La vie au chantier continue
La semaine passée, silence, pour panne d'ordinateur.
Le malheureux souffre de l'environnement poussiéreux et de la saison humide
qui a commencé. L'écran s'est mis tout noir... puis tout blanc !
Après tentatives de réparation, nous avons exhumé un ancien moniteur,
gigantesque pour l'espace réduit qui nous reste sur le pont... mais ça
fonctionne. Si l'un de nos visiteurs de ce site a une idée pour réparer
ou pour fournir un autre portable, il nous aidera bien.
Les progrès

Une petite bête curieuse est venue constater les progrès de la restauration.
On s'en tient à distance, sa piqûre étant douloureuse.

Le progrès est certain. Le nouveau bois récemment acheté est déjà presque
épuisé, il n'y a plus de vieilles membrures et de nouvelles viennent chaque
jour compléter le squelette du bateau.

Dans la charpenterie, on s'affaire à couper ces éléments de membrures.
La tache est délicate : le plateau de la scie est basculé pour une coupe
directe à l'angle voulu (l'angle est fort à l'avant où les lignes du bateau
se resserrent) ; il faut du renfort pour empêcher le lourd plateau de
glisser.
La concentration se lit sur tous les visages, depuis celui de Rafael,
le nouveau charpentier de Karrek Ven, jusqu'à celui du Maestro Cesar qui
mène la coupe.
La caja de vapor
Adopter l'étuvage fut le résultat d'un long travail de persuasion :
cela ne se fait pas ici.

Cependant, après plusieurs tentatives laborieuses et peu réussies de
poser sans les étuver les grosses serres bauquières de l'arrière, à la
courbure forte et vrillée, le groupe s'y est résolu, sur les indications
du capitaine (quand on voyage, on tâche d'apprendre le meilleur des coutumes
locales).
Une belle caisse a été construite, reliée par un gros tuyau de caoutchouc
à un bidon chauffé avec les débris des anciennes membrures et les chutes
des nouvelles.
Il faut 2 heures pour amener l'eau à évaporation, et 6 à 7 heures d'étuvage
ensuite (7 cm d'épaisseur).
Au moment voulu, la porte est déclouée, la membrure retirée avec des gants
et vite portée sur un moule qu'on la contraint à épouser.
L'extrémité à courber le plus est ici coincée sous le support métallique
d'un gros bateau voisin.
Le moule est l'ancienne contre-bauquière. On coince la pièce et tout le
monde s'y met pour la courber, terminant avec des serre-joints.
La torsion est donnée en même temps que la courbure.
La première bauquière a été un succès.
La seconde, insuffisamment courbée à l'extrémité, a dû repasser à l'étuve.
Mais devant la facilité (relative malgré tout) de ce travail, l'étuvage
est cette fois adopté.
Semelle de bois
Les tarets (vers à tête en trépan) aiment se loger dans le bas de la
quille qu'ils rongent.
Les échouages, volontaires ou pas, peuvent également abîmer cette partie.
Pour cela, on pose là une pièce de bois amovible, la semelle de quille.

La quille elle-même avait été abîmée par les vers par dessous.
Elle a donc été recoupée un peu plus haut, et la semelle épaissie d'autant.
L'ajustement devant être parfait, le travail n'a pas été simple.
Après les tentatives de plusieurs du groupe, César a pris la chose en
mains et aplani la quille pour qu'elle épouse bien la semelle.
Deux rainures longitudinales pour créer des joints avec le mastic de liaison
ont été faites, comme elles existent déjà dans la quille au-dessus du
lest de fonte; une belle tartine de "blious" a été étalée sur la nouvelle
semelle et le tout bien assemblé.
Des chevilles enfoncées obliquement maintiendront solidement cette pièce.
Un long fer plat épais sera cloué dessous pour la protéger, la bande molle
(qui n'a de mou que le nom !).
Galvaniser
Ce fer de protection était fixé par de gros clous de fer forgé.
Un bateau voisin nous en a offert, ceux de Karrek Ven n'étant plus assez
bons pour être réutilisés.
Nous les dérouillons, en travaillons un peu la forme, puis nous les galvaniserons.
L'atelier de galvanisation se prépare.

Nous n'avons pas trouvé les produits habituels, mais allons essayer un
traitement de substitution.
En voici la formule, simple. Nous aimerions l'avis de spécialistes.
1/ Pour désoxyder la pièce, bain d'acide phosphorique + en espagnol
du "butil oxitol (butil cellosolve)"
2/ pour éviter sa réoxydation (fluxage): saupoudrage du zinc en fusion
avec du bifluorure d'amonium.
Autour de Karrek Ven

Deux jolies coques de bois sont venues se poser devant Karrek Ven, anciens
voiliers de pêche aujourd'hui convertis au moteur. Ils sont parfaitement
entretenus, par l'équipage qui fonctionne suivant la vieille méthode des
parts de pêche, et par deux charpentiers de marine père et fils venus
de loin en renfort, travailleurs hautement qualifiés et acharnés qui durant
ces deux semaines ont calfaté à tour de bras à raison d'une quinzaine
d'heures de travail par jour.
Il n'y a pas encore de chômage à l'horizon dans le métier pour de bons
artisans !
Un autre voilier de pêche breton est en travaux sur notre chantier, la
Paix Royale.
Nous en reparlerons. Les problèmes du Venezuela évoluent peu.
Le gouvernement en place, rejeté par une partie du pays, est toujours
là.
La campagne de signatures qui devait enclencher un processus pour le révoquer
est controversée (fraudes possibles). Malgré la fuite des capitaux et
la longue grève de l'an dernier, la croissance est importante (9%) et
la vie de la rue normale, animée, sympathique.
Mais l'inflation est grande, le chômage toujours considérable et la délinquance
assez florissante.
Guère plus cependant que dans bien d'autres pays.
Le point
La progression de la restauration se poursuit, en dents de scie selon
les facilités ou non d'approvisionnement en matériaux et l'ardeur de l'équipe.
Il est agréable de voir à présent l'ensemble des membrures à peu près
en place, mais il manque encore la proue (étrave) et l'allonge de voûte
(poupe).
L'étuvage réussi des serres laisse bien augurer de la pose des bordés
fortement courbés.
Les bois tropicaux lourds n'ont pas la réputation de se cintrer facilement,
nous étions dans l'expectative. L'ébène vert s'est bien plié. Les bordés
seront cependant dans d'autres bois durs, courbaril et amarante.

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez
la courbe de la toute dernière mise à jour...)
Depuis Noël, les dons se sont épuisés.
Un petit courant, surtout dû aux amis les plus proches qui souvent remettent
la main à la poche permet de payer les matériaux, le séjour sur le chantier
et l'équipe de restauration.
Mais la courbe verte ne cesse de plonger sous la rouge, récemment très
sérieusement.
Aucun don la semaine dernière n'est venu compenser ne serait-ce
qu'un peu l'achat du bois.
Que ceux qui suivent avec intérêt cette restauration aient la gentillesse
de nous aider, cherchant donateurs et mécènes.
La structure est presque achevée, Karrek Ven est tout joli, tout fort,
il ne faudrait pas qu'on arrête là !
Cette fois c'est le don d'une association ayant clos ses activités qui
a permis de se remettre à flot (au moins dans les comptes !).
C'est là une piste intéressante : ne connaîtriez-vous pas dans votre
entourage une association ayant cessé ses activités ?
Celles qui le font doivent souvent, statutairement, faire don de leur
solde positif à une autre association.
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