
Voilà cinq mois que Karrek Ven a retrouvé la mer ! Son
galop d’essai de Noël aux Antilles a été réussi,
sa coque se comporte bien.
Retour en Janvier sur le Venezuela pour accueillir de nouveaux équipiers
et partir sur l’Orénoque.
Mais nous n’y allâmes point, le renouvellement d’un
passeport ayant trop tardé. Plusieurs des équipières
sont alors parties vers d’autres horizons, tandis qu’à bord
se poursuivaient les réaménagements et commençait
une intense période
de réflexion, d’ajustement du cap, de mise au point du projet
grâce
aux discussions avec tous. .
Nouvelles des Equipières :

Marion L, lors de sa dernière navigation, raconte son séjour à Nerea
qui vient d’arriver. Elle et Solveig, présentes depuis la
fin de la restauration de Karrek Ven sont retournées retrouver
famille et amis et récupérer un peu après le gros
travail d’aménagement fourni à bord durant quatre
mois. L’intérieur de Karrek Ven, sous leurs mains, s’est
transformé !
Audrey et Nerea, nos deux Basques infatigables conduisant une investigation
autour du bilinguisme, ont fait un grand périple fort riche au
Venezuela. Elles ont d’abord participé au Forum Social de
Caracas, puis ont gagné l’Orénoque (Ciudad Bolivar,
l’ancienne jolie capitale du Venezuela) et le delta (Indiens Warao).
Elles sont enfin parties pour la zone guyanaise du pays (Indiens Pemon)
où elles se sont offert l’inoubliable montée au Roraima,
le Monde Perdu de Conan Doyle. Elles poursuivent maintenant leur recherche
au Brésil.

Sophie (qui barre) et Marie, seconde partie, non-basque,
de ce groupe de recherche Amerikastola, sont parties dans les Andes vénézuéliennes
(Merida). Elles ont ensuite regagné la France.

Myriam, notre Québecquoise, Marion K et Judith, poursuivent
leur vie et leurs découvertes à bord. L’envie d’une
semaine à terre les a conduites dans l’Orient vénézuélien,
bien apprécié malgré l’assaut d’un groupe
de modernes détrousseurs de chemin qui les ont délaissées
de quelques possessions.
Par ailleurs, Julien, jeune charpentier de marine déjà venu
au moment de la restauration, se prépare à rejoindre le
bateau.
D’autres contacts email… A suivre, donc.
Karrek Ven cherche amoureux de Karrek Ven
Les changements (à venir bientôt...) dans le site
du bateau témoignent
de la recherche sur la formule de 3e vie du Karrek Ven. Les fins sont
toujours non lucratives. Karrek Ven, pour les personnes embarquées
et par l’activité de
ces personnes durant l’expédition, veut continuer à servir à la
formation, à l’enrichissement personnel, à la recherche
scientifique, et aux reportages pour le plaisir et l’information
de ceux qui ne peuvent participer. Ce bateau n’est pas un moyen
de transport, mais un voilier traditionnel, avec son rythme, déterminé par
la nature, la météo, et avec sa vie en équipe, de
marin. De marin complet, non d’ouvrier-marin ou de passager :
comme les marins-pêcheurs de sa première vie, l’équipier
effectue les manœuvres, mais aussi l’entretien, les réparations,
fait les courses, la cuisine, le ménage, et développe le
savoir nécessaire à l’objet de l’expédition.
Les va-et-vient relatés ci-dessus, sont trop rapides pour le
but poursuivi. Trois causes à cela :
- la question administrative (passeport) qui a tardé à se
résoudre. C’est résolu, mais ce genre de contretemps
peut se reproduire, sous une forme ou une autre, immobilisant un temps
le bateau ; il faut en être conscient… et en profiter pour
faire de l’entretien, peaufiner un rapport, etc.
- la mise au point du bateau non encore complètement achevée.
On y avance peu à peu, mais de l’entretien, des réparations,
des problèmes techniques, il y en aura toujours, beaucoup, plus
que dans une maison !
- la présence à bord de personnes avec un projet personnel
qui, s’il n’est pas incompatible avec la vie du bateau, est
différent du projet Karrek Ven. Ce bateau devient alors surtout
le support logistique de ces projets ; s’il se trouve dans une
période de stationnement obligé, on le quitte, sans plus
se soucier de lui.
Or Karrek Ven a d’abord besoin d’un équipage, de
petites et grosses mains qui, par un temps de séjour à bord
suffisant, se forment à son entretien, à sa navigation, à son
rythme et mode de vie.

