Le Journal de Karrek Ven

n°1 - 17 novembre 2005

Karrek Ven naît à sa troisième vie !

 
Après courir le poisson, puis après bourlinguer sur le globe entre mers Noire, Rouge et Caraïbe avec à la barre et aux manoeuvres des adolescents avides d'eau salée et de vieux gréement comme dans leurs rêves, l' Karrek, totalement rénové, entre dans sa troisième vie : offrir le monde à naviguer à découvrir, à s'ébaudir, à se ravir... aux membres de sa Société, bien sûr (la SamKV), à des chercheurs, à des artistes... avec comme équipiers des jeunes gens en fin de cycle d'études ou bien au seuil d'une vie professionnelle.



Ce Journal paraîtra chaque mois, bien illustré, et chaque semaine avec un flash de nouvelles en supplément, envoyé du bateau par radio sur la Toile.
Il y a un mois, Karrek Ven retrouvait la mer et quittait son chantier de restauration. Tout se passant bien à bord, pas de voie d'eau et moteur en état de marche. Il partait alors dans une baie paisible pour de grands rangements, nettoyages, peintures intérieures.


Les vivres et le matériel épuisés, il revenait à Cumana (Venezuela) et entrait dans la marina. Toute son ancienne équipe de charpentiers et leurs aides ou apprentis était là pour l'accueillir, faute d'avoir trouvé du travail. Quelques dons récents à la SamKV permettaient alors d'en embaucher quelques uns pour terminer des aménagements, tandis que l'on achetait les plus urgents des outils manquants pour refaire l'atelier.



C'est long, c'est cher, de refaire, d'un bateau entièrement restauré, un bateau équipé pour la vie quotidienne, ses navigations, et pour le rendre prêt à faire face aux possibles incidents de mer. Deux semaines à Laguna Grande, 11 jours en marina, il reprenait la mer pour une journée avec son équipe d'ouvriers en vacances, cette fois, heureuse de tester son travail de deux années.



A présent, le navire est en route pour les Antilles : après des vivres à Margarita, il gagnera Grenade, puis Tobago. En escale de trois jours à Cubagua, l'Ile aux Perles, quasi déserte aujourd'hui, son équipage réfléchit aux expéditions à venir, à l'orientation à donner. La tentation est grande de lancer le projet du séjour de 6 mois sur Karrek Ven, préparant à plusieurs périodes de 3 à 6 mois d'aventures terrestres, centrées sur la compréhension de diverses spiritualités du monde. Cela suppose une belle organisation, du monde pour la faire fonctionner, et de l'argent. Rien d'impossible, donc... Nous en reparlerons.
Voici, pour ce numéro 1, des échos de ce mois passé, en textes, et en images.

Plouf !

Une gerbe d’eau, un bruit sec, silence, dans la nuit qui tombe sur Laguna Grande.
C’est le bain du soir, quand le ciel prend la couleur des collines, orange et gris, un orage au loin et les premières étoiles qui vont apparaître. C’est le bain du soir, celui après la journée de travail.


Les cheveux blancs de peinture, le short noir de la crasse accumulée au chantier, une travailleuse fatiguée mais égayée par les vapeurs de verni et de peinture surgit de la salle de bain, armée d’un pinceau dégoulinant !
Trois jours que nous nous escrimons sur cette salle de bain, à force de bataille à coup de ponçage, grattage, vernissage… Arriverons -nous à gagner une salle de bain qui ressemble un peu à quelque chose, et soit rendue propre et vivable ?
La cuisine déjà vaincue offre un îlot un peu plus propre et accueillant dans le ventre de notre bateau que nous tentons de faire tout beau.
Combat quotidien contre les pompes qui fuient, les objets qui, semblant animés d’un esprit propre, jouent malicieux, à cache-cache avec notre patience.


Léo de son côté essaye d’apprivoiser une poulie réticente, nécessaire pour réinstaller la trinquette, notre petite voile blanche à l’avant. Ceci nous révèle l’ampleur de la tâche qui s’offre à nous : Notre beau et vieux gréement, attend sagement son tour pour, lui aussi, avoir droit à son petit coup de propre et de neuf. Manilles rouillées, poulies montées à l’envers, cordages usés, haubans détendus, nous entreprenons le travail de fourmis qu’est la réfection du gréement pour pouvoir, enfin, hisser les voiles engourdies d’attente.


