Il vient de s'éteindre. 21 ans.
Il y a quelques jours, il nous écrivait : "Je pense, lors d'un prochain
voyage, venir visiter Karrek. J'espère que tout continuera en bonne voie
pour ce fameux thonier...
A très bientôt, Ludo"

Ludovic Ménard est un ancien jeune marin de Karrek Ven.
Arrivé à bord à l'âge de 15 ans, il était, comme beaucoup d'autres, tombé
amoureux de ce bateau. Il était passé, peu avant sa restauration, lui
donner un coup de pinceau. Puis il était parti chercher aventure.
Il se fixait alors au Guatemala, créant des spectacles pour un orphelinat,
enseignant le français, montant une petite société de production cinéma,
un restaurant, et... épousant Nikki, jeune guatémaltèque. Cette vie active
et sympathique a été fauchée. Nous exprimons ici notre sympathie à sa
famille et à ses amis. Juste après son départ s'est dressée et mise en
place l'étrave de Karrek Ven... Comme si elle lui était liée. Qu'elle
lui soit donc dédiée. Ainsi demeure-t-il à bord de son bateau.

Un grand moment. Cette pièce maîtresse du bateau, celle qui fendra les
flots, est en place.
Plus rien ne manque pour border la coque. Nous allons maintenant procéder
à son ajustage parfait, puis à sa fixation, en particulier au niveau du
pont où d'énormes pièces de bois vont être découpées et installées.

Pour en découper la partie basse avec exactitude, José avait préparé
une maquette du gros tenon qui entre dans la quille, et de la pente de
la contre-étrave. Elle a servi aussi, avant la pose, à répéter la mise
en place de cet imposant morceau de plus de 5 m et d'environ 400 kg.

L'étrave a d'abord quitté son atelier de façonnage, poussée sur des rouleaux
jusqu'au pied du bateau. Là elle a été amarrée à un gros cordage tourné
sur une poupée du guindeau, sur le pont. Cela permit d'en lever l'extrémité
supérieure. Un palan à chaîne frappé au milieu compléta le dispositif,
permettant de la hisser, une fois relevée, sans que la partie haute se
plaque contre le bateau. Des cordages, de part et d'autre, guidaient la
mise en place. Presque arrivée à poste, elle était si bien ajustée qu'elle
avait du mal à entrer dans le logement de l'ancienne.
Les "apôtres" (pièces de bois verticales de chaque côté servant à clouer
le bordage) ont donc été sciés à la tronçonneuse. La partie finale du
hissage fut la plus délicate : il fallait faire passer le tenon au dessus
de sa mortaise dans la quille avant de l'y redescendre, sans l'abîmer,
et sans toucher l'extrémité de la quille, fragile.
Tout se passa bien. Il n'y eut qu'un incident : le madrier mis en
travers du pont pour amarrer le palan à chaîne se rompit sous le poids
de l'étrave. Mais la sécurité offerte par le cordage relié au guindeau
joua : la pièce de bois ne descendit que de quelques centimètres,
sans dommages. Félicitons Juan au passage, en charge du palan à chaîne,
toujours partant pour les missions périlleuses...

A l'arrière bâbord, autre progrès d'importance sur la voie de cette restauration
qui prend belle tournure : la pose le premier bordé de coque (excepté
ceux de la préceinte). Opération délicate : il s'agissait de repérer les
endroits de la coque où les bordés auraient le moins à se tordre : trouver
la "pente naturelle".
Ce fut fait, et le premier bordé posé. Prolongé vers l'avant, il déterminera
la pose de tous les autres. C'est le travail patient et minutieux de Wilson.

A l'arrière bâbord, Rafael pose un élément de préceinte splendidement
courbé.
Petit rappel sur la façon de l'obtenir.

Au sortir de ses sept heures d'étuvage, le temps pendant lequel la pièce
est assez souple est trop court pour qu'on puisse monter l'installer à
poste. Un "moule" est donc fait à côté de l'étuve. Une série de gros madriers
assure la courbure voulue, vérifiée au gabarit. L'extrémité la plus courbée
est enfilée sous une structure métallique, et la planche est ployée au
palan à chaîne à l'autre extrémité. Pour éviter une rupture, des petits
madriers sont placés sur la planche. Ils s'appuient à une poutre métallique
sous le toit. La planche doit aussi prendre un angle sur le côté, correspondant
à la pente de la coque. Sinon, il est à peu près impossible de la plaquer
contre les membrures. Cet angle, soigneusement mesuré et préparé, est
donné tout naturellement au pliage, par de petits coins de bois de la
hauteur voulue. Nous n'avons pas encore pu obtenir un travail parfait.
Chaque fois un petit impondérable vient perturber cette belle préparation.
Cependant, il suffit ensuite de presses et de crics pour que tout finisse
par venir en place, et sans se rompre.
Le point
Avec l'étrave à poste, le bateau semble terminé !
Il n'en est rien, mais l'essentiel est bien en place maintenant.
Combien de temps durera le reste ?
C'est difficile à prévoir. Nous exigeons un ajustement précis des bordés
entre eux, et contre les membrures. Cela demande plus de temps que normal.
Mais le bateau en sera plus solide et plus étanche.
Une équipe travaille sur l'étrave et l'ensemble de pièces constituant
la proue.
Deux autres bordent.
Ce qui reste nécessaire, urgent, c'est de continuer à approvisionner la
caisse. Sans quoi, tout s'arrête. Jean-Louis Jacquin, fils de l'ancien
armateur de Karrek Ven et source inestimable d'informations sur le passé
de ce bateau, a offert de faire un dossier pour rechercher un sponsor.
Si d'autres personnes ont des mécènes ou sponsors en vue qui pourraient
être contactés, qu'elles nous le signalent, ou qu'elles demandent ce dossier
pour démarcher elles mêmes : le contact par connaissances a beaucoup
plus de chances d'être positif que celui à l'aveuglette.
Mais n'oublions pas qu'il faut faire VITE : l'argent ne se débloquera
pas immédiatement. Or, les ouvriers doivent être payés chaque semaine,
et les matériaux achetés en permanence. Avec d'autres, plus modestes,
mais toujours appréciés, un don de 1000 €uros est arrivé cette
semaine.
Un grand merci !
Cela paye la moitié du chargement de bois que nous venons d'amener, ou
bien va faire vivre, à travers les salaires, les familles des 12 ouvriers
pendant un demi-mois. C'est aussi, et c'est peut-être ce que préférera
notre donatrice, le prix de revient total de la belle étrave de Karrek
Ven !

(Lorsque vous passez le curseur sur l'image, vous obtenez
la courbe de la toute dernière mise à jour...)
La courbe verte redresse la tête !
Pour la première fois depuis longtemps, les dons arrivés cette semaine
dépassent les dépenses effectuées.
Et si l'on ne laissait plus descendre la verte ?
Qu'elle suive sa progression et redépasse la rouge...?
Pour participer à la restauration du Karrek Ven en faisant un
don, cliquer ICI.
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