Le Journal de Karrek Ven

n°4 - 15 mars 2006

Navigations et projets...

Le plancher des vaches

Voilà cinq mois que Karrek Ven a retrouvé la mer !  Son galop d’essai de Noël aux Antilles a été réussi, sa coque se comporte bien.
Retour en Janvier sur le Venezuela pour accueillir de nouveaux équipiers et partir sur l’Orénoque.
Mais nous n’y allâmes point, le renouvellement d’un passeport ayant trop tardé. Plusieurs des équipières sont alors parties vers d’autres horizons, tandis qu’à bord se poursuivaient les réaménagements et commençait une intense période de réflexion, d’ajustement du cap, de mise au point du projet grâce aux discussions avec tous. .

 
Nouvelles des Equipières :

Discussion sur le bastingage

Marion L, lors de sa dernière navigation, raconte son séjour à Nerea qui vient d’arriver. Elle et Solveig, présentes depuis la fin de la restauration de Karrek Ven sont retournées retrouver famille et amis et récupérer un peu après le gros travail d’aménagement fourni à bord durant quatre mois. L’intérieur de Karrek Ven, sous leurs mains, s’est transformé !
Audrey et Nerea, nos deux Basques infatigables conduisant une investigation autour du bilinguisme, ont fait un grand périple fort riche au Venezuela. Elles ont d’abord participé au Forum Social de Caracas, puis ont gagné l’Orénoque (Ciudad Bolivar, l’ancienne jolie capitale du Venezuela) et le delta (Indiens Warao). Elles sont enfin parties pour la zone guyanaise du pays (Indiens Pemon) où elles se sont offert l’inoubliable montée au Roraima, le Monde Perdu de Conan Doyle. Elles poursuivent maintenant leur recherche au Brésil.

Sophie à la barre du Karrek Ven

Sophie (qui barre) et Marie, seconde partie, non-basque, de ce groupe de recherche Amerikastola, sont parties dans les Andes vénézuéliennes (Merida). Elles ont ensuite regagné la France.

A laver le pont

Myriam, notre Québecquoise, Marion K et Judith, poursuivent leur vie et leurs découvertes à bord. L’envie d’une semaine à terre les a conduites dans l’Orient vénézuélien, bien apprécié malgré l’assaut d’un groupe de modernes détrousseurs de chemin qui les ont délaissées de quelques possessions.

Par ailleurs, Julien, jeune charpentier de marine déjà venu au moment de la restauration, se prépare à rejoindre le bateau.
D’autres contacts email… A suivre, donc.


Karrek Ven cherche amoureux de Karrek Ven

Les changements (à venir bientôt...) dans le site du bateau témoignent de la recherche sur la formule de 3e vie du Karrek Ven. Les fins sont toujours non lucratives. Karrek Ven, pour les personnes embarquées et par l’activité de ces personnes durant l’expédition, veut continuer à servir à la formation, à l’enrichissement personnel, à la recherche scientifique, et aux reportages pour le plaisir et l’information de ceux qui ne peuvent participer. Ce bateau n’est pas un moyen de transport, mais un voilier traditionnel, avec son rythme, déterminé par la nature, la météo, et avec sa vie en équipe, de marin. De marin complet, non d’ouvrier-marin ou de passager : comme les marins-pêcheurs de sa première vie, l’équipier effectue les manœuvres, mais aussi l’entretien, les réparations, fait les courses, la cuisine, le ménage, et développe le savoir nécessaire à l’objet de l’expédition.

Les va-et-vient relatés ci-dessus, sont trop rapides pour le but poursuivi. Trois causes à cela :
- la question administrative (passeport) qui a tardé à se résoudre. C’est résolu, mais ce genre de contretemps peut se reproduire, sous une forme ou une autre, immobilisant un temps le bateau ; il faut en être conscient… et en profiter pour faire de l’entretien, peaufiner un rapport, etc.
- la mise au point du bateau non encore complètement achevée. On y avance peu à peu, mais de l’entretien, des réparations, des problèmes techniques, il y en aura toujours, beaucoup, plus que dans une maison !
- la présence à bord de personnes avec un projet personnel qui, s’il n’est pas incompatible avec la vie du bateau, est différent du projet Karrek Ven. Ce bateau devient alors surtout le support logistique de ces projets ; s’il se trouve dans une période de stationnement obligé, on le quitte, sans plus se soucier de lui.