Parce qu’elle nous appelle cette mer, à quand le déploiement des ailes ? Nous nous y employons de toute notre force et déjà, la trinquette gonflée et tendue au-dessus des vagues nous rend tous fiers, sourire aux lèvres et le nez levé, en attendant de pouvoir faire de même avec les autres voiles qui dorment encore sur le pont.
Peu nombreux, les choses n’avancent pas vite ; journées déjà courtes hachées par les tâches quotidiennes, impression de batailler sans beaucoup avancer.


Mais vaille que vaille, nous travaillons…un plouf entre deux coup de peinture, une balade au lever du jour sur la crête surplombant le mouillage, trois poissons pêchés pour le déjeuner, un coup de musique quand le générateur tourne, récits de voyages et « cours » de navigation le soir, le syndicat chôme, les conditions de travail restent supportables !

Marion

Nouveau bateau, nouveaux horizons, nouveau journal. Tout change! Et ce n’est pas sans nous déplaire. Cependant le fait d’être sur l’eau ne fait pas office de coup de baguette magique. Les travaux sur et dans le bateau ne sont pas terminés. Mais au même titre, les projets de recherche mûrissent, les énergies sont toujours mobilisées et un nouvel élan apparaît car la motivation est belle et bien présente. Le chantier, sa vie, l’immobilisme du bateau, toute cette période de la vie de Karrek Ven s’éloigne de notre quotidien. Nos esprits sont gagnés par l’envie d’avancer. Soif de recommencement, faim de découvertes ou de retrouvailles. Le bateau s’embellit doucement, tend à redevenir apte à la navigation. Après deux semaines bien remplies à Laguna Grande, nous nous sommes arrêtés pour quelque temps à la Marina de Cumana dans le but de terminer ici les travaux indispensables à la navigation.
Arrêt à Cumana pour quelques jours seulement. Après, on met les voiles. Parce que la vie de marina ne nous convient pas beaucoup. Trop peu de profondeur pour Karrek Ven. Le bateau gémit, amarré tout proche de l’entrée - et donc de la sortie – sans que nous ayons eu la possibilité de nous approcher à moins d’un mètre d’un quai dont il s’éloigne d’ailleurs de plus en plus. Il veut lui aussi prendre le large.



Alors que nous reste-t-il à faire avant de pouvoir partir? Les réservoirs d’eau et de gasoil ne demandent qu’à être remplis. Les travaux tels que la pose des moustaches (moustaches : grands câbles très solides allant chacun du bout du beaupré à un des côtés de la coque et dont la fonction est d’éviter les mouvements horizontaux du beaupré) ou la réparation des pompes à eau se poursuivent plus aisément grâce à l’électricité de la marina. Les allers-retours vers le centre-ville ne cessent pas. Outils, nourriture, ustensiles divers, nous essayons de nous rééquiper convenablement.
Une partie des ouvriers présents à l’astillero est revenue proposer ses services. Chacun a presque retrouvé sa place. Danny, qui était avec nous à Laguna Grande continue la pose des pompes et l’électricité, Juan est attendu pour faire un rocambeau, Alfredo s’occupe de l’achat d’une partie des outils, Wilson et José fignolent les parties bois et Saul est responsable du gasoil. Un peu plus de 2000 litres sont à ce jour répartis dans les deux tanks de 1500 litres chacun. 2000 litres qu’il a fallu aller chercher en remplissant des bidons car, dans cette marina, il est désormais interdit aux bateaux étrangers de se servir directement à la pompe. Il nous faut aussi vérifier le gréement et régler certains problèmes de plus haute importance tels que les difficultés liées au générateur ou la résolution de l’incompréhensible mystère des batteries neuves qui se déchargent aussi rapidement que Cliff dévorant ses croquettes (Cliff, surnommé « l’aspirateur », est le chien d’Arthur).
Espérons simplement que tous ces impératifs ne traînent pas. Les difficultés rencontrées lors de la restauration ces deux dernières années réapparaissent malheureusement : trop souvent de longues attentes pour obtenir telle ou telle chose.
Mais si beaucoup reste à faire, nous pourrons aisément l’entreprendre ailleurs. D’ici quelques jours, plus rien ne devrait nous attacher à Cumana, si ce n’est le souvenir et le bonheur d’avoir vu renaître ce bateau ici. L’île de Tobago pourra enfin prendre forme autre part que dans nos têtes rêveuses.

