Le bois joli
Comme en un rêve éblouissant, le tronc de la future étrave s'est posé
sur le chantier, aux côtés de Karrek Ven.
Dix mois que nous l'attendions !
La première pièce pour tailler une étrave, ébène vert, s'était ouverte :
le coeur se séparait du reste.
La seconde, d'un bois voisin du gaïac, après nous avoir fait patienter
6 mois avant d'ouvrir son coeur, le révélait pourri.
Celle-ci, d'un beau chêne tropical, paraît enfin la bonne.
Plus de deux tonnes.
A peine posé une équipe s'attaquait à ce tronc.
Une écorce énorme recouvre une fine couche de bois jeune, jaune tendre,
qui souligne le rouge de cette pièce.
On retire l'écorce pour y voir plus clair, et l'on aplanira les 4 faces
à l'herminette.
Un long et dur travail sous le soleil que ne tempère aucun vent en ce
moment.
L'ouragan Francès, au nord de la Caraïbe, a interrompu le système des
alizés.
45° à l'ombre !
Le sceau du Ministère de l'Environnement atteste de la régularité de
l'opération.
Il a fallu plus d'un mois pour l'obtenir, avant de pouvoir transporter
la pièce.
La coupe et le transport du bois sont protégés.
Aucun camionneur ne se risquerait à transporter un tronc non sigillé.
Son camion lui serait confisqué plusieurs semaines.
Vie du chantier
Avec le bordage qui a commencé et l'arrivée de la future étrave, une
nouvelle ardeur anime le chantier. A peine Rafael et son fils José (sur
l'échafaudage) ont-ils retiré un long élément de la vieille préceinte
(planches vertes, en haut de la coque), que Wilson (en jaune) et Carlos
préparent sa remplaçante.
Au fond à droite Juan et Luis-Miguel fabriquent des boulons.
A quelle danse se livrent Junior et Juan ?
A la danse de l'étuvage. Ils sont debout sur une planche de bordé qui
vient de passer 8 heures dans la vapeur, pour la faire plier. La courbure
atteinte, des madriers les remplaceront pour la nuit.
Au matin, on "démoule".
Quelques mots sur l'étuvage.
Construire une étuve est simple : comme chaudière, un bidon (ici
un fût de 200 litres), relié par un tuyau à une caisse en bois.
1 heure d'étuvage par cm d'épaisseur du bois à plier. On ne dispose que
de quelques minutes à la sortie pour courber le bois. Même si l'on continue
à le courber après 6 ou 8 minutes il ne gardera pas la forme donnée, une
fois retirées les presses.
Nous devons travailler sur moule, faute de pouvoir appliquer directement
les planches sur la coque : le temps de grimper les poser à leur
place, le bénéfice de l'étuvage serait perdu. Or il est délicat de bien
faire un moule. Malgré plusieurs pliages, nous sommes encore loin de la
perfection. Le plus difficile à donner est l'angle transversal de la planche.
Or, une planche de 7 cm d'épaisseur et de seulement 18 de large, si elle
n'est pas vrillée sur le moule après étuvage, demande bien des heures
d'efforts pour venir en place. Sans compter le risque qu'elle ne fende.
Mieux vaut passer deux ou trois heures à faire un moule solide et précis.
On y gagne en temps de pose et en sécurité : la planche qui ne se
rompra pas, l'équipe de pose qui ne risquera pas de mauvais retours si
une presse sautait. Le meilleur moule serait le bateau lui-même. On y
gagnerait plusieurs heures de pose par planche, voire même de journées.
Wilson et Junior discutent métier. La casquette, au Venezuela, est de
port quasi universel. Les vieux paysans portent encore une sorte de panama
qui se perd. Les femmes vont généralement tête nue. Précisons que la mode
féminine est aux cheveux longs, et la masculine au poil presque ras, tous
âges confondus.
Mais que fait César (dans un petit coin de l'image), durant les heures
de travail...?
Les chaudes couleurs du soir commencent à gagner le chantier.
La paix... durant une demi-heure, avant le début du sablage qui durera
toute la nuit !