Or Karrek Ven a d’abord besoin d’un équipage, de petites et grosses mains qui, par un temps de séjour à bord suffisant, se forment à son entretien, à sa navigation, à son rythme et mode de vie.

Judith dans le gréement

Cela n’exclut pas quelques séjours courts qui peuvent être sympathiques, ni l’existence de projets personnels qui peuvent être enrichissants pour tout le groupe comme cela vient d’être le cas, mais il est nécessaire d’avoir une majorité d’équipiers assez passionnés par le bateau lui-même, par l’existence à bord et par la mer, pour le faire vivre et le conduire. Pour cela le minimum d’engagement demandé de 6 mois semble incontournable. Et à la limite, peu importe ce que fait le bateau. Il fait, de toutes façons, quelque chose, mais pas forcément au rythme et selon la logique que seraient tentés de lui imposer des terriens fraîchement embarqués. C’est un point important que chacun ne réalise pas forcément. Il faut d’abord l’admettre, l’évidence n’en apparaissant qu’après un séjour plus long.

Cela suppose un déconditionnement du rythme citadin, avec ses horaires rigides, ses rendez-vous programmés longtemps à l’avance, ses objets bien définis. Le monde du bateau traditionnel vit à un rythme qui répond à une tout autre logique, stricte, exigeante elle aussi, mais pas basée sur le découpage artificiel de notre calendrier. Les vents, l’état de la mer, les possibilités du navire et de son équipage, commandent. A les suivre, on vit heureusement, les traversées sont belles. A vouloir les bousculer, on s’expose à de bien mauvais moments, à des croisières gâchées, et à piétiner au moindre contretemps du programme.

Myriam s'envole...
Myriam s’envole… Nous avons pris une semaine au lieu de 24 heures pour l’escale aux Testigos, car vent et mer étaient trop forts pour aller contre, vers l’est. Magnifique escale, puis jolie navigation, ensuite, vers les Antilles, dans une mer redevenue navigable.

Cela suppose aussi un apprentissage de l’entretien du bateau et du matériel. Le vent, la mer, sont de grands destructeurs et le matériel moderne, en plus, ne tient pas. La technique n’est pas tout, le matériau doit suivre. Or, les verrous et charnières neufs cassent après quelques jours de service, les conduites d’eau et robinets sont corrodés après 3 mois, les pompes s’effondrent, les appareils électroniques et électriques ne répondent plus… Qu’on ajoute les démolitions ou pertes dues à l’inexpérience, et l’on se trouve entraîné à bord dans une lutte permanente pour garder le bateau en état de bon fonctionnement. Cela prend du temps, fait modifier les plans. Mais ce n’est pas entièrement négatif : le long séjour aujourd’hui des jeunes à l’école, la rotation rapide des équipements devenus jetables, ont souvent fait de nous des incapables sur le plan pratique. Un bachelier, un universitaire courant, en savent moins dans les domaines pratiques les plus simples qu’un enfant d’autrefois quittant l’école à 14 ans avec son seul certificat d’études. Or ce monde pratique est riche, c’est celui du monde réel qui nous entoure. La véritable culture écologique ne peut l’ignorer. Le bateau offre l’occasion unique de s’y plonger, de s’y initier. Mais cela, encore, prend du temps, sur l’horaire espéré, et sur la durée du séjour à bord.

Et là nous abordons un autre problème de l’équipier. Le temps, il arriverait encore souvent à le dégager, année sabbatique ou autre, mais il faut en trouver le financement. Certains candidats y parviennent, d’autres beaucoup plus difficilement. Cela se répercute sur leur temps disponible, et sur leur humeur à voir filer les jours sans que quelque chose d’extraordinaire se passe… Si, à peine embarqué, on compte son temps comme un capital qui file au rythme du sablier, si l’on se demande, au fil des jours, si l’affaire en vaut le prix, on n’est pas disponible au bateau ni à l’aventure, et l’on finit par s’en aller.
Il faut trouver à se financer, et ne plus y songer ensuite. 