Cela n’exclut pas quelques séjours courts qui peuvent être
sympathiques, ni l’existence de projets personnels qui peuvent être
enrichissants pour tout le groupe comme cela vient d’être
le cas, mais il est nécessaire d’avoir une majorité d’équipiers
assez passionnés par le bateau lui-même, par l’existence à bord
et par la mer, pour le faire vivre et le conduire. Pour cela
le minimum d’engagement demandé de 6 mois semble incontournable.
Et à la limite, peu importe ce que fait le bateau. Il fait, de
toutes façons, quelque chose, mais pas forcément au rythme
et selon la logique que seraient tentés de lui imposer des terriens
fraîchement embarqués. C’est un point important que
chacun ne réalise pas forcément. Il faut d’abord
l’admettre, l’évidence n’en apparaissant qu’après
un séjour plus long.
Cela suppose un déconditionnement du rythme citadin,
avec ses horaires rigides, ses rendez-vous programmés longtemps à l’avance,
ses objets bien définis. Le monde du bateau traditionnel vit à un
rythme qui répond à une tout autre logique, stricte, exigeante
elle aussi, mais pas basée sur le découpage artificiel
de notre calendrier. Les vents, l’état de la mer, les possibilités
du navire et de son équipage, commandent. A les suivre, on vit
heureusement, les traversées sont belles. A vouloir les bousculer,
on s’expose à de bien mauvais moments, à des croisières
gâchées, et à piétiner au moindre contretemps
du programme.

Myriam s’envole… Nous avons pris une semaine au lieu de
24 heures pour l’escale aux Testigos, car vent et mer étaient
trop forts pour aller contre, vers l’est. Magnifique escale, puis
jolie navigation, ensuite, vers les Antilles, dans une mer redevenue
navigable.
Cela suppose aussi un apprentissage de l’entretien du
bateau et du matériel. Le vent, la mer, sont de grands destructeurs
et le matériel moderne, en plus, ne tient pas. La technique n’est
pas tout, le matériau doit suivre. Or, les verrous et charnières
neufs cassent après quelques jours de service, les conduites d’eau
et robinets sont corrodés après 3 mois, les pompes s’effondrent,
les appareils électroniques et électriques ne répondent
plus… Qu’on ajoute les démolitions ou pertes dues à l’inexpérience,
et l’on se trouve entraîné à bord dans une
lutte permanente pour garder le bateau en état de bon fonctionnement.
Cela prend du temps, fait modifier les plans. Mais ce n’est pas
entièrement négatif : le long séjour aujourd’hui
des jeunes à l’école, la rotation rapide des équipements
devenus jetables, ont souvent fait de nous des incapables sur le plan
pratique. Un bachelier, un universitaire courant, en savent moins dans
les domaines pratiques les plus simples qu’un enfant d’autrefois
quittant l’école à 14 ans avec son seul certificat
d’études. Or ce monde pratique est riche, c’est celui
du monde réel qui nous entoure. La véritable culture écologique
ne peut l’ignorer. Le bateau offre l’occasion unique de s’y
plonger, de s’y initier. Mais cela, encore, prend du temps, sur
l’horaire espéré, et sur la durée du séjour à bord.
Et là nous abordons un autre problème de l’équipier.
Le temps, il arriverait encore souvent à le dégager, année
sabbatique ou autre, mais il faut en trouver le financement. Certains
candidats y parviennent, d’autres beaucoup plus difficilement.
Cela se répercute sur leur temps disponible, et sur leur humeur à voir
filer les jours sans que quelque chose d’extraordinaire se passe… Si, à peine
embarqué, on compte son temps comme un capital qui file au rythme
du sablier, si l’on se demande, au fil des jours, si l’affaire
en vaut le prix, on n’est pas disponible au bateau ni à l’aventure,
et l’on finit par s’en aller.
Il faut trouver à se financer, et ne plus y songer ensuite.
En mer, à terre, des Latinos, des Indiens, et des hommes.