Le potin de la semaine
Une rate a mis bas à bord, se fichant du chat et du chien qui l'ignorent,
hélas. Recours, donc, à la colle à rat, déposée sur un carton, avec un
morceau de fromage au milieu... Bien que théoriquement hors de portée
du chat, c'est évidemment lui qui s'est pris. Réveil en pleine nuit. Animal
terrorisé, l'arrière-train totalement collé au carton... Tampons d'essence
pour dissoudre la colle, chat toutes griffes dehors, intenable, mordant
ce qui approche, plus d'une heure d'efforts afin de retirer le plus gros.
Un coup de savon et bain de siège pour terminer, ça suffira pour le moment !
Le point
Le travail continue d'avancer, de façon un peu plus spectaculaire avec
le bordage de la coque. Celui-ci reste lent, cependant. Les planches sont
épaisses, dures à travailler, à poser. Il est vrai que l'on commence par
les plus grosses. La préceinte en place, nous passerons de cette épaisseur
de 7 cm à 5.
Le problème des boulons a été résolu au mieux en fonction de ce qui se
trouve ici et aujourd'hui. L'inox n'a pas notre faveur : soumis à
la traction d'un écrou que l'on serre bien, il se fissure sans qu'on s'en
aperçoive, et quelques années plus tard se casse d'un coup à cet endroit.
Nous l'avons constaté.
Nous avons donc opté pour une solution mixte : boulons de fer galvanisé
par trempage à chaud (meilleur que par électrolyse), peints à l'époxy,
et avec écrou inox. Cela permet de vérifier de temps en temps l'état des
boulons, l'écrou inox se dévissant facilement. Avantage du fer galvanisé
sur l'inox : la dégradation du métal (oxydation) est visible à l'oeil
nu. Il faudrait pouvoir acheter le fer le plus doux possible, devenu difficile
à trouver. D'après notre expérience, il semble s'oxyder beaucoup moins
vite.
La peinture aussi est problématique. Le minium, qui protégeait bien le
bois en milieu marin, ne se trouve plus. La peinture à l'huile de lin
a disparu, ici, au profit de la peinture à la résine alkyde. C'est une
bonne peinture, qui sèche plus vite, et accepte d'ailleurs d'être mélangée
à l'huile de lin. Mais, sur notre bois dur, elle ne forme qu'une pellicule,
sans pénétrer. Nous mélangeons donc la première couche avec de l'huile
de lin, hélas elle aussi devenue difficile à trouver pure : toujours
pour un séchage rapide, elle est vendue mélangée à des solvants... Nous
mettons 2 à 3 couches de peinture sur les membrures et sous le bordé.
Il faut, sur un bateau, faire une guerre totale aux infiltrations d'eau
qui pourrissent les matériaux, mais prévoir que celles-ci peuvent se faire
sans qu'on s'en aperçoive pendant un moment, et donc, préventivement bien
protéger avec de la peinture. La couche finale est blanche, afin de mieux
repérer les infiltrations possibles.
L'autre problème, toujours non résolu celui-là, est celui de l'argent.
Aucun apport nouveau enregistré cette semaine. Le trou se creuse. Espérons
que Karrek n'y tombera pas, la rentrée permettant de renouer des contacts
et de trouver rapidement un sponsor ou mécène.
DES IDEES pour trouver les 30 000 €uros encore nécessaires
et les 15 000 pour venir à bout de la dette actuelle :
- En échange de sa généreuse participation,une entreprise pourra organiser
gratuitement à bord un séminaire.
- Son comité d'entreprise pourra y envoyer des groupes de jeunes gens
au cours d'un été. Et l'entreprise recevra, bien sûr, le film de la restauration,
avec mention de sa participation. Mention sur Internet aussi.
- Un mécène pourra organiser à bord soit des vacances en famille avec
quelques amis, soit une recherche à laquelle il rêve : ethnologique,
historique, océanographique, etc. Ou bien venir s'y détendre, y peindre,
écrire, faire de la musique...
- Un Conxeil Général, une Municipalité, pourront...
vous avez sûrement aussi des idées, mieux même que nous qui sommes tout
le jour le nez dans les planches !
Et, bien sûr, les dons individuels, plus modestes, en grande partie grâce
auxquels nous avons pu lancer cette restauration et la mener jusqu'à aujourd'hui,
restent les bienvenus !

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez la courbe de
la toute dernière mise à jour...)
Pour participer à la restauration du Karrek Ven en faisant un
don, cliquer ICI.
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