La gazette du Chantier (épisode 3)
"Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage..."
L'ouvrage pèse 200 kilos, on hésite !
Et pourtant, c'est parti, on commence à border Karrek Ven !
Un jeu d'équipe

La cour de récréation du groupe de restauration.
Trois personnes y jouent avec une grosse planche (celle de 200 kg), Jugo
vient vendre ses jus avec son petit chariot et, sous le bateau, on grimpe
à une échelle pour barbouiller de peinture, on charrie d'autres planches,
on joue à fabriquer des boulons...

Le 7ème chargement de bois vient d'arriver.
L'esplanade entre le bateau et la menuiserie est maintenant dégagée, le
camion peu décharger presque directement dans la menuiserie.

Soulevez !
Présentez !
Posez !
Simple, amusant : tout le monde peut participer et s'y met avec plaisir.
On pousse et vrille avec de jolis petits crics, on coince en place avec
des presses, on peut même faire des trous dans le ciment pour que les
madriers ne glissent pas, sécurité d'abord !
Si la planche se libérait, elle fracturerait en se détendant et chutant
mâchoires et orteils. Mais justement le jeu consiste à la contrôler. Remarquez
la belle peinture noire sur la face latérale des membrures. C'est de l'asphalte.
On parlera plus tard de son rôle à cet endroit. Pour le moment il permet
la prise des empreintes digitales des poseurs du bordé.

A Noël on faisait l'inverse, on enlevait ce "bordé de galbord", avec
des coins de bois cette fois.
Comme à l'école, une saison c'est les billes, l'autre c'est saute-mouton.
La planche reposée aujourd'hui a la même taille mais un bon cm de plus
(6,5) car il a fallu baisser la râblure endommagée sur le bord (il n'est
pas fondamental de comprendre cette phrase, réservée aux spécialistes).

C'est épais.
Heureusement, la planche est longue (7,50 m).
La torsion en est facilitée.
Pour tordre à la forme de la coque ces petits centimètres d'ébène vert,
il faut des instruments de persuasion.
"Vous n'y arriverez pas", prédisaient les mauvais esprits.
Mais si, on y arrive, sans chauffe et sans casse.
A la poupe ce bordé est vertical. Au milieu du bateau, il prend un biais
de près de 45 degrés.
On accoste le bordé (c'est le terme pour "le mettre en place"), on regarde
avec une fine lame s'il est bien plaqué partout, comme il ne l'est jamais
on marque les endroits à corriger, on enlève crics et presses avec précaution
et conscience de ce qu'on fait... on dépose, on corrige, on repose, et
on recommence. L'opération dure depuis 2 jours et mobilise une dizaine
de personnes. Présenter et accoster la planche ne demande plus qu'une
demi-heure, maintenant que le coup de main est pris et les trous à leur
place dans le ciment.

Quelques acteurs sans doute bientôt fameux.
Alfredo, ailier gauche, le poste où l'on risque le plus un "retour de
planche". Rafael et José, les charpentiers d'expérience venus aider Wilson,
le maître de la planche (en jaune sur les photos 1 et 3). Luis-Miguel,
la force tranquille de la campagne (il habite dans les bois qui bordent
le rio Manzanares, la rivière de Cumana). Carlos, petit mais résolu. C'est
lui qui pousse la planche en place à coups de masse sur l'extrémité.
Potins de la semaine
- Lundi, heureuse preuve que même les longs travaux finissent un jour,
le bateau voisin est parti en poussant un peu Karrek Ven ("Mettez de la
graisse !" criait très sérieusement le conducteur du trave-lift qui l'emportait).
Ce bateau était là depuis 5 ans.
- Mardi, Gotzila, notre petite mascotte canine, a compris deux choses :
qu'il n'était pas encore près d'avoir des croquettes, aucun don cette
semaine n'étant venu au secours du budget restauration ; et qu'il ne fallait
pas faire caca n'importe où.
- Mercredi, Sebastian et Antoine sont rentrés, enchantés des paysages
et des rencontres de leur voyage. Ils étaient partis dimanche dernier
porter les boulons à galvaniser à l'autre bout du pays. Seuls bémols,
le bus de l'aller était un frigo, climatisation bloquée à fond. Le bus
du retour a mis 14 heures, après crevaison sur la route et rupture de
la clé pour réparer.
- Jeudi, des peintres du chantier ont exposé leurs pronostics pour le
référendum du 15 : renvoyer le président Chavez, oui ou non.

80 % pour "Chavez NO se va" (le titre aussi, et refrain d'une chanson
en vogue). Les médias (majoritairement dans l'opposition) le donnent perdant,
sondages à l'appui. Difficile de savoir, mais le 15 n'est plus loin.
- Vendredi, le 3ème film Harry Potter est arrivé à Cumana. Mais
les gens préfèrent Spiderman qui tient l'affiche depuis des semaines.
Ni télé, ni ciné au chantier. C'est une bulle hors du temps...
Le point
Le bordage commence... et révèle aussi maints petits travaux inachevés
ou oubliés : avant de fermer, on regarde ce qu'on enferme.
Bonne nouvelle, ce 7ème bois est le dernier important pour la coque.
Restent un petit chargement de pièces aujourd'hui manquantes à la scierie,
les planches du pont, et un petit chargement à Cumana.
Après quoi il faudra trouver le bois pour aménager l'intérieur.
Les nouvelles chevilles et boulons maison galvanisés qui viennent d'arriver
vont permettre de fixer ce qui ne l'était pas encore, en particulier l'arrière
du bateau. Le tronc pour l'étrave n'est toujours pas arrivé. On attend
le permis pour le transporter... Nous avions promis une prochaine "page
de nouvelles", elle arrive !
Le budget demeure notre souci.
L'Opération Arc-en-Ciel pour renflouer la caisse, après un intéressant
frémissement, marque le pas.
Le temps des vacances ?

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous
obtenez la courbe de la toute dernière mise à jour...)
Pour participer à la restauration du Karrek Ven en faisant un
don, cliquer ICI.
|