Journal illustré
de la restauration

25 décembre 2003
- n°18 -

 

 

On révèle ses arrières...

Noël ! Pas de cloches, ici, mais des pétards.
Dans les rues, peu de gros hommes rouges à barbe blanche et chapeau pointu, mais la fête de la consommation - et de la boisson.
La scierie ayant du mal à trouver une pièce courbe pour l'étrave, nous avons attaqué l'arrière du bateau, jusqu'ici préservé. Un travail de force et de précision.

Maintenir l'harmonie

Les formes magnifiques de Karrek Ven à l'arrière demandent, pour être conservées, un travail plus précis dans la découpe des membrures.
César a donc abandonné son tuyau de cuivre à relever les courbes, et travaille maintenant au gabarit. Une église romane ou gothique doit beaucoup de sa beauté et toute sa stabilité à l'agencement sans artifice de ses arches, voûtes, coupoles. Les forces s'y équilibrent et l'édifice, parfois immense, défie le temps et ravit l'oeil.
Les formes des bateaux de bois, mus par le vent, réussissent, aussi "naturellement", à passer à travers l'eau sans lui offrir de résistance, et à engendrer l'équilibre qui propulsera le voilier, parfois grand lui aussi et toujours splendide. Karrek Ven est un modèle du genre, laissant derrière lui moins de sillage et remous que sa petite barque moderne, en dépit des 80 m3 d'eau qu'il déplace. Il importe de maintenir cette harmonie, de préserver la forme, voire de la rétablir si le bateau s'est un peu déformé.

Le gabarit permet le traçage précis, nous ne changeons plus qu'une membrure sur deux (revenant à l'autre ensuite), et les façonnons par symétrie babord/tribord.

A l'arraché

(Voir légende des numéros après le dessin ci-dessous)
La structure arrière du bateau était "bordée" par deux belles planches de chêne d'origine de 40 cm de large et 5 d'épaisseur. Les pièces de charpente sont en parfait état. Certains clous, d'origine aussi, ("carvelles" galvanisées de 12 cm) tiennent encore, d'autres sont rouillés. Le bateau a été recloué il y a environ 30 ans. Ces carvelles-là tiennent bon !
Pour enlever les planches, il faut les arracher en enfonçant des coins de bois dur, et en terminant avec une barre faisant levier. Une demi-journée a été nécessaire à babord mais, l'expérience aidant, seulement deux heures pour tribord.

Structure de la charpente arrière.



1: varangue
2: membrure
3: râblure (grosse rainure triangulaire où vient se loger le premier bordé depuis le bas (le galbord), et l'extrémité des autres bordés).
4: rempli (comble un vide; le bordé s'appuie dessus)
5: cheville coupe d'eau (cheville de bois empêchant d'éventuelles remontées d'eau).
6: étambot
7: garni
8: courbe d'étambot (classiquement, elle est plus courbe), assemblant étambot et quille
9: allonge arrière ou allonge de voûte
10: quille
11: carlingue

Les deux boulons dessinés sont les seuls apparents pour le moment (diam. 22 mm). On trouve des chevilles à bout perdu comme celle indiquée ici à chaque varangue (diam : 25 mm, longueur de celle dessinée: 85 cm). Le métal, d'origine, reste excellent, sauf un anneau de corrosion à la liaison avec la courbe, le réduisant d'1/4.
Nous pensions que l'arbre de l'hélice traversait un massif de bois à peu près horizontal, posé sur des éléments de remplissage. C'est un schéma classique. Non. Décision de dernière heure de motoriser le bateau, la charpente étant alors réalisée comme celle d'un pur voilier puis percée pour passer l'arbre ? Ou bien décision d'"avant-garde" d'introduire le métal dans la construction bois et de profiter de ses avantages, dont celui d'une réduction de volume des éléments utilisés ? Karrek Ven utilise en effet davantage le métal qu'un voilier classique. Ses mâts sont métalliques (à la grande fierté de ses anciens armateurs et marins : "On était les premiers à avoir des mâts en fer, ici !"). Il a un lest en fonte sous la quille. Son gouvernail est métallique, sur un axe ne nécessitant pas une structure de passage et de soutien en bois importante. Un agencement astucieux a peut-être rendu inutile la grosse pièce massive pour le passage de l'arbre.
Nous le découvrirons plus tard. L'arbre (diamètre: 80 mm) traverse tour à tour l'étambot, la courbe d'étrave et l'allonge de voûte. Ces belles pièces ont environ 30 cm d'épaisseur. La fin de la courbe d'étambot se termine en croisant le début de la carlingue. Tous ces vides, jusqu'au dessus de la carlingue, étaient remplis de béton, assurant un lest, une rigidité et une protection à l'ensemble de la charpente. Le ciment remontait entre les membrures, sous le moteur et derrière lui afin de former une sorte de cuvette recueillant l'eau éventuelle de ruissellement, ou les liquides pouvant s'égoutter du moteur ou des cuves (eau de refroidissement, gazole).

Prévenir et guerrir

Ne pas retomber dans les erreurs signalées la semaine dernière ! La saison humide est terminée, le temps est sec et le bois s'en ressent, le neuf comme le vieux. Des fentes s'ouvrent, parfois en quelques heures.

Nous veillons donc, pinceau et spatule de mastic à la main. Même ce qui sera retiré est traité, pour éviter les déformations dues aux distorsions du bois.
La photo ci-dessus montre, outre les peintres au travail, une épontille (jaune). Elle maintient le bateau dont on relève ce bord au cric (cf ci-dessous). Elle montre aussi un projecteur... Il éclaire le mur d'en face qui sépare le bateau de la rue, passage favori des malandrins. Pour le moment, cela semble dissuasif.

Tous les deux jour le bateau est relevé au cric de 2 cm, puis étayé. Nous avons regagné déjà 6 des 10 cm perdus à l'arrière babord (voir journal 17).

Le point

Avec cette intervention sur l'arrière la restauration a complètement pris possession de Karrek Ven. Les problèmes sont plus nombreux et plus complexes que lorsqu'il s'agissait juste de changer les membrures des flancs. Le rendement est, de ce fait, moins spectaculaire. Pourtant, Cesar, imperturbable, continue à tailler ses membrures, même s'il ne les place pas encore pour ne pas gêner les autres travaux. L'embase métallique du moteur apparaît, au grand plaisir de Juan qui retrouve le métal avec gourmandise (c'est son travail d'origine, bien utile aujourd'hui).
Nous avons tenu une réunion pour tenter de coordonner davantage les actions, établir un plan d'interventions, employer chacun au mieux. La semaine à venir sera de nouveau consacrée à l'arrière.


La courbe rouge continue d'attaquer la verte, mais grâce à un sympathique chèque Père-Noël de 500 €uros (merci à son donateur), celle-ci lui échappe encore !
Plusieurs promesses de dons sont arrivées cette semaine, de 100 à 500 €uros, d'amis et d'anciens marins du bord. D'autres promesses, antérieures, sont encore en suspens.
Aidez cette brave verte à franchir la barre des 40 000 €uros avant la fin de l'année !
Comment faire concrètement ? Cliquer ICI...

Depuis son chantier, Karrek Ven donne un grand coup de corne bien sonore, à la fois pour se rappeler à ses amis et pour vous souhaiter à tous une bonne nouvelle année !
Avec de solides membrures comme les siennes, et un moral aussi bon que celui qui l'anime. C'est à votre amitié qu'il le doit. Malgré le pessimisme habituel aux "Informations", tout ne va pas si mal... Ici en tous cas.


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