Quand Karrek monte à terre.
Cette fois, la restauration de Karrek Ven est bien partie. Les choses
n'ont pas traîné. Durant une semaine, nous avions déplacé
tous les générateurs, pompes, compresseurs, gros outils,
grosses poulies, du poste arrière vers l'avant du bateau pour diminuer
le tirant d'eau arrière afin d'être sûrs d'entrer sans
toucher le fond du bassin de sortie. Nous avions, en plus, fait de beaux
calculs de marée... Mais le bassin s'est trouvé libre à
basse mer, il fallait en profiter, quitte à manquer notre tour.
Le vent soufflait, Karrek Ven devait avancer assez vite pour pouvoir gouverner
et entrer droit dans ce bassin, au risque de se planter sur le fond. Mais
tout s'est bien passé.

Il était alors sanglé, et sorti des eaux par une puissante
machine.

Moment inquiétant : comment se comporterait le bateau ? Et comment
réagirait la machine ? Le bateau pouvait se déformer sous
la pression latérale des sangles, et celles-ci lâcher sous
le poids. Le chef de la manoeuvre s'interrogeait. Quatre vingt tonnes,
les sangles ne sont plus jeunes... Mais là encore, tout s'est bien
passé, Karrek voulait vraiment sortir ! "Il est fort votre
bateau, nous a dit le chef".

Terre !
Le bateau atterrissait en douceur. Première opération
de restauration, sa quille qui commençait à s'arquer avec
l'âge était remise droite d'un coup, sous l'effet du poids
du bateau, posé à plat. A l'intérieur, quelques portes
protestaient, ne fermant plus bien, mais rien de plus. La colonne vertébrale
avait accepté de se redresser. Il fut ensuite toiletté à
l'eau sous pression, afin de bien montrer ses planches sans les cacher
sous des algues, des coquillages ou de la mousse.Et cette journée
mouvementée prit fin, Karrek Ven était prêt pour la
plus grande opération de sa vie.


Premières révélations
Le jour suivant, une équipe de quatre personnes commençait
les travaux. Enlever la peau du bateau (ses planches de coque) pour révéler
l'état de son squelette. Un charpentier de marine à tribord
et son aide retiraient une première planche...

Les membrures, derrière elle, étaient toutes à changer,
trop affaiblies pour assurer une bonne rigidité au bateau ! Ils
retiraient ensuite d'autres planches, plus bas et plus haut, afin de mesurer
la hauteur de membrure à changer. Plus haut, pas bon. Plus bas,
près de la quille, c'est correct. Une autre équipe, avec
un autre charpentier et son aide exploraient en même temps le côté
opposé.

Mêmes constatations. Les membrures, ont souffert suite à
des infiltrations venues du pont. D'où les dégâts
plus grands en haut (près du pont) qu'en bas. En sera-t-il ainsi
pour toute la coque, de l'avant à l'arrière? S'il faut tout
changer, le travail est de taille! C'est ce que nous révélera
la suite de cette exploration... |