Dans les bois
Karrek Ven est prêt à faire "côtes neuves".
Il a
quitté sa peau et attend. Quoi ? Les bois nouveaux.
Au coeur des bois
Au coeur des bois nous ne sommes pas allés, mais à ses
frontières, là où d'énormes camions amènent
les troncs des forêts du massif de Guyanne. Les bois qui vont rénover
Karrek Ven viennent des alentours de Guazipati, au sud-est du Venezuela.
Nos troncs sont arrivés à l'Aserradero el Paradero, une
scierie en pleine campagne.

Là ils ont été débités en plateaux
de 10 cm d'épaisseur (la taille des membrures) et chargés
sur un camion plus modeste pour être acheminés jusqu'au bateau.

C'est du beau bois, de deux essences. L'une devient de plus en plus rouge
à l'air, le courbaril ( Hymnaea courbaril). L'autre, de teinte
beige-vert, est de l'ébène vert (Tabebuia serratifolia).
Leurs propriétés sont voisines: bois très durs, de
forte densité (ils coulent), résistant bien à la
pourriture et aux insectes. On les utilise beaucoup pour la construction
navale. Karrek Ven aura les côtes solides !

Façonnage
Un élément de membrure a été retiré.

Il servira de gabarit. A l'atelier, on le pose sur un des nouveaux plateaux,
et les apprentis en suivent le tracé avec un marqueur. Mais comme
le contour de ce vieux bois est irrégulier, il le reprennent avec
une baguette clouée.

Puis le charpentier découpe à la scie à ruban (déjà
aussi à l'époque de la naissance de Karrek Ven). Un coup
de rabot électrique enlève ensuite les irrégularités
ou déviation hors du trait : il n'est pas facile de guider comme
il faut cette lourde pièce sous les dents de la machine.

Première nouvelle membrure !

Les extrémités et faces qui seront cachées sont peintes
au minium (le reste aussi sera peint, une fois tous les ajustements faits).
Une membrure comporte deux ou trois éléments bout à
bout et deux côte à côte. Le découpage bout
à bout est nécessaire pour ne pas avoir de parties dont
l'axe serait trop différent de celui des fibres du bois, ce qui
mènerait à une rupture. Le sens des fibres n'a pas été
respecté sur quelques membrures d'origine, et elles se sont fendues
ou cassées. La division verticale en deux permet l'assemblage solide
des différents éléments. Comme à l'origine,
des tiges de fer galvanisé traversant horizontalement les deux
épaisseurs en assurent le maintien. Il a fallu les enfoncer à
la masse dans ce bois dur, malgré un bel avant-trou. Ces chevilles
sont coupées un peu plus court que la largeur de la membrure pour
ne pas dépasser d'un côté ou de l'autre. Pour César,
le charpentier (et père des deux apprentis), c'est un beau jour
! Cette phase de reconstruction plait à tous. "Fini la destruction,
on repart dans la courbe ascendante" a dit Aldo, le maître-charpentier.
Le point
Il a fallu un mois pour enlever la peau de Karrek Ven, retirer son lest
de ciment et faire une première évaluation du travail de
restauration à effectuer. Pendant ce temps, le bateau était
entièrement vidé de son contenu, les cloisons abattues,
le plancher et les meubles retirés. Nous avons un autre mois pour
reconstruire assez de membrures pour le rigidifier afin qu'il supporte
un voyage : le chantier nous a mis sur le passage de trois bateaux bientôt
terminés ! Il faut se pousser... Les premières membrures
taillées permettent d'évaluer la quantité totale
de bois qu'il faudra pour les tailler toutes, peut-être 19 m3 (nous
n'en avons pour le moment acheté que 4).
Il est donc important que les dons continuent à arriver ! Le karrekvenethon
cette semaine a enregistré de nouveaux
dons. Allez-y, aidez le vieux Karrek à se refaire de robustes
côtes en ébène vert, pour de belles navigations futures
!
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