On chante la restauration !

La longue pose des membrures avait usé l'intérêt de l'équipe de travail.
Avec la pose plus spectaculaire du bordé, le plaisir de construire renaît.
Rafael et César ne sont pas seulement maestros en construction navale.
Comme beaucoup de Vénézuéliens, dès leur enfance ils ont appris à jouer
du cuatro (la "petite guitare" de Cesar, à 4 cordes) et à chanter le folklore
local.
Samedi, avec la tournée de bière qui célèbre la pose des nouveaux bordés,
on joue, on chante devant la menuiserie.

Le travail continue de bien avancer, et des deux côtés à la fois.
Sur les 22 virures de la coque (lignes de bordés) il n'en manque plus
que 6 à 7 à l'arrière et au milieu, et 12 ou 13 à l'avant.
Il restera encore à lisser le tout, peindre et calfater.

Le bois a séché plus vite qu'on ne le pensait. Certaines planches, apportées
dès le début de la restauration, refusent de se laisser plier aux courbes
du bateau. Certaines cassent au plus fort de la courbure, d'autres le
font de façon plus inattendue. Quelques planches, avant d'être clouées,
sont mises en place avec un tire-fond à une extrémité au lieu de clous.
Cela permet de les retirer en cas de correction à apporter. Un trou plus
grand que le tire-fond est fait pour la clé qui permet de le visser, assez
profond pour pouvoir mettre ensuite un tampon de bois qui protégera la
tête. Il arrive alors que la partie extérieure, non tenue par la tête
du tire-fond, se sépare du reste de la planche, comme les couches d'un
mille-feuille ! Pour l'éviter nous perçons juste au diamètre du tire-fond
et le vissons avec une grosse rondelle. Ainsi tout est plaqué dans l'épaisseur.
Une fois la planche clouée, on peut retirer le tire-fond, faire le gros
trou et le poser proprement.
Mauvaise semaine, deux autres planches ont cassé.
L'étuve dont on ne pensait plus avoir besoin a donc repris du service.

Frangel, apprenti, suit les péripéties du tracé de Rafael. Ils refont
le bordé au trou fatal ! Maestros et apprentis auront bien appris
sur Karrek Ven. Ils pourront à présent réparer et restaurer d'autres de
ces vieux bateaux de bois aux capitaines avec "d'étranges manies perfectionnistes"...

Avec trois bordés de plus, ce n'est plus l'image d'une pirogue indienne
que nous offre l'avant (voir Journal 59), mais
d'une solide barque d'où sortent en bouquet les membrures.

Le 10e chargement de bois est arrivé, apportant les longues planches
de bordé qui manquaient (7 mètres et plus). D'autres sont encore commandées.
"En honor a mi padre, Don Arquimedes II" : en honneur à mon père, Don
Archimède le second...
Le fils, actuel propriétaire des camions, se prénomme aussi Archimède,
ainsi sans doute que son propre fils. Junior, fils de César, s'appelle
aussi César, et son fils de même... Les surnoms, très courants ici, évitent
heureusement les confusions ("Gros", "Maigre", "Noir", "Tigre", etc, sans
que cela soit moqueur).
Les longues planches sont intéressantes : plus faciles à courber
et évitant les trop nombreuses "extrémités de bordés" sur une virure.
C'est important car il faut "croiser" ces extrémités : on ne peut,
d'une virure sur l'autre, les mettre au même endroit, au risque d'affaiblir
la coque. Il y a des règles, qui conduisent vite à un casse-tête : ayant
une extrémité ici, on doit, pour le bordé en dessous, terminer 4 membrures
plus loin ; oui, mais à la virure plus basse, on a une autre extrémité
trop proche... Il faut donc une planche plus longue... on n'en a pas !

