L'arrivée du marsouin

La saison des pluies, saison des cyclones, a bien commencé.
Les matinées sont belles, mais le ciel se couvre dans l'après-midi et
parfois de fortes pluies rendent difficiles les travaux.
Néanmoins, ceux-ci continuent, les ouvriers trempés. Mais il fait bon,
les tropiques, ce n'est pas l'Europe du nord !
Le nouveau marsouin est à poste

La belle pièce de bois qui unit la quille et l'étrave s'est posée sur
son lit de blious.
250 kg d'ébène vert. De quoi absorber quelques chocs...
Reste à y fixer 7 varangues (à tracer après établissement du gabarit et
à tailler) et 7 membrures (déjà faites).

Une photo prise durant la démolition du marsouin d'origine montre les
4 chevilles tenant l'étrave, et la première des 4 tenant la quille.
Ces chevilles font 70 à 90 cm de long et mesurent 25 mm de diamètre.
Autant de plus à galvaniser...
Les bauquières
Rappelons que le bateau est rigidifié dans sa longueur par :
- la quille
- au dessus d'elle la carlingue, sorte de quille intérieure prenant avec
la quille les varangues en sandwich.
- et, posées sur les membrures, les serres :
• 3 serres plus ou moins parallèles, à l'intérieur de la coque (on
les voit sur la photo du marsouin)
• et 4 serres sous le pont, les serres bauquières.

Sur cette photo, sous les barrots de pont (les "poutres" du pont, en
blanc) on remarque une "planche" verticale, la bauquière proprement dite.
C'est sur elle que s'appuient les barrots de pont.
Sous elle, une sous-bauquière. Elle sera plus tard, suivie, au dessous
encore d'une seconde sous-bauquière.
La pièce de bois de section carrée est la contre-bauquière. Son rôle est
fondamental : elle unit le pont et la coque. Les barrots de pont y sont
boulonnés, verticalement ; et cette pièce (de 14 cm de section) est elle-même
boulonnée à la coque, à travers bauquière (7 cm), membrure (10 cm), et
préceinte (partie supérieure de la coque, 7 cm).

Les bauquières sont faites en série devant la menuiserie : taillées à
la mesure, courbées à la vapeur pour celles des parties extrêmes du bateau,
poncées, moulurées et peintes.
Petite entorse à la construction d'origine : les divers éléments
constituant une serre ou une bauquière étaient assemblées bout à bout ;
cette fois elles sont "scarfées", c'est à dire taillées à mi-bois dans
leur épaisseur sur 50 cm et collées à l'epoxy.
La rigidité de l'ensemble en est supérieure.

Juan et Luis-Miguel ont la charge de poser ces pièces.
Celles du milieu sont courbées verticalement au cric : les tailler
en forme aurait obligé à couper les fibres du bois, diminuant leur solidité.
Vie du chantier

A côté de Karrek Ven se mourait un grand bateau de bois d'une trentaine
de mètres, ancien pêcheur. Sa coque faisait notre admiration. Malgré son
abandon, malgré le soleil, le vent les pluies, elle ne bougeait pas. Aucune
planche ne s'ouvrait ni ne se déclouait. Sans doute a-t-elle finalement
attiré l'attention par ces qualités : une équipe de charpentiers
vient d'être envoyée pour la remettre en état. Intéressant de suivre un
peu le travail des autres...
Malgré la quantité de bateaux de bois encore en service et en construction,
il est à craindre que le métier de charpentier de marine ne se perde.
Les vieux, qui savaient, meurent. Ils n'ont guère transmis leur savoir
autrement que pratiquement, sans grandes explications, sans théorie, à
des jeunes qui n'ont guère envie d'apprendre, le bateau de bois étant
considéré par eux comme "dépassé".
La machine masque l'absence de savoir-faire, et le mastic epoxy qui comble
fissures et mauvais ajustements et que l'on ne distingue plus sous la
peinture fait croire à un travail bien fait.
Dommage. "Un bateau en métal n'a pas de vie", disait Aldo, le dernier
vrai Maestro Carpintero de la région. Mais les bateaux en fer ne sont
pas mieux lotis. La situation y est même pire, la soudure étant encore
plus effective pour masquer le mauvais travail, que le mastic epoxy !
Pourtant, les équipages de bateaux de pêche en bois sont jeunes, gais,
actifs, forment de bonnes équipes. Ils soignent leur bateau qu'ils entretiennent
en grande partie eux-mêmes. Ils sont souvent originaires du même lieu.
Ceux des bateaux de fer, au contraire, ne se chargent généralement pas
des travaux d'entretien. Ces équipage disparaissent, le bateau à terre.
Le point
Remonter les membrures prend plus longtemps que prévu : l'assemblage
varangues-membrures-marsouin est assez délicat.
Mais le montage final devrait avoir belle allure, les matériaux étant
solides et bien ajustés.
Nous sommes toujours en panne dans nos expériences de galvanisation des
chevilles de fer, faute de produits courants de nettoyage et fluxage (empêchant
la réoxydation avant trempe dans le bain de zinc fondu), et faute d'informations
sur des produits de remplacement.
Nous avons répété diverses expériences plus ou moins heureuses. Cependant,
des recherches de ces produits sont en cours, à Caracas et en Martinique.
Affaire à suivre.
Espoir d'avoir très bientôt la pièce d'étrave et celle de l'allonge de
voûte.
Une fois tout cela en place, nous serons enfin parés pour border la coque.

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez
la courbe de la toute dernière mise à jour...)
Une opération externe nous permet une rentrée de 1223 €uros.
Le déficit s'en réduit un peu, les dépenses n'étant que de 939 €uros.
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