Le Journal de Karrek Ven

n°3 - 14 janvier 2005

Revoir le large


Le voilier est oiseau du large. Il ne peut vivre à terre, encore moins en chantier. Karrek Ven en chantier s’y reconstruisait, autant qu’il s’y mourait. Beaucoup de ses amis, après deux ans, l’y croyaient déjà mort. Il n’était qu’en sommeil. Comme un oiseau blessé s’immobilise au sol jusqu’à recouvrer le plein des forces qui l’élèveront dans le ciel, Karrek Ven « se refaisait ».

Lancé à l’eau, il barbota d’abord, étonné de flotter. Puis il tira des bords, ici et là, il éprouvait ses voiles. A petites étapes, il s’élança vers le Levant. Le rythme de l’Océan le reprenait.
Ah, il l’a repris, il ne l’a plus lâché ! Durant six semaines, à Grenade, à Tobago, la coque s’est élevée, s’est penchée, est retombée, au gré des vagues qui, chaque 7 à 9 secondes, lui arrivaient par le travers. Quatre cent cinquante mille fois, Comptez, si vous ne le croyez pas. La coque a tenu bon. Pas une goutte d’eau n’est entrée.
L’équipage n’était pas ravi, ni le chien qui devait marcher sur le pont pattes écartées pour ne pas rouler, mais lui, le bateau, se dandinait. Il retrouvait son élément, il faisait corps avec lui.
Encore quelques navigations, il osa envoyer toute sa toile et, un jour de jolie brise, nez vers le large, il a tendu ses ailes, a couru, a couru…

Au delà d’une île qu’y a-t-il ? Le large. Quitter l’île de Tobago le relança sur l’Océan. L’équipage avait programmé des escales à d’autres îles mais le bateau, lancé, ne s’arrêtait plus. 8 nœuds, 9 nœuds, Karrek Ven, en pleine mer, filait, à la poursuite cette fois du Couchant, vents alizés en poupe. Le soleil le distança, il courut alors sur Vénus. Vénus coula sous l’horizon, il mit le cap sur Lune… Et, lorsque par derrière reparut le soleil matinal, de nouvelles îles se dressèrent devant lui, au vent de cette jolie course.
Sur le rivage, six filles attendaient Karrek Ven, aventurières, chercheuses, ou simplement curieuses, d’un tel voilier, d’une telle mer, et d’autres terres. Appareillons, le bateau repart chercher la houle.

Karrek Ven s'éloigne, vers le grand large...
 

Audrey : Arrivée à bord

Cumana, première ville post-colombienne fondée au Venezuela fraîchement découvert.
Un taxi négocié nous dépose à la Marina. Moment d'émotion. Où est Karrek Ven? Au bout là-bas, je reconnais ses couleurs vertes.
Il n'y  a  personne apparemment. Si, un jeune homme arrive en criant, sans doute Arthur - ei Arthur, on a des Daim pour toi, et des habits tous beaux!!
Montée à bord hésitante, visite timide du bateau, repères à revoir...petits instants de flottements..28 degrés..

Nous sommes actuellement 7 sur le Karrek Ven: Le capitaine, qui à fêté hier ses 69 ans; Arthur, toulousain de 17 ans apprenant  la vie en mer; Solveig, étudiante normande en géographie; Marion, étudiante en histoire (région parisienne); Nerea, professeur de littérature et de langue espagnole près de San Sebastien (Pays Basque espagnol); Marie, ariègeoise vivant dans sa petite maison autonome;  et bibi, professeur d' histoire géographie en langue basque au Pays Basque français (Ciboure et Cambo les Bains). A ne pas oublier les deux résidents supplémentaires: Godzilla le chien et le chat, le chat; tous deux noirs. A noter que le chat ne quitte jamais le voilier, il a le mal de terre ! (faire le test de le mettre à terre a pour conséquence des cris stridents et un retour illico sur le bateau dès qu'on le lâche....).

