage. Traversée cette fois sans problème, voile et moteur. La houle grossit à notre approche de l'île. Mais où mouiller ? Soit trop profond (40 m), soit un encombrement de voiliers.
Mouillons finalement par 20 m, toute la chaîne de 60 m. Et le roulis continue. Il s'amplifiera sans arrêt les jours suivants.
Autorités de nouveau sympathiques. L'approche de Noël ? Toutou est admis là encore, au vu cette fois, non de l'animal prudemment laissé à bord, mais de ses papiers de vaccination.
Accueil aimable aussi de cette population paisible de pêcheurs. Arthur se fait inviter à pêcher. Rude journée dans de grosses vagues. Solveig se fait demander en mariage... après avoir trouvé, à 11 heures du soir, un dimanche, un pêcheur pour la ramener à Karrek Ven avec Isabelle, son amie arrivée par avion pour quelques jours. Il est vrai que l'homme était passablement ivre, et qu'il avait l'alcool enthousiaste. Frayeur de ses passagères tandis qu'il slalome à toute vitesse entre les voiliers au mouillage.

 


Pluie, pluie et repluie, la saison humide ne veut plus finir, pas plus que les cyclones qui, cette année, ont épuisé l'alphabet tant ils sont nombreux. C'est le dernier, Epsilon (il a fallu recourir à l'alphabet des Grecs), qui nous vaut cette houle. Le petit groupe part alors remonter une rivière avec les K-ways.


Vagues et vagues en tous sens. Karrek Ven roule bord sur bord, jour et nuit. C'est un test de solidité !
Le toutou doit alors accepter de nager jusqu'au rivage depuis la barque : impossible de l'approcher pour débarquer, on mouille et l'on débarque à la nage. Il revient de même à la barque, mais pas de gaieté de coeur.
Une accalmie relative, nous en profitons pour reprendre la mer. Ça remue davantage qu'annoncé, et la barque, laissée en remorque, surfe dangereusement sur les vagues.



Arrivée à Englishman's Bay, charmante petite baie tropicale, avec plage de cocotiers, mais... entièrement frangée d'écume. Des perroquets et des cocricos (sorte de grosse poule volante, symbole de Trinidad) Un Rasta bien mis, avec gros générateur pour les boissons fraîches, vend de l'artisanat joliment exécuté sur calebasses et bambous. Les bambous, d'ailleurs, énormes, font des voûtes au dessus des rivières.
Enfin, escale à Plymouth. Est-ce plus protégé ? la mer s'est-elle un peu calmée ? nous ne roulons enfin plus bord sur bord. Manoeuvre pour ramener la barque à couple du bateau afin de reculer sans problèmes une fois l'ancre mouillée... et nous coinçons justement son amarre dans l'hélice ! Mouillage en catastrophe, plongée, on défait les tours d'amarre autour de l'hélice. Heureusement que l'eau est tiède !
Belle baie avec, toujours, sa rivière et sa plage de cocotiers. Nombreux pélicans, mouettes rieuses, fous bruns, hérons, petits pluviers jouant avec les vagues.
Au soir, un orchestre de steel band joue des chants de Noël...
Ce redémarrage du bateau n'est donc pas sans surprises. Le matériel serait en partie à changer, l'autre partie demande de soigneuses révisions. Cependant, l'utiliser nous montre ses défauts. A l'escale ou en mer, nous réparons... Et de toutes façons l'argent nous manque encore pour pour tout acheter, matelas, rideaux, une nouvelle cuisinière, une nouvelle batterie de cuisine, un nouveau taud, une machine à coudre, de nouvelles machines à bois, de nouveau outils. En attendant de le trouver, on peint, c'est joli et satisfaisant, et l'on fait avec ce que l'on a.
Rencontré dans une maison de Charlotteville un petit Père Noël. Qu'il vous apporte tous les voeux de bonnes fêtes de l'équipage de Karrek Ven !


Vers Tobago (Marion)
La Grand Voile ce matin s’est levée avec le soleil.
Quatre petits bonshommes mi-habillés mi-reveillés étaient pendus aux drisses de ce grand morceau de toile rouge. Debout pour saluer le soleil, au vent pour saluer la mer, nous faisions route pour Tobago.



Départ au très petit matin, quand il fait encore bien nuit. Réveil sombre et silencieux, guidé par la lampe frontale de notre Léo Luciole, dans la nuit. On se glisse en bas, on démarre le moteur ; petit soupir de soulagement, il a démarré du premier coup ! Puis on remonte à l’avant, près du guindeau, grandes manivelles qui nous permettent de remonter les quelques 600kg de chaîne et ancre qui nous attendent sous les étoiles de décembre nouveau. Il nous faut quand même 20 bonnes minutes à trois pour remonter la chose…


Une heure plus tard, seule dans la timonerie, je suis mon étoile qui me guide vers la prochaine île.
Balancement lent, total, infini, sous les pieds et dans les mains,
Et la roue qui tourne, joue, lutte parfois, tandis que les pensées prennent les vagues.
Dehors, à l’étrave, un veilleur perd ses yeux dans le reflet argenté de la lune sur l’eau, à la recherche de la moindre ombre, d’une potentielle petite lumière, barque ou bateau lointain qu’il nous faudra éviter. A l’écoute, le corps suit l’amplitude profonde des mouvements de la mer et du bateau.
Sérénité alors, tandis que Karrek Ven trace sa route, notre route, dans le calme de la nuit.


