Paré à virer...

Virures
La coque ne doit pas seulement être bordée avec soin, elle doit aussi
être belle. Junior est chargé d'harmoniser le galbord et le premier bordé
au-dessus.
L'ébène vert donne une poussière très irritante, d'où le déguisement de
"malandrin" (assez utilisé ici dans d'autres circonstances...).

L'état des lieux. Pour ce qui est de l'arrière, car à l'avant, il n'y
a encore rien.
Les deux préceintes, épaisses (1), ceinturent le bateau.
Virure : ligne de bordés - c'est à dire de planches. Des 20 virures qui
habillent la coque sous les préceintes, 7 couvrent déjà l'arrière (2).
En blanc, on est au dessus de la ligne de flottaison, en rouge (erreur
d'un peintre trop zélé) et argenté, on est sous la flottaison.
La coque se borde en même temps par le bas (3).
Deux virures de plus pour le moment. Le galbord est même posé jusqu'à
l'avant. C'est la seule virure entière actuellement. La plus difficile,
aussi.

Sur tribord, la situation est identique. On vient de poser une "clore"
(ici 5e virure depuis le bas). C'est la planche qui ferme le dernier espace
entre les bordés déjà posés. Opération difficile : elle doit rentrer
en forçant un peu, or on n'a rien de proche pour l'amarrer avec les serre-joints.
D'où le système utilisé ici d'un gros morceau de bois bien assuré aux
extrémités, sous lequel on glisse des coins de bois pour forcer la planche
dans son logement.
Histoire d'angles

Border, ce n'est pas aligner des planches. L'affaire est plus complexe.
Le tracé, déjà, n'est pas simple, on en a déjà parlé ici.
Ce qui, dans l'espace, est une droite, si elle s'applique avec une torsion
hélicoïdale sur les membrures, a une forme de banane sur la planche plate
d'où on la découpe !
Une fois tracée et coupée, on la martyrise pour lui faire épouser la forme
des membrures et le bord des autres planches. Ici, il s'agit de la planche
au dessus du galbord. Les membrures à cet endroit sont concaves. Il faut
donc donner une convexité à la surface interne du bordé. C'est pourquoi,
prévoyant cette perte d'épaisseur, on a pris au départ une planche de
6 cm au lieu de 5 comme ailleurs. La perte est moindre sur des planches
plus étroites, mais nous avons voulu respecter les grandes largeurs, en
bas de la coque, de la construction d'origine (de bas en haut : 40 cm,
40 cm, 30 cm, pour passer ensuite aux autres, de 20 à 16 cm selon les
endroits). La planche, sur le bateau va se trouver posée sur une autre.
Entre le chant de cette autre et la membrure, l'angle n'est pas droit,
et il varie suivant la courbure de la coque. Il est donc mesuré (à la
fausse équerre) devant chaque membrure, reporté sur la planche qui est
ensuite rectifiée en fonction (seconde image). Enfin, le chant est diminué
de quelques mm. sur une largeur d'un tiers, de façon à permettre le carénage
(enfoncer l'étoupe qui assurera l'étanchéité).
Jeux

Un bateau de bois traditionnel est une gageure : tout y est en courbes...
réalisées à partir de matériaux plats et le plus souvent droits. Le résultat
est impressionnant. Il est toujours beau. Jeux d'orgue.
Au milieu des tas de ferraille qui actuellement nous entourent, Karrek
Ven attire les regards de tous, des ouvriers soudeurs de ces bateaux de
fer, aux capitaines, vendeurs de boissons, gardiens.
Les bateaux de bois étaient dévalués ici, regardés avec quelque mépris,
amusement ou pitié. Karrek Ven a totalement changé ce regard. On y lit
maintenant de l'admiration.

L'équipe qui le restaure elle-même se prend au jeu...
La pose d'un bordé lourd et difficile mobilise leur participation.
Des spectateurs, toujours, les observent. Ils doivent réussir ! Angoisse
des uns, mais satisfaction ici du maestro José.
Potin
Un seul, amusant. Deux "malandros" (voleurs), connaissant du monde dans
le chantier, on réussi à y entrer par la grande porte. Ils errent, ici
et là, faisant du repérage. On posait un bordé. Pris eux aussi par le
spectacle, ils approchent. La petite chienne qui a élu domicile sous le
bateau se jette immédiatement sur eux, imitée alors par toute la meute
de chiens du chantiers...!
Qu'est-ce qui distingue un malandrin d'un ouvrier ou d'un visiteur, qui
le fasse ainsi repérer...? C'est cette chienne encore qui, toute jeune,
presque un bébé, avait donné l'alarme alors qu'au coeur de la nuit un
voleur essayait d'emporter une belle planche entreposée près du bateau.
Sa mère, puis toute la meute avait alors suivi, mettant le voleur en fuite.
Le point

Depuis le pont de Karrek Ven au lever du jour, les bateaux de pêche voisins
se vêtent de couleurs fauves. Des pélicans dorment encore au sommet des
mâts. La mer est belle, tout invite à prendre le large.
Mais nous n'en sommes pas encore là.
En 3 semaines, le 1/6 du bateau a été bordé. Même s'il s'agit de virures
difficiles, cela met à l'horizon de Noël la fin du bordage !
C'est dur pour nous, mais il est certain que l'on tient le bon bout !
Noël 2003, c'était autre chose ! On enlevait alors le galbord (Journal
18).
Le problème actuel n'est plus guère technique. Le plus gros est résolu.
Le problème est financier. Il faudrait profiter d'un arrivage d'étoupe
de Hollande pour acheter les 225 kg nécessaires. Les importations, suite
au contrôle des changes, sont sporadiques, incertaines, lentes (depuis
6 mois nous attendons de la toile pour refaire le taud ; il n'y a
pas eu de mastic pendant 8 mois).
Mais cela représente 2800 €uros, nous ne les avons pas.
Notre appel aux sponsors a pourtant commencé à être entendu. Une première
tentative est faite en ce moment. Nous saurons bientôt ce qu'il en est.
Allez voir la page du Financement, remise
à jour.

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez
la courbe de la toute dernière mise à jour...)
La rouge franchira-t-elle la ligne des 100 000 avant que la verte
n'atteigne celle des 80 000 ?
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