Sur le pont...
Le pont, voilà maintenant la grande affaire.
Le calfatage de la coque est plus qu'à moitié fait, aucun problème en
vue de ce côté. La vedette, cette semaine, c'est le pont.

Que taille donc Rafael dans ce magnifique plateau de bois tors ?
Le plat-bord arrière bâbord.
Avec son symétrique sur tribord, ils forment le cadre de la partie arrière
du pont. Cadre de 8 cm d'épaisseur dans lequel s'encastrent les jambettes
qui supportent le pavois (bastingage). Pour tailler une telle pièce, il
faut plusieurs passages de scie circulaire, et terminer à la scie à main.
Puis on lisse, au rabot électrique, ou à la ponceuse à disque dans les
fortes courbes. Un biais correspondant à celui de la coque à cet endroit
(prolongement vertical des préceintes), est à faire ensuite.

Rafael, Frangel et Luis-Miguel, les héros de la semaine avec Wilson
(photo suivante). Dans l'ordre des opérations :
1/ On a d'abord "désarmé", c'est à dire retiré le bastingage et l'ancien
plat-bord. La question s'était posée de le refaire en entier ou pas. Mais
son mauvais état en plusieurs endroits, le fait qu'il gêne aussi pour
changer les barrots de pont, a conduit à choisir de tout refaire à neuf.

2/ Une fois vieux plat-bord et jambettes retirés (on n'y avait pas cloué
le bordé en prévision de cette opération ; ce qui permet de les retirer
sans difficultés), on fait un gabarit en carton. Celui que descendent
Wilson et Frangel fait 5 mètres de long.
3/ Puis on trace sur le plateau. A noter que le gabarit ne donne que la
courbe extérieure. La courbe intérieure est tracée par mesures effectuées
sur places et reportées sur le gabarit, ainsi que l'angle à donner à la
pièce tous les 40 ou 50 cm. Mais avant de tracer, il y a le délicat travail
de positionnement.
"Comme ceci...", la courbe extérieure du plat-bord approche trop du bord
du plateau, on entre dans l'aubier (la partie jeune du tronc, qui pourrit
facilement).
"Comme cela...", c'est l'extrémité de la pièce qui sera dans l'aubier...
Une fois trouvé quelque chose de satisfaisant qui ne fasse pas trop perdre
de la longueur du plateau, il faut reprendre le tracé, avec la position
de la dernière jambette : ne tombe-t-elle pas trop près de la jonction
entre cette pièce et la suivante ? Si oui, il faut changer éventuellement
la forme de la jonction...
Mais parfois on perd. Ainsi, de la pièce symétrique à celle-ci (tribord),
on n'a pu conserver que 2,30 mètres sur les 5 que faisait le plateau !
L'aubier, l'emplacement de la jambette, tout s'est ligué contre nous !
(Sur la photo, en noir, Julien complète par la pratique sa formation de
charpenterie de marine reçue en France).

La pièce est taillée. Bois mou ? Oh, non, c'est du courbaril, d'une
densité actuelle de plus de 1 (dans l'eau, il sombre). Il perdra un peu
de son poids en séchant. Reste à faire le biais, un ajustage plus précis
sur le pont même, et les trous des jambettes (eux aussi en biais). Nous
devrions voir cet élément de plat-bord en place la semaine prochaine.

Le même travail a été fait à l'avant. Le bordage (planches du pont) a
commencé. On voit l'emplacement de la descente (rectangle non ponté).
On l'a interrompu pour passer à l'arrière afin d'avoir (au dessous) un
local étanche où installer la cuisine. Celle-ci est pour le moment sur
le pont (un morceau de la cuisinière apparaît en bas à droite de la photo).
De plus, il est logique de commencer le plat-bord par les extrémités pour
finir par le milieu, plus facile à ajuster. Le pont est en un bois blanc
légèrement veiné de rose, appelé ici "palo blanco" (Crotonus glabellus).
Nous n'avons pas trouvé d'informations sur l'utilisation habituelle de
ce bois, ses caractéristiques, etc. Si quelqu'un en trouve, qu'il soit
gentil de nous les communiquer. Nous avons malgré tout opté pour ce bois
après un essai d'une planche laissée plusieurs mois sur le pont, au soleil
et à la pluie. Le bois n'a à peu près pas joué.

Les calfats ont atteint les oeuvres vives de Karrek Ven (la partie haute).
Sebastian poursuit son entraînement, durement éprouvé dans le bras par
le maniement du lourd maillet. José a davantage de pratique, or il a dû
se confectionner un bracelet pour se soutenir le poignet. A bâbord, Carlos
donne la réplique.
Le salaire de ces apprentis a été augmenté durant ce temps de calfatage.
Toute la journée, inlassablement, ils frappent du maillet pour faire entrer
et tasser l'étoupe. Pendant ce temps, un autre, plus confortablement mais
pas plus gaiement, roule sans fin sur sa cuisse des cordons d'étoupe à
partir de l'écheveau d'origine. Il y a près d'un kilomètre à calfater
sur la coque, ce qui représente environ 3 km d'étoupe à rouler...
Le point
Notre appel au secours du dernier Journal a poussé nos amis les plus
proches à se mobiliser davantage pour trouver un sponsor ou mécène, pour
convaincre son entourage ou ses amis de participer à cet effort de restauration
du patrimoine, voire à refaire un don ou prendre encore quelques billets
de tombola.

Trois autres demi-coques de Karrek Ven réalisées par trois des équipiers
actuels, Julien, Gregory et Emmanuel. Elles seront mises elles aussi en
lots à la tombola si le nombre de billets pris s'accroît. La "noire" est
faite comme la première (voir Journal n°72).
Les deux autres sont faites dans le courbaril des bordés et membrures
actuels, avec la ligne de flottaison dans une tablette de chêne de l'étrave
d'origine, sur fond d'ébène vert.
Nous faisons tout et vous poussons à le faire aussi, pour empêcher l'arrêt
des travaux au chantier, si près du but. Ce serait à beaucoup de points
de vue, fortement dommageable. Mais on ne peut faire travailler les gens
sans les payer, ni se passer de peinture, disques abrasifs, renouvellement
du petit outillage, etc. Ce qui se passera cette semaine sera décisif
: trouvera-t-on un apport financier, ou au moins la promesse d'un apport
proche dans le temps qui permette d'emprunter en attendant ? On estime
à 25000 €uros la somme encore nécessaire pour terminer ce chantier
à terre. Le détail du budget sera exposé lors de l'Assemblée Générale
de la Société des Amis et Marins du Karrek Ven (SamKV) qui se tiendra
le 19 février à Douarnenez, lieu de naissance du bateau. Des anciens patrons,
marins, de ce bateau au temps de la pêche seront là pour raconter cette
époque. Renouvellement du bureau, propositions de plans d'action pour
la suite de la restauration. Davantage de précisions prochainement ici.

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez la courbe de
la toute dernière mise à jour...)
Dons et tombola couvrent, cette semaine, la moitié des dépenses.
Pour aider Karrek Ven, Cliquer ici.
|