Pourquoi ce pêcheur de Santa
Fé n’embarquerait-il pas lui aussi comme équipier
? Il en aurait, à apprendre au groupe ! Et pour lui, quelle mémorable
aventure…
Nous pensons qu’il faut faire davantage participer les ressortissants
des pays où l’on navigue, soit actuellement ceux du bassin
caraïbe. Ils peuvent apporter un regard intéressant et leur
connaissance du milieu à nos recherches.
Cependant, pour la majorité d’entre eux, le niveau de vie,
inférieur à l’européen, ne permet que rarement
de financer ce séjour. D’où l’idée de
solliciter pour eux des bourses d’état rattrapant au moins
la différence de niveau de vie. Ainsi aurions-nous à bord
un groupe composé surtout de gens de la vieille Europe et de gens
du Nouveau Monde. Et nous n’excluons pas, bien sûr, les autres
continents !
Par ailleurs, la présence à bord du groupe Amerikastola
nous a sensibilisés aux peuples autochtones. Nous avons grand
besoin aussi de leur regard, et pouvons leur offrir de mieux connaître
ce monde occidental qui tend depuis des siècles à supprimer
leur culture.
Nous allons donc réserver pour les Amérindiens un certain
nombre de places, et tenter de faire prendre en charge leur séjour
par leur pays d’origine.
Une association qui travaille dans ce sens est déjà en
préparation au Venezuela avec des personnes intéressées
et des Universitaires.
Par ailleurs, nous souhaitons passer le plus rapidement possible au
volet d’extension terrestre de nos expéditions. Les équipiers
du bateau, depuis sa remise à l’eau, ont souvent souhaité enrichir
leur vie marine de ces prolongements terrestres.
Il s’agirait d’expéditions du style même de
la vie à bord : petit groupe, progressant en un rythme naturel,
avec des animaux de bât pour porter l’équipement,
ou des pirogues aménagées.
Des mises à jour de ce site Internet vont peu à peu préciser
cet aspect des expéditions.
Nous nous posons toujours la question de cette participation féminine
quasi exclusive. Pour sympathique qu’elle soit, elle ne satisfait
pas nos équipières qui souhaiteraient un meilleur équilibrage
des groupes
Cette exclusivité féminine est peut-être due en partie
aux thèmes de recherche proposés (relations entre les sexes,
en particulier). Mais elle correspond aussi à un effacement progressif
et accéléré des garçons d’une vie active,
d’une participation à la vie réelle dépassant
le cadre de leurs études ou de leur vie professionnelle. C’est
un phénomène que l’on constate partout, dans les
clubs sportifs, les clubs culturels, les organisations humanitaires,
etc. Le monde de la mer, longtemps masculin, se féminise aussi.
Il est frappant, dans les cybercafés, de voir les jeunes gens
attablés à des jeux virtuels (principalement de guerre,
de bagarres, de courses de voitures), mais quasiment pas de jeunes filles
qui semblent, elles, dans la vie réelle.
Il nous faut accrocher davantage la frange active de la population masculine,
les amoureux de bateau et d’exploration terrestre.Espérons
que la prochaine expédition prévue (voir
en bas), « l’Or
des Diables, l’Or ders Dieux », y parviendra !
Enfin, si la mixité est souhaitable, le mélange des générations
paraît l’être tout autant. Nous proposons donc à présent
ces expéditions, cette vie, à tout un chacun. C’est
une formation et une ouverture intéressantes pour un jeune homme,
une jeune femme, mais c’est aussi valable pour quelqu’un
qui, à 35 ou 40 ans, souhaite marquer une pause, regarder vers
d’autres horizons, ou pour un retraité en bonne forme physique,
peu enclin à renoncer à une vie active.
Photochronologie

L’escale de l’île aux perles de Cubagua demeure magnifique
et surprenante. Couleurs de la mer si fortes que les pêcheurs en
sont empreints et sans même en avoir conscience, y répondent
avec leurs pauvres matériaux. Des huîtres perlières
s’y cachent encore dans les algues, entrouvrant leur coquille nacrée.