Godzilla, le fidèle gardien du Karrek Ven

Une petite semaine à quai nous permet de prendre nos marques, de connaître un peu mieux le bateau, de découvrir le marché de Cumana, de participer aux petits travaux inhérents à toute escale : courses, petites révisions, réparations, peinture....
De fait, avec les tâches quotidiennes, les journées passent très vite !!!! pas trop le temps de s'adonner à la lecture !!
Le rythme devient naturel, on se lève avec le soleil et on se couche pas très tard, sauf lorsque quelques amis nous rendent visite !!!
Le bateau n'est plus le grand chantier qu'il était au début, mais il y a toujours de quoi faire sur un voilier…
Il y  actuellement 6 couchettes à l’avant, sachant que peu les utilisent (on dort alors sur le pont avec un matelas ou un hamac) et 3 nouvelles couchettes à l’arrière !! Bravo Marion et Solveig !! quel travail !

L'arrière du Karrek Ven

Il y a  souvent du monde sur Karrek : des ouvriers arrivent chaque jour pour effectuer des petits travaux ; des anciens du chantier viennent rendre visite, des amis du bateau passent... rires ou échanges sérieux sur la société vénézuelienne et sur son célèbre président Hugo Chavez.

La marina de Cumana où nous nous trouvons est cossue et possède des douches et toilettes bien tenues! (détail non négligeable) Ce n'est pas immense mais il ya juste en face un centre commercial où la jeunesse dorée de l'Oriente aime à se retrouver : grandes marques, cinéma, cybercafés, restaurants, MacDonald's...Vue imparable d'ailleurs sur ce symbole depuis le Karrek, super...

La civilisation en marche...

Depuis hier soir, nous sommes deux de plus : Marion, fille de Léo, étudiante en journalisme à Montréal ; et Judith, étudiante en langues. Nous attendons encore Sophie, qui nous rejoint demain... Que de monde et que de femmes !!! ah, ces mecs, que des glandus !!! (propos d'Arthur)
Judith apporte miel, confiture et autres douceurs...merci aux mamans !!

Pour l’arrivée des filles et l'anniversaire de Léo, nous avons organisé un repas élaboré: apéritif, gazpacho, curry de lomito Taj Mahal et crumble agrémenté de crême anglaise, vin rouge. Joyeux anniversaire ! Urtebetetze on !!

Aujourd'hui, l'équipage quitte la marina pour les baies de Laguna Grande. Et ensuite ? Au gré du vent ! Peut-être l'Orénoque, peut-être pas...

Audrey, Marina de Cumana, le 14 Janvier 2006

 
Chronophotologie

Marion s'apprête à mouiller

Tobago. La houle empêche de laisser la barque à terre, on mouille… et l’on saute à l’eau. Gozilla le chien n’y tient pas trop, mais il s’y fera, plongeant parfois dans de grosses vagues qui le dépose, courant, sur la plage.

A hisser la grand'voile

Hisser la grand’voile dans les vagues, ça roule, tous doivent y aller.

Qu’est-ce qui coince ? Ne lâche pas ! Allez, hisse !

Dans le gréement

Un cordage s’est cvoincé dans une poulie. Solveig grimpe le relâcher.

 
Une falaise chargée d'histoire

Une falaise, une histoire à reconstituer. La mer mange la falaise, emportant les vestiges des Indiens qui colonisèrent la place il y a 2000 ans. Nous avons tenté le sauvetage de cette mémoire. Des os, des coquillages sélectionnés apporteront des datations permettant de situer l’arrivée de ces migrants. Le Musée se charge de l’expédition, le gouvernement local subventionne ces datations, une page du passé de l’île va pouvoir s’écrire.

Bol amériniden

Un bol, décoré de spirales et de lignes dont la signification demeure mystérieuse.

Un plat mystérieux

Un grand plat, aux signes tout autant mystérieux.
La patte amazonienne est assez évidente. Ce groupe fut-il celui qui apporta aux Antilles ces mythes d’origine amazonienne qu’on se raconte encore aujourd’hui ?

Les nouveaux coqs

Les filles nouvelles sont arrivées. Déjà, entre les anciennes, elles se glissent aux fourneaux de Karrek Ven. Solveig, Marion et Marion…

 


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