Journal illustré
de la restauration

22 octobre 2004
- n°61 -

 

 

 

Coup d'accélérateur

Sur le terrain, tout va bien. Karrek Ven retrouve ses bordés, c'est magnifique.
Le seul problème qui, chaque jour grossit, c'est celui du financement.

Association Sardines-Travail

Le chantier, cette semaine, a redoublé d'activité.
15 personnes y travaillent 44 heures par semaine (semaine légale) + 4 heures supplémentaires.
Bon... Y travaillent ?
Précisons.
En fait, il y a 4 maîtres-charpentiers, un jeune charpentier pas encore maître, et l'irremplaçable Juan, soudeur/ferronnier/et maître en acrobaties difficiles d'assemblage. Les autres, qui ont des qualifications diverses ou qui sont apprentis, sont un "personnel d'appoint." Il faut être 2 pour porter un bordé ou une membrure, 3 pour les poser, et jusque 5 ou 6 si la pièce est grosse.
Les grands bordés de galbord ont même mobilisé tout le monde durant des heures. Il y a aussi les travaux constants de peinture des pièces, l'entretien des lieux, la réparation des machines. Ce nombre est donc nécessaire.
On voit le même nombre impressionnant d'apprentis sur les vieilles photos de chantiers d'autrefois, mais la progression est moins spectaculaire qu'on ne s'y attendrait : 15 personnes, ce ne sont pas 15 charpentiers.
Ajoutons que dès 11 heures il fait plus de 30 degrés à l'ombre, et que le bateau est à peu près entièrement au soleil... Ces gens sont habitués, mais de temps en temps cherchent l'ombre un moment !

Afin de stimuler les énergies, nous avons offert cette semaine un bonus en échange d'un travail plus intensif : - vous fabriquez et posez une moyenne de 4 membrures par jour, - et vous recevez une prime avec en plus une caisse de bière le vendredi soir en l'attente de la paye et, le samedi en fin de matinée, deux caisses de bière et des sardines grillées. Il faut dire que Cumana est réputée pour sa pêche à la sardine, appréciée de tous, et que la bière (la "cervecita", la petite bière) est plus importante encore pour le Vénézuélien que le vin pour le Français. Nous ne poussons quand même pas à la consommation d'alcool : celui qui n'en boit pas (il y en a un) a droit à des jus de fruits. Qu'a donné la première semaine ? La moyenne des 4 planches par jour n'a pas été atteinte, même si le rythme a été nettement plus soutenu (la perspective des sardines et de la bière comptant plus encore que la prime). C'est qu'en fait les gros bordés des 3 virures de galbord et ceux des 2 virures des préceintes sont très long à façonner, puis présenter, rectifier, souvent étuver, puis poser. On ne peut pas les accoster simplement avec des serre-joints : ils sont trop épais pour se courber facilement et dans des endroits avec peu de prises. Il faut utiliser un système tel que sur les photos ci-dessus et ci-dessous, de madriers pressés en haut et en bas, souvent traversés de gros boulons pour les transformer en un étau géant. Aves, en plus, des presses, des crics, des boulons traversant les bordés ! L'installation d'un tel bordé peut demander une demi-journée, et on devra le retirer plusieurs fois pour de petits ajustements. On peut ainsi compter presque une semaine par planche de cette taille, alors que les autres ne demandent parfois pas même une journée. Le cota ne sera donc pas atteint, ce samedi à midi, mais l'effort a été manifeste et, pour ne pas qu'il retombe, les sardines seront bien grillées (sur feu d'amaranthe...) et arrosées.

Une autre utilisation de ces madriers dans la pose de la clore (la dernière planche, au milieu des autres). Là non plus, pas de possibilité de serrer avec un serre-joint pris sur une membrure. Noter les traits de craie faits avant la pose de ce bordé afin d'indiquer où se trouvent les membrures, et donc où clouer.

Il y a coque et coque...

