On révèle ses arrières...
Noël ! Pas de cloches, ici, mais des pétards.
Dans les rues, peu de gros hommes rouges à barbe blanche et chapeau pointu,
mais la fête de la consommation - et de la boisson.
La scierie ayant du mal à trouver une pièce courbe pour l'étrave, nous
avons attaqué l'arrière du bateau, jusqu'ici préservé. Un travail de force
et de précision.
Maintenir l'harmonie
Les formes magnifiques de Karrek Ven à l'arrière demandent, pour être
conservées, un travail plus précis dans la découpe des membrures.
César a donc abandonné son tuyau de cuivre à relever les courbes, et travaille
maintenant au gabarit. Une église romane ou gothique doit beaucoup de
sa beauté et toute sa stabilité à l'agencement sans artifice de ses arches,
voûtes, coupoles. Les forces s'y équilibrent et l'édifice, parfois immense,
défie le temps et ravit l'oeil.
Les formes des bateaux de bois, mus par le vent, réussissent, aussi "naturellement",
à passer à travers l'eau sans lui offrir de résistance, et à engendrer
l'équilibre qui propulsera le voilier, parfois grand lui aussi et toujours
splendide. Karrek Ven est un modèle du genre, laissant derrière lui moins
de sillage et remous que sa petite barque moderne, en dépit des 80 m3
d'eau qu'il déplace. Il importe de maintenir cette harmonie, de préserver
la forme, voire de la rétablir si le bateau s'est un
peu déformé.

Le gabarit permet le traçage précis, nous ne changeons plus qu'une membrure
sur deux (revenant à l'autre ensuite), et les façonnons par symétrie babord/tribord.
A l'arraché

(Voir légende des numéros après le dessin ci-dessous)
La structure arrière du bateau était "bordée" par deux belles planches
de chêne d'origine de 40 cm de large et 5 d'épaisseur. Les pièces de charpente
sont en parfait état. Certains clous, d'origine aussi, ("carvelles" galvanisées
de 12 cm) tiennent encore, d'autres sont rouillés. Le bateau a été recloué
il y a environ 30 ans. Ces carvelles-là tiennent bon !
Pour enlever les planches, il faut les arracher en enfonçant des coins
de bois dur, et en terminant avec une barre faisant levier. Une demi-journée
a été nécessaire à babord mais, l'expérience aidant, seulement deux heures
pour tribord.
Structure de la charpente arrière.

1: varangue
2: membrure
3: râblure (grosse rainure triangulaire où vient se loger le premier bordé
depuis le bas (le galbord), et l'extrémité des autres bordés).
4: rempli (comble un vide; le bordé s'appuie dessus)
5: cheville coupe d'eau (cheville de bois empêchant d'éventuelles remontées
d'eau).
6: étambot
7: garni
8: courbe d'étambot (classiquement, elle est plus courbe), assemblant
étambot et quille
9: allonge arrière ou allonge de voûte
10: quille
11: carlingue
Les deux boulons dessinés sont les seuls apparents pour le moment (diam.
22 mm). On trouve des chevilles à bout perdu comme celle indiquée ici
à chaque varangue (diam : 25 mm, longueur de celle dessinée: 85 cm). Le
métal, d'origine, reste excellent, sauf un anneau de corrosion à la liaison
avec la courbe, le réduisant d'1/4.
Nous pensions que l'arbre de l'hélice traversait un massif de bois à peu
près horizontal, posé sur des éléments de remplissage. C'est un schéma
classique. Non. Décision de dernière heure de motoriser le bateau, la
charpente étant alors réalisée comme celle d'un pur voilier puis percée
pour passer l'arbre ? Ou bien décision d'"avant-garde" d'introduire le
métal dans la construction bois et de profiter de ses avantages, dont
celui d'une réduction de volume des éléments utilisés ? Karrek Ven utilise
en effet davantage le métal qu'un voilier classique. Ses mâts sont métalliques
(à la grande fierté de ses anciens armateurs et marins : "On était les
premiers à avoir des mâts en fer, ici !"). Il a un lest en fonte sous
la quille. Son gouvernail est métallique, sur un axe ne nécessitant pas
une structure de passage et de soutien en bois importante. Un agencement
astucieux a peut-être rendu inutile la grosse pièce massive pour le passage
de l'arbre.
Nous le découvrirons plus tard. L'arbre (diamètre: 80 mm) traverse
tour à tour l'étambot, la courbe d'étrave et l'allonge de voûte. Ces belles
pièces ont environ 30 cm d'épaisseur. La fin de la courbe d'étambot se
termine en croisant le début de la carlingue. Tous ces vides, jusqu'au
dessus de la carlingue, étaient remplis de béton, assurant un lest, une
rigidité et une protection à l'ensemble de la charpente. Le ciment remontait
entre les membrures, sous le moteur et derrière lui afin de former une
sorte de cuvette recueillant l'eau éventuelle de ruissellement, ou les
liquides pouvant s'égoutter du moteur ou des cuves (eau de refroidissement,
gazole).

Prévenir et guerrir
Ne pas retomber dans les erreurs signalées la semaine dernière ! La saison
humide est terminée, le temps est sec et le bois s'en ressent, le neuf
comme le vieux. Des fentes s'ouvrent, parfois en quelques heures.

Nous veillons donc, pinceau et spatule de mastic à la main. Même ce qui
sera retiré est traité, pour éviter les déformations dues aux distorsions
du bois.
La photo ci-dessus montre, outre les peintres au travail, une épontille
(jaune). Elle maintient le bateau dont on relève ce bord au cric (cf ci-dessous).
Elle montre aussi un projecteur... Il éclaire le mur d'en face qui sépare
le bateau de la rue, passage favori des malandrins. Pour le moment, cela
semble dissuasif.

Tous les deux jour le bateau est relevé au cric de 2 cm, puis étayé.
Nous avons regagné déjà 6 des 10 cm perdus à l'arrière babord (voir journal
17).
Le point
Avec cette intervention sur l'arrière la restauration a complètement
pris possession de Karrek Ven. Les problèmes sont plus nombreux et plus
complexes que lorsqu'il s'agissait juste de changer les membrures des
flancs. Le rendement est, de ce fait, moins spectaculaire. Pourtant, Cesar,
imperturbable, continue à tailler ses membrures, même s'il ne les place
pas encore pour ne pas gêner les autres travaux. L'embase métallique du
moteur apparaît, au grand plaisir de Juan qui retrouve le métal avec gourmandise
(c'est son travail d'origine, bien utile aujourd'hui).
Nous avons tenu une réunion pour tenter de coordonner davantage les actions,
établir un plan d'interventions, employer chacun au mieux. La semaine
à venir sera de nouveau consacrée à l'arrière.

La courbe rouge continue d'attaquer la verte, mais grâce à un sympathique
chèque Père-Noël de 500 €uros (merci à son donateur), celle-ci lui
échappe encore !
Plusieurs promesses de dons sont arrivées cette semaine, de 100 à 500
€uros, d'amis et d'anciens marins du bord. D'autres promesses, antérieures,
sont encore en suspens.
Aidez cette brave verte à franchir la barre des 40 000 €uros avant
la fin de l'année !
Comment faire concrètement ? Cliquer ICI...
Depuis son chantier, Karrek Ven donne un grand coup de corne bien sonore,
à la fois pour se rappeler à ses amis et pour vous souhaiter à tous une
bonne nouvelle année !
Avec de solides membrures comme les siennes, et un moral aussi bon que
celui qui l'anime. C'est à votre amitié qu'il le doit. Malgré le pessimisme
habituel aux "Informations", tout ne va pas si mal... Ici en tous cas.
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