On voit ici le jeu croisé de ces extrémités de bordés. Généralement 4
membrures d'écart quand les virures sont l'une au dessus de l'autre, 3
quand elles sont séparées par une autre, et 2 lorsqu'elles sont séparées
par deux. Quand on peut on fait davantage, mais il arrive qu'on soit coincés
aussi et que l'on soit amené à un petit compromis...
L'échantillonnage est fort, le bois dur, Karrek Ven n'aura pas d'ennuis
de ce côté.
Le point
Tout avance bien. Le bordage va bientôt se ralentir un peu pour permettre
le démarrage d'autres postes : lissage et peinture de la coque, réfection
du pont et du bastingage, cimentage des fonds. Certaines équipes se verront
donc affectées à ces autres postes tandis qu'une seule ou deux termineront
de border.
Pour sortir de nos difficultés financières et mener à bon terme cette
restauration nous allons, avec votre concours, donner une nouvelle vigueur
aux dons individuels.
Nous espérons toujours l'aide de mécènes ou de sponsors, mais elle reste
hypothétique et, de toutes manières, ne couvrira pas tous les frais.
Voici l'idée : Augmenter le nombre d'adhérents à la Société des Amis
et Marins du Karrek Ven. Une assemblée réunira bientôt ses membres, probablement
en Bretagne, où seront accueillis comme membres d'honneur les anciens
patrons et marins du temps de la pêche. A cette occasion une tombola permettra
de gagner une demi-coque du Karrek Ven, taillée dans le vieux chêne de
son ancienne étrave et dans le joli chêne tropical rouge de la nouvelle.
Les demi-coques de bateaux sont des objets de valeur, prisés des amateurs.
Celles-ci, célébrant la renaissance et la mémoire de ce voilier de pêche
ancien, ne manqueront pas de susciter l'intérêt. Le matériau qui les constitue
leur confère en outre un aspect sentimental auquel ne pourront être insensibles
ceux qui s'intéressent à ce bateau.
Voici la proposition :
1/ Inviter votre entourage, vos amis, à devenir adhérent de la Société
des Amis et Marins du Karrek Ven (la SamKV). Ils pourrons découvrir ce
bateau sur le site Internet. Il serait intéressant d'atteindre et de dépasser
ce mois même un millier d'adhérents. Pour cela, chaque membre futur devrait
à son tour dans son entourage susciter de nouvelles adhésions.
Cette recherche est lancée, ici même, aujourd'hui même. Nous donnerons
dans les prochains numéros de ce journal la progression de ces adhésions.
2/ Que les adhérents envoient un petit don donnant droit à un ou plusieurs
numéros pour cette tombola, qui vous seront attribués dès réception de
votre versement :
- 20 €uros donnent droit à un numéro de la tombola.
- 50 €uros donnent droit à trois numéros.
- 100 €uros donnent droit à sept.
Tous ces donateurs seront en outre prévenus de la sortie de chaque Journal
de la Restauration et mis au courant de toutes les nouvelles importantes
concernant le bateau. Ceci, bien sûr, ne remplace pas le Karrekvenéthon
auquel un nombre appréciable d'entre vous a déjà contribué puisqu'il a
permis de mener la restauration jusqu'à ce jour.
Rappelons que la SamKV a pour objet d'aider à la restauration et aux activités
futures du bateau mais aussi de reconstituer la mémoire de ce Vieux Gréement.
Karrek Ven d'ailleurs participera au Concours des Marins et Mariniers
des Côtes de France, organisé par la revue d'ethnologie maritime
le Chasse-Marée et le quotidien Ouest-France sur ce thème de la mémoire
et de la collecte des témoignages et documents anciens.
Les status complets de la Société se trouvent ICI.
Pour en devenir adhérent et participer à la tombola, cliquer ICI.
Cette semaine, grand merci à un ancien de Karrek Ven qui offre les gros
clous de bronze servant à terminer le bordage, ceux du pont et du bastingage.
D'où le sursaut de la courbe verte qui refuse de se laisser davantage
distancer. La proposition ci-dessus devrait lui permettre de repasser
la rouge.

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez la courbe de
la toute dernière mise à jour...)
Nous recherchons toujours mécènes
et parrains...
Procédure simplifiée pour faire un don. Cliquez ICI.
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