Attachez vos membrures !
Ces belles pièces pèsent chacune un quintal. Une tonne
de bois grimpe à l'assaut de Karrek Ven. Il faut les
accrocher, ou bien le bateau va s'ouvrir comme une
grande fleur...
Les Serres
Ce sont des pièces en long, assurant la rigidité du bateau
dans ce sens. Une série de serres se trouve en haut de la coque,
la famille Bauquière. Ce sont ces respectables pièces de
bois qui maintiendront les membrures, boulonnées à elles.
Les vieilles sont en mauvais état. Il convient donc de les changer.
La plus haute, plaquée contre la tête des membrures, est
la "bauquière" (c'est sur elle que sont posés
les bancs dans les embarcations non pontées). Pour la renforcer,
et soutenir les barrots de pont, la "contre-bauquière".
Et par dessous, deux autres encore, les "sous-bauquières".
La bauquière, avec ses 7 cm d'épaisseur d'ébène
vert, a causé une nuit blanche à Aldo, le maître charpentier.

Il a griffonné sur une poutre des schémas montrant
comment elle doit s'appuyer aux têtes des membrures,
mais comment la ployer ?

Finalement, après avoir tracé puis découpé
à la scie circulaire les 14 cm d'épaisseur de la contre-bauquière
dans un plateau de près de 400 kg, on a posé la bauquière
dans la partie laissée en creux de ce plateau. Soulagement, la
bauquière, avec quelques serre-joints, y a gentiment pris sa forme.
Elle ne devrait donc pas poser de problèmes quand on la plaquera
aux jambettes, au moins sur ce flanc de la coque, peu courbe.
Dans l'antre de la menuiserie

Les machines à bois tournent, la sciure vole, c'est là
que s'élaborent les formes, que se fignolent les surfaces. Dégauchisseuses,
raboteuses, scies à ruban, toupies tournent, mordent, coupent,
mettent aux bonnes dimensions, sculptent, sous la main des charpentiers
assistés de leurs apprentis.

Des outils à main complètent cet arsenal, les uns
électriques, les autres non, comme autrefois. C'est de
cette manière, traditionnelle, que nous avons choisi
de faire les moulures de ces bois qui suppriment les
dangereuses arrêtes vives. Elles auront ainsi le même
aspect que les anciennes que l'on retire.
Les "scarfs" également (enlèvements aux extrémités
devant s'assembler entre elles) sont exécutés en
grande partie à la scie à main, ce qui, dans ces bois
très durs, est assez long.

Les couples ont progressé vers l'avant du bateau. Là,
le resserrement de la coque oblige à donner un biais à
ces membres.
L'angle se prend sur la vieille pièce, refaite à
l'identique. Pour les premières, un coup de ponçage au
gros papier de verre suffira à donner l'angle. Mais,
celui-ci prenant davantage d'importance au fur et à
mesure de la progression, il faudra tailler les
membrures plus larges et leur donner le bon angle à la
scie à ruban, opération délicate.
Le point
Les travaux se diversifient, deviennent plus
complexes. Le rythme de fabrication et de pose des
membrures s'en est un peu ralenti.

Le premier bois est arrivé il y a 25 jours. Plus du quart des membrures
est posé, et le tiers des serres est prêt à l'être.
C'est bien. Cependant, les clous d'Amérique n'étaient pas
au bateau de cette semaine, et l'on a épuisé les stocks
de chevilles galvanisées pour les membrures, de tout Cumana...
Risque, donc, d'un nouveau ralentissement dans cette production. Heureusement,
d'autres tâches sont là; il n'y aura pas chômage !
Deux jeunes gens et une jeune fille offrent de venir
prêter main forte sur le chantier.
Le groupe des amis et anciens marins de Karrek Ven,
dont les interventions matérielles et les informations
quotidiennement envoyées par Internet sont si
précieuses pour cette restauration, est en cours de se
structurer légalement, de façon à accroître
son
efficacité. Cette Société se charge à la fois
de
collecter des informations sur le passé à la pêche
du
bateau, et de rechercher des fonds pour sa
restauration et sa maintenance.
Le Karrekvenéthon
a repris cette semaine avec trois nouvelles promesses de dons. Cependant,
d'anciennes promesses restent encore non finalisées. Espérons
que leurs auteurs n'oublient pas le petit navire !
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