La valse (Solveig)
Neige en France, records de froid au Canada et aux Etats-Unis, Epsilon le cyclone titillant la Caraïbe, La ZIC (Zone intertropicale de convergence) se refusant à descendre : le mois de décembre réserve son lot de surprises météorologiques.
Et Karrek là-dedans ?
De l’eau, de l’eau, de l’eau ! Beaucoup d’eau venue du ciel.
Chaque soir à bord, la question se pose et l’espoir revient : « va-t-on pouvoir dormir dehors cette nuit ? Le temps semble meilleur, non ? »
Mais chaque nuit, depuis samedi dernier, c’est la valse des équipiers ensommeillés. Trop de vent et de roulis : on troque le hamac devenu balançoire pour le plancher. Trop de pluie : on file s’installer dans le carré. Et parfois le jour c’est la course, la danse s’accélère. Roulis, vent, pluie : vite amarrez mieux la barque ! Fermez tout ! Enlevez tout ce qui risque de tomber ! Nous n’avons pas encore les réflexes de tout mettre à l’abri des dangers du roulis qui veut se faire plus malin que nous lorsque la houle augmente soudain. Mais le temps qui tendait à se dégrader depuis notre arrivée à Tobago semble enfin, ce dimanche 11 décembre, consentir à se calmer et à nous laisser dormir en paix.

Un peu de répit et de nouvelles nuits sous les étoiles. Mais ces petits déboires ne nous empêchent pas d’apprécier grandement Charlotteville. Une météo plus clémente signifie aussi changement de mouillage… la découverte de l’île de Tobago peut alors continuer.



Travaux de gréement (Marion)
Coincée au bout de la bôme d’artimon j’hésite entre plonger et faire demi tour.
En fait il faudrait que je fasse demi tour pour tirer un peu et fixer la protection de la voile.
De toute façon c’est peut être un peu haut pour sauter.
Quoi que…
En fait, justement c’est un peu haut, et pour faire demi tour comme ça, alors que ça bouge, que les balancines auxquelles je m’accroche ne tiennent pas bien…oulàlà !
Bon je fais demi tour…
Une jambe, l’autre, demi tour, les bras, le taud à attraper, on rétablit l’équilibre, zoupla boum (en fait justement non, pas « boum ») je m’accroupis, que c’est inconfortable !… mais c’est fait, fixé et je peux m’en aller retrouver le sol (un peu plus) ferme du bateau, voile amarrée et protégée. Encore une, on va finir par l’avoir notre gréement ! Nous y travaillons ces derniers jours, au gréement !
La veille je m’ « éclatais » avec le rabot sur cette même bôme. Debout sur le haut de la timonerie trempée de la dernière pluie, dans le soleil qui se couche, j’étais bien. Les copeaux voltigeaient tandis que mon morceau de bois prenait forme, s’harmonisant avec la bôme pour venir prendre sa place, joli pansement de pin sur la bôme abîmée.
Aplanir, coller, raboter, ça sentait le bois travaillé, et l’artimon allait pourvoir être envoyé.
Ces derniers jours, nous nous sommes attelées avec Solveig à la grande et toute nouvelle tâche pour nous, de faire une épissure sur câble.
L’épissure permet de rabouter un cordage sur lui-même afin de créer un œil, qui permettra d’amarrer ledit cordage. Petite subtilité : notre cordage est un câble rigide (!) nécessaire pour envoyer le foc, la grande voile de l’avant.
Toutes novices nous commençons par nous pencher sagement sur le manuel de matelotage du bord :
p.88 : « agrandir l’ouverture en trévirant et repousser jusqu'à ce que la tête de l’épissoir soit dirigée vers le bas, dégager le toron en l’élongeant dans le sens du commettage, le toron mobile est ensuite ramené à poste en dévirant d’un demi tour pendant que l’on fait glisser l’épissoir… »
Gasp ! Leooooooo ! keskecestkececharabia ??
Bon en fait, c’est donc comme une tresse à 12 brins, et le gentil manuel donne avec le texte de beaux schémas. Donc nous finissons par comprendre… sur le principe !
Depuis cela fait trois jours que nous luttons, pestons mais finalement ajustons ces câbles, oscillant entre découragement devant l’ampleur de la tache et espoir devant la forme qui s’esquisse.
Doux exercices de patience et persévérance…

Les indiens de Tobago... (en savoir plus)


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001 -


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