Apres le séjour au chantier où Gordo el cocinero, veillait sur notre pain quotidien, le défi était lancé, il nous fallait rompre la monotonie des riz et pâtes gordoliens.
Ceci évidemment avec les moyens du bord et l’inexpérience de la cuisine en bateau de l’équipage novice, heureusement contrée par la non moins grande expérience de notre fier capitaine.
Nous voici donc partis avec quelques boites, une tripotée d’avocats et de tomates pas mûrs (dans l’espoir de les conserver) et quelques fruits « de saison », papaye, melons, ananas
Et puis kilos de pâtes et riz,
Nous étions alors fin prêts, en (c)route !
Plantons le décor : perdus dans notre désert aride, isolés et coupés du monde avec les cactus pour seuls compagnons de voyage (waouuuuuuuuuu), alors là, nous nous lançâmes en cuisine !
Ainsi, forts de notre culture « bédéiste », nous voila plongés, à l’instar de Luky Luke…
dans la cuisson du cactus.
Expérience si ce n’est goûtue, rigolote !
Marianne notre marraine (et pourvoyeuse de vivres à ses heures perdues), Solveig et Marion, armées de couteau et de bandanas ( « cow-girls » oblige) ont donc entrepris la capture des bêtes épineuses. De retour sur le bateau, voila notre cactus dépecé, désépiné, découpé en petits morceaux, fin prêt pour un petit plongeon dans l’eau bouillante.
Attente. Suspense. Angoisse.



Et la question qui tue : Que faire maintenant de ces choses visqueuses et amères ? Nous tentons la salade du chef, nous cuisons et recuisons, chaud ou froid, toutes les tentatives se révèlent peu encourageantes. Nous ne nous y résoudront donc qu’en cas de grande disette…
Autre épopée « lagunienne » : le pain
Gros consommateurs à nous cinq, nous arrivons rapidement à court de pain : enfer et damnaschtroumpf, le petit déjeuner c’est sacré. Initiée avant le départ, je tente de me lancer dans cette expérience à deux inconnues :
X= le levain, fait maison ou plutôt fait bateau, lèvera-t’y ou lèvera-t’y pas ?
Y=la cuisson à la cocotte minute à défaut de four !
La première ouverture de cocotte fut mémorable, grand moment : une espèce de monstre visqueux me regardait en rigolant ! Pas de croûte mais une sorte de caoutchouc, dont les entailles au couteau sensées être délicatement dorées, semblaient être une grande bouche se fendant la poire !
Surprise !


Les essais suivants permettent d’améliorer la technique et de nourrir notre petite troupe…
La cuisson, encore imparfaite, s’affine pourtant, et nous voila désormais nourris (lestés certaines fois…) de pain frais…Quant à la belle croûte, elle attendra que vienne un nouveau four !
Qui dit pain dit confiture, 3 pots de confitures en guise de premier essai ont fleuri à Laguna, c’est rigolo et là encore, au vu de la consommation que nous avons, bien plus économiques.
Il en fut de même pour les yaourts, suite à la multiplication des pains, vint celle des yaourts. Notre équipage « décalciumisé » découvre avec moult ravissements la facilité de la confection des yaourts.

Et puis, il nous faut signaler par honnêteté que nous fûmes coupables de régals de tartes diverses et variées, pommes, citron, oignons, thon, combien faciles à faire quand il ne reste plus rien…
Retour a la civilisation ces derniers jours, nous retrouvons quand même avec joie les fruits frais…
Affaire à suivre


 


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