 
En mer, à terre, des Latinos, des Indiens, et des hommes.

Devant le marché de Santa Fé
Pourquoi ce pêcheur de Santa Fé n’embarquerait-il pas lui aussi comme équipier ? Il en aurait, à apprendre au groupe ! Et pour lui, quelle mémorable aventure…

Nous pensons qu’il faut faire davantage participer les ressortissants des pays où l’on navigue, soit actuellement ceux du bassin caraïbe. Ils peuvent apporter un regard intéressant et leur connaissance du milieu à nos recherches.
Cependant, pour la majorité d’entre eux, le niveau de vie, inférieur à l’européen, ne permet que rarement de financer ce séjour. D’où l’idée de solliciter pour eux des bourses d’état rattrapant au moins la différence de niveau de vie.  Ainsi aurions-nous à bord un groupe composé surtout de gens de la vieille Europe et de gens du Nouveau Monde. Et nous n’excluons pas, bien sûr, les autres continents !
Par ailleurs, la présence à bord du groupe Amerikastola nous a sensibilisés aux peuples autochtones. Nous avons grand besoin aussi de leur regard, et pouvons leur offrir de mieux connaître ce monde occidental qui tend depuis des siècles à supprimer leur culture.
Nous allons donc réserver pour les Amérindiens un certain nombre de places, et tenter de faire prendre en charge leur séjour par leur pays d’origine.

Une association qui travaille dans ce sens est déjà en préparation au Venezuela avec des personnes intéressées et des Universitaires.

Par ailleurs, nous souhaitons passer le plus rapidement possible au volet d’extension terrestre de nos expéditions. Les équipiers du bateau, depuis sa remise à l’eau, ont souvent souhaité enrichir leur vie marine de ces prolongements terrestres.
Il s’agirait d’expéditions du style même de la vie à bord : petit groupe, progressant en un rythme naturel, avec des animaux de bât pour porter l’équipement, ou des pirogues aménagées.
Des mises à jour de ce site Internet vont peu à peu préciser cet aspect des expéditions.

Nous nous posons toujours la question de cette participation féminine quasi exclusive. Pour sympathique qu’elle soit, elle ne satisfait pas nos équipières qui souhaiteraient un meilleur équilibrage des groupes
Cette exclusivité féminine est peut-être due en partie aux thèmes de recherche proposés (relations entre les sexes, en particulier). Mais elle correspond aussi à un effacement progressif et accéléré des garçons d’une vie active, d’une participation à la vie réelle dépassant le cadre de leurs études ou de leur vie professionnelle. C’est un phénomène que l’on constate partout, dans les clubs sportifs, les clubs culturels, les organisations humanitaires, etc. Le monde de la mer, longtemps masculin, se féminise aussi. Il est frappant, dans les cybercafés, de voir les jeunes gens attablés à des jeux virtuels (principalement de guerre, de bagarres, de courses de voitures), mais quasiment pas de jeunes filles qui semblent, elles, dans la vie réelle.
Il nous faut accrocher davantage la frange active de la population masculine, les amoureux de bateau et d’exploration terrestre.Espérons que la prochaine expédition prévue (voir en bas), « l’Or des Diables, l’Or ders Dieux », y parviendra !

Enfin, si la mixité est souhaitable, le mélange des générations paraît l’être tout autant. Nous proposons donc à présent ces expéditions, cette vie, à tout un chacun. C’est une formation et une ouverture intéressantes pour un jeune homme, une jeune femme, mais c’est aussi valable pour quelqu’un qui, à 35 ou 40 ans, souhaite marquer une pause, regarder vers d’autres horizons, ou pour un retraité en bonne forme physique, peu enclin à renoncer à une vie active.


