En route vers l'étrave

Les membrures en ébène vert de l'étrave sont à peu près terminées.
Il ne reste plus qu'à bien les positionner.
Le bateau a cette fois belle apparence.
Le marsouin
C'est la lourde et solide pièce de bois unissant la quille et l'étrave.

On en fait le gabarit afin de le tailler, lui aussi dans un morceau massif
d'ébène vert qui attendait sagement son tour depuis 7 mois.

Mais quel est ce trou béant ?
Où sont passées les membrures ?
Elles n'étaient que provisoirement mises : il a fallu les retirer
pour installer le marsouin. Celui-ci est hissé en place grâce au guideau
(treuil) du pont.
Les deux grosses pièces de support du bout-dehors allant du pont au marsouin
ont été retirées et le palan passe à leur place à travers le pont.
La cloison et l'échelle que l'on aperçoit sur la photo ont été laissées
en place pour soutenir le pont.
On aperçoit aussi un des deux supports métalliques de soutien du guindeau,
posés directement sur le sol.

Une plus petite pièce de remplissage est fixée au marsouin.
La quille est en bon état, seulement un peu abîmée sur le bord :
les temps difficiles de la conception de Karrek Ven (1943) n'ont pas permis
de toujours sélectionner le meilleur bois.
De l'aubier (bois tendre sous l'écorce) formait ce bord de quille qui
s'est fait facilement attaquer par les tarets et par la pourriture sèche
(champignons).
On remplacera le morceau.
Les trous que l'on aperçoit en son milieu sont, les uns, ceux des chevilles
à bout perdu des anciennes varangues, et les autres ceux des longues chevilles
de près d'un mètre du précédent marsouin.
Galvanisation, Etuvage.

Une journée double de galvanisation et étuvage se prépare.
A côté de la chaudière de l'étuve, on installe la marmite de fonte qui
sert aux essais de galvanisation.
Un premier essai n'a pas été concluant. Il est impossible, ici, de se
procurer les produits de "fluxage" (anti-oxydants des pièces une fois
nettoyées), chlorure d'amonium en particulier. La galvanisation n'a donc
pas vraiment pris sur le métal. D'autres essais vont être faits.
Si un lecteur pouvait nous indiquer un produit de substitution facile
à trouver, nous lui en serions bien reconnaissants.

On ne se lasse pas d'admirer, sous les divers éclairages, les belles
courbes du bateau. Les membrures, trop grosses pour être ployées, sont
sciées en forme.
Les serres, elles, sont courbées à force, sur place.
Mais les serres bauquières, juste sous le pont, doivent être étuvées d'abord.
En comparant, sur cette photo, les membrures de devant et celles tout
au fond, on constate qu'à la courbure dans le plan horizontal s'ajoute
une torsion dans le plan vertical. C'est la plus difficile à obtenir.
Ce bois dur de 7 cm d'épaisseur refuse de s'y plier sans étuvage.
Vie du chantier
Une jolie coque traditionnelle vénézuélienne va être remise à l'eau.
Ce bateau, qui ne marche plus qu'au moteur, était primitivement un voiler
de pêche ou de charge, appelé "tres punos", très courant encore il y a
quelques années.
La coque de Karrek Ven présente beaucoup de ressemblance avec ce type.
Certains atteignaient ou dépassaient même sa taille.
Un bateau voisin s'est fait piller, jusqu'à sa barre à roue. Il n'était
pas gardé. Depuis, comme sur Karrek Ven depuis le premier jour sur le
chantier, du monde couche à bord...
Il y a de nombreux chiens errants, autour des bateaux. Ils reconnaissent
les personnes circulant sur ce vaste chantier, et aboient férocement devant
un étranger. Deux ont adopté Karrek Ven et le gardiennent nuit et jour.
Observer la vie de ces chiens est très explicatif des comportements humains,
qu'il s'agisse de famille, des jeux, des questions territoriales, de jalousie,
de séduction, d'affection, ou de vagues d'hystérie collective. Chaque
homme aussi se révèle dans ses rapports avec eux. Les ouvriers sont dans
l'ensemble gentils ou indifférents, les pêcheurs les nourrissent volontiers,
et les gens qui en ont peur sont méchants.
Nous avons encore reçu des informations collectées par Jean-Louis Jacquin
sur le passé de Karrek Ven. L'autorisation de construction fut donnée
le 12 février 1942, mais sa première campagne ne s'est faite qu'en mars
1945, pour une pêche au maquereau. Elle serait suivie d'une campagne au
thon puis à la sardine au Maroc. Nous développerons prochainement les
informations de ces passionnantes archives.
Le point
Le marsouin devrait être terminé pour le prochain journal, les membrures
remontées, avec cette fois des varangues à cheval sur le marsouin pour
les tenir. Ainsi renforcé, l'avant de Karrek Ven devrait pouvoir sans
dommage faire son échange d'étrave. Le tronc qui devrait la délivrer est
enfin en cours de débitage, mais pas sans arrêts, son propriétaire s'absentant
souvent et refusant de nous laisser ce travail.
L'allonge de voûte n'est toujours pas trouvée. Le propriétaire du tronc
que nous convoitions en veut trop cher.

(Lorsque
vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez la courbe de la toute
dernière mise à jour...)
Une promesse de don, cette semaine, mais pas de rentrée.
Nous demandions la semaine dernière si vous ne connaissiez pas une association
ayant cessé ses activités et devant reverser son solde de caisse à une
autre association. Il faut en effet qu'on la remonte, cette caisse et,
faute d'€uros à envoyer, vous avez peut-être dans un petit coin
de votre tête une bonne adresse...
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