Myriam découvre là ses premiers cactus géants qui,
plus avant, s’organiseront en forêt. .

Les filles sont parties explorer l’Orient vénézuélien,
magnifique contrée sauvage, avec ici et là un village de
pêcheurs. Barques joliment faites et robustes car la houle d’Atlantique
arrive là après son long voyage transocéanique.
Celle qui sert d’annexe à l’équipage de Karrek
Ven pour débarquer vient de là. Les immenses câbles
du télégraphe d’Europe pour l’Amérique
du sud arrivaient là aussi.

Judith et Marion s’envoient une rasade de jus de coco fraîche… Les
Caraïbes étaient dépourvues de cocotiers à l’arrivée
des Européens. On a aujourd’hui bien du mal à l’imaginer,
tant ils poussent même dans les endroits sauvages (voir photo précédente).

Youenn, un des anciens jeunes piliers de Karrek Ven, a gardé un
tel souvenir du Venezuela qu’il vient s’y établir,
entre deux traversées transocéaniques. Il n’a pas
perdu l’entraînement et monte au grand mât à la
force du poignet, installer un pic de bois qui dissuade les pélicans
de s’installer là et d’arroser le pont de leur fiente…

Les conquérants espagnols l’appelaient « chien
muet ». A part la touffe de la tête, ce chien complètement
sud-américain n’a pas de poils. C’était un
compagnon des Indiens. Celui-ci, Tepu, nous a accueillis dans l’archipel
des Testigos et… nous a conduits jusqu’au phare du sommet
le plus élevé. « Cela fait 14 ans qu’il
fait ça », nous a dit en riant une femme du village
de pêcheurs. Adorable petite chienne, effectivement silencieuse,
mais à caresser cette peau plissée, la main ressent une
inhabituelle sensation…

Mimétisme… A le contempler, on se fait son miroir. Ce beau
poisson abonde dans ces eaux encore vierges de moyens industriels de
pêche. Durant notre séjour aux Testigos, un voilier a heurté un
obstacle, a commencé à couler. Solidarité des plaisanciers
et des pêcheurs, on l’a sauvé. Les villageois ont
offert un abri dans leur maison aux naufragés et, pour leur redonner
du cœur, un vieux pêcheur est allé chercher de quoi
faire de bonnes grillades sur la plage.

Antilles en vue ! On amène le pavillon vénézuélien
et l’on envoie le Grenadien, aux couleurs rasta. Ce sont aussi
les couleurs de Karrek Ven, qui le font toujours bien accueillir aux
Antilles !

Grenade ne fut qu’une escale. Une méchante houle du nord
nous en a chassés. La remontée de l’arc antillais
a donc commencé, révélant ses beautés, comme
on le voit sur la première photo de ce journal, réservant
ses surprises comme ici où Judith et Myriam sont perdues dans
les racines des palétuviers.
Jusqu’où remontera Karrek Ven ? Cela dépendra de
son équipage, assez réduit mais qui devrait s’étoffer
bientôt. Nous aimerions nous poser ici et là pour travailler
au bateau, tout en préparant l’expédition à venir, « l’Or
des Diables, l’Or ders Dieux », une aventure de 6 mois
au Venezuela, en Colombie, au Panama, avec une réflexion sur l’or,
tel que le voyaient les Indiens, les pirates, les conquistadores, et
leurs homologues actuels.
Par ailleurs, des archéologues nous avaient sollicités
pour une prospection de quelques semaines à Cuba… Stand-by.
Les routes, les projets demeurent ouverts.

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