Photochronologie

Une cabane à Cubagua

L’escale de l’île aux perles de Cubagua demeure magnifique et surprenante. Couleurs de la mer si fortes que les pêcheurs en sont empreints et sans même en avoir conscience, y répondent avec leurs pauvres matériaux. Des huîtres perlières s’y cachent encore dans les algues, entrouvrant leur coquille nacrée.

Myriam devant un cactus

Myriam découvre là ses premiers cactus géants qui, plus avant, s’organiseront en forêt. .

La houle d'Atlantique

Les filles sont parties explorer l’Orient vénézuélien, magnifique contrée sauvage, avec ici et là un village de pêcheurs. Barques joliment faites et robustes car la houle d’Atlantique arrive là après son long voyage transocéanique. Celle qui sert d’annexe à l’équipage de Karrek Ven pour débarquer vient de là. Les immenses câbles du télégraphe d’Europe pour l’Amérique du sud arrivaient là aussi.

Jus de coco

Judith et Marion s’envoient une rasade de jus de coco fraîche… Les Caraïbes étaient dépourvues de cocotiers à l’arrivée des Européens. On a aujourd’hui bien du mal à l’imaginer, tant ils poussent même dans les endroits sauvages (voir photo précédente).

Youenn en tête de mât

Youenn, un des anciens jeunes piliers de Karrek Ven, a gardé un tel souvenir du Venezuela qu’il vient s’y établir, entre deux traversées transocéaniques. Il n’a pas perdu l’entraînement et monte au grand mât à la force du poignet, installer un pic de bois qui dissuade les pélicans de s’installer là et d’arroser le pont de leur fiente…

Une chienne indigène

Les conquérants espagnols l’appelaient « chien muet ». A part la touffe de la tête, ce chien complètement sud-américain n’a pas de poils. C’était un compagnon des Indiens. Celui-ci, Tepu, nous a accueillis dans l’archipel des Testigos et… nous a conduits jusqu’au phare du sommet le plus élevé. « Cela fait 14 ans qu’il fait ça », nous a dit en riant une femme du village de pêcheurs. Adorable petite chienne, effectivement silencieuse, mais à caresser cette peau plissée, la main ressent une inhabituelle sensation…

Un beau poisson

Mimétisme… A le contempler, on se fait son miroir. Ce beau poisson abonde dans ces eaux encore vierges de moyens industriels de pêche. Durant notre séjour aux Testigos, un voilier a heurté un obstacle, a commencé à couler. Solidarité des plaisanciers et des pêcheurs, on l’a sauvé. Les villageois ont offert un abri dans leur maison aux naufragés et, pour leur redonner du cœur, un vieux pêcheur est allé chercher de quoi faire de bonnes grillades sur la plage.

Léo hisse le pavillon

Antilles en vue ! On amène le pavillon vénézuélien et l’on envoie le Grenadien, aux couleurs rasta. Ce sont aussi les couleurs de Karrek Ven, qui le font toujours bien accueillir aux Antilles !

Judith et Myriam dans la mangrove

Grenade ne fut qu’une escale. Une méchante houle du nord nous en a chassés. La remontée de l’arc antillais a donc commencé, révélant ses beautés, comme on le voit sur la première photo de ce journal, réservant ses surprises comme ici où Judith et Myriam sont perdues dans les racines des palétuviers.
Jusqu’où remontera Karrek Ven ? Cela dépendra de son équipage, assez réduit mais qui devrait s’étoffer bientôt. Nous aimerions nous poser ici et là pour travailler au bateau, tout en préparant l’expédition à venir, « l’Or des Diables, l’Or ders Dieux », une aventure de 6 mois au Venezuela, en Colombie, au Panama, avec une réflexion sur l’or, tel que le voyaient les Indiens, les pirates, les conquistadores, et leurs homologues actuels.
Par ailleurs, des archéologues nous avaient sollicités pour une prospection de quelques semaines à Cuba… Stand-by.
Les routes, les projets demeurent ouverts.

Coucher de soleil, Karrek Ven au mouillage...


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