Un assez vieux bateau de bois est venu se faire réparer. Il est intéressant de comparer ses lignes à celles de Karrek Ven.

A l'avant, on retrouve au dessus de la quille, les galbords, faisant comme une pirogue d'où surgiraient les membrures (sur Karrek Ven, à tribord, la pièce jaunâtre au dessus du galbord gris est un gabarit pour le bordé suivant). Mais les membrures de Karrek Ven se dressent plus rapidement, lui donnant une pénétration plus tranchante dans l'eau. Ses membrures sont aussi plus nombreuses. Il repousse l'eau progressivement.

Les arrières diffèrent totalement. Karrek Ven a un grand plan de dérive, à peu près inexistant chez l'autre. Ses membrures ne démarrent que bien plus haut. C'est le propre des voiliers. Sans cela, ils ne pourraient avancer droit avec un vent de travers, ils dériveraient. De plus, ce "vide" récupère l'eau déplacée par l'étrave qui, s'y précipitant, tend à pousser la coque vers l'avant. Lorsque la masse d'eau se trouve vers la poupe, le bateau n'a plus guère de volume immergé, la mer a retrouvé son intégrité, et Karrek Ven progresse ainsi sans faire de vagues, donc sans perte d'énergie, contrairement aux coques de bateaux à moteur. Ces lignes sont idéales pour un voilier de charge : il avance dès le moindre souffle d'air.
On remarque sur Karrek Ven les larges bordés de galbord, de 40 cm chacun. Nous avons jusque là respecté le mode de construction traditionnelle.

Le point

Donc, techniquement, tout va bien. 19 des 30 "gros bordés" (préceintes et galbords) sont maintenant à poste et plusieurs autres sont prêts à la pose. Le reste (les bordés plus étroits et moins épais) paraît un amusement, mais il est conséquent : environ 110 de ces bordés normaux sont encore à préparer et poser. Une nouvelle cargaison de grands clous de bronze pour la coque arrive des Etats Unis.
Les contacts sont pris pour le cimentage des fonds, opération importante pour protéger le bateau et le lester, dont nous reparlerons.
Un 9e chargement de bois devrait arriver cette semaine, planches encore pour le bordé, et surtout pour le pont, le bastingage et le plancher intérieur.

Les anneaux de Saturne ? Non, un simple noeud dans une belle planche d'amaranthe. En France, on conserverait ce bois magnifique pour de l'ébénisterie. Ici, c'est un des bordés du bateau, 5 cm d'épaisseur, 40 cm de large, 6 m de long. Le bordé bâbord avant de la 3e virure de galbord.
Cependant, outre les frais habituels, c'est l'APPROCHE DE NOEL ! qui accroît nos soucis de financement. Certes, il y a encore à payer le dernier chargement de bois (près de 3000 €uros), le prochain (sans doute autant), mais il y a surtout les achats de Noël ! Ils commencent dès à présent pour profiter de prix pas encore relevés pour la circonstance, et l'on va jusque dans les plus grandes villes du pays, Caracas, Valencia, pour acheter 12 pantalons, 24 t-shirts, 12 paires de chaussures, etc.
C'est le moment de l'année où l'on se ré-habille. Et les familles sont nombreuses !
Or le système de salaire local prévoit qu'un quart de celui-ci est bloqué et versé en fin d'année. Nous nous retrouvons ainsi à devoir débourser un supplément de plusieurs milliers d'euros, dont certains nous sont demandés dès à présent !
Notre difficile équilibre financier, déjà défaillant depuis la montée de l'inflation, est devenu cauchemardesque.
Nous renouvelons notre appel à donations !
Merci à ceux qui continuent à donner ou à redonner.
715 €uros de dons cette semaine.
Nous renouvelons aussi notre appels à mécènes et sponsors.
C'est urgent, et c'est pour du beau travail !


(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez la courbe de la toute dernière mise à jour...)

La rouge affleure les 100.
Laisserons-nous la verte sous les 80 ? 

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