Le Journal de Karrek Ven

n°6 - 1er octobre 2006

Retour au Venezuela

Il s’en passe, des choses !
Ne pas se fier au silence Internet du journal, son rédacteur était pris ailleurs…

Karrek Ven est revenu au Venezuela pour la saison cyclonique et, depuis, à force d’échanges emails, de rencontres, de réflexions, les projets pour sa 3e vie s’élaborent, prennent consistance. On savait à peu près quoi faire, mais il fallait encore tester, discuter, proposer, se casser le nez, provoquer par telle proposition un silence désapprobateur, écrire et ne pas recevoir de réponse, tirer des sonnettes jusqu’à casser le cordon sans que la porte s’ouvre, espérer, se désespérer, voir poindre des lueurs, s’allumer enfin des phares, recevoir des idées, s’ouvrir des pistes… La voie aujourd’hui est plus claire, on peut faire route sans trop risquer de s’échouer.

L’an I, après remise à l’eau en octobre 2005, devait être un temps d’essais, et de réflexion. Pour cela, deux expéditions-expérimentales dans les Antilles et deux groupes d’équipiers. On testa le navire, on discuta, on fit des plans sur la comète.
Une troisième expédition fut proposée, « l’Or des Diables, l’Or des Dieux », mais, sans équipage suffisant pour l’entreprendre, elle reste pour le moment en suspens.

KV marina

Le second pôle d’organisation de la nouvelle vie de ce petit navire (qui a déjà bien navigué), c’est la Société des Amis et Marins du Karrek Ven (la SamKV). Présente du 27 au 31 juillet, aux 20e fêtes de la mer de Douarnenez (berceau de ce navire), elle tenait là un stand, présentait le film de la restauration et parlait des projets de navigation. Nombreux contacts, aussi, avec d’autres associations de vieux gréements, avec des élus et des organismes divers.

« Moments émouvants de rencontre avec plusieurs anciens marins-pêcheurs de Karrek, et discussions échanges croisés entre les représentants des trois vies du bateau » écrit Marion, équipière de la 3e vie, dès avant même la remise à l’eau du bateau. (Rappel des « trois vies » : 1/époque de la pêche, 2/époque des Expéditions Jules Verne, 3/époque actuelle, après restauration complète du voilier),
On mit à profit cette présence des anciens pêcheurs pour réaliser des interviews filmées, devant servir à poursuivre la reconstitution de la mémoire du navire.

« Vu aussi le film de la restauration, continue Marion. Ca faisait tout drôle de revoir les ouvriers de Cumana, le chantier, la mise à l'eau, etc. Toutes les émotions de là-bas qui reviennent ! aie, aie, aie! c'était bien chouette. »

KV restauration

Ce navire était connu en Bretagne du temps de la pêche, c’était un bon bateau et on y pêchait bien, racontent ses anciens patrons et marins.

KV patron
( Patron Maurice Drévillon (haut gauche) – 1961-1965 )

Mais, peu après avoir été désarmé, l’Karrek a quitté la région, puis la France. Il revint voir son lieu de naissance en 80, à l’aube de sa seconde vie, rencontra son dernier patron de pêche, Marcel le Bihan (1967-1969), puis disparut de nouveau sur les mers du globe.

KV NY

Les choses changent, aujourd’hui. Sa restauration complète l’amène sur la scène de la sauvegarde du patrimoine. La SamKV lui assure un ancrage dans les chroniques et les cœurs douarnenistes. 2008 sera une grande année : le bateau reviendra au bercail, participer aux rencontres internationales de Brest-Douarnenez.

L’Assemblée Générale annuelle de la SamKV s’est tenue dans la foulée des Fêtes de la Mer, sans biniou mais de façon sympathique, avec les rencontres évoquées ci-dessus. Le Bureau de l’Association s’est recomposé, faisant de Marion sa secrétaire et comprenant ainsi des acteurs directs ou indirects des 3 vies du bateau, de 1945 à 2006.

3e VIE, UN PROJET COMPLET.

La vocation de ce bateau n’est ni croisière, ni école de voile, encore que, ponctuellement, ce soit envisageable. Elle est double :
- un enrichissement de la personnalité des participants,
- des activités d’intérêt public (qui contribuent, en retour, à cet enrichissement) : appuis à des missions de recherche scientifique, sauvetage de patrimoine, aide médicale, support logistique de tournées théâtrales ou musicales, etc., chaque opération étant suivie d’un rapport, soit scientifique soit documentaire.
Ainsi, en décembre dernier, à Tobago, avons-nous terminé une opération archéologique en cours depuis plusieurs années, qui a permis d’intéressantes découvertes quant au passé de cette île antillaise (découvertes exposées lors d’un congrès international). Karrek Ven a enrichi les collections du musée local, obtenu la création d’une vaste zone culturelle protégée et d’un poste d’assistant archéologue local, chargé, entre autre, de la sauvegarde du patrimoine lors de l’ouverture de chantiers de construction immobilière.

Pour parvenir à cette double fin, les séjours doivent être suffisamment longs (6 mois représentent un minimum). Cela permet de devenir vraiment équipier d’un tel bateau, de rompre le rythme trépidant de la vie moderne pour retrouver celui, plus ample, de la nature et de la mer, et de réaliser les tâches d’intérêt public mentionnées.

KV fouille

Marquer une pause dans son existence et, à travers la vie à bord, par le contact avec la nature et par les activités de l’expédition, se retrouver soi-même, découvrir un autre aspect du monde, et en repartir d’un bon pied, voire avec une vision nouvelle, dynamique.

20 juillet 06. Judith, de retour de 6 mois à bord écrit :
« Je n'ai pas eu le temps de repenser à ces six mois, il me faudra plus de recul. Mais de raconter mes aventures à la famille, je me rends compte de la chance que j'ai eue de faire ce voyage et cette expérience. Beaucoup, dans ma façon de voir le monde et la vie a changé. Ca ne sera plus jamais comme avant et Karrek a été un trampoline vers quelque chose d'encore plus beau.
Je retourne étudier certes, mais avec une vision toute nouvelle, élargie. Tu sais que je ne vais pas lâcher la voile ! Je souhaite vraiment construire un petit projet autour de la mer et des  voyages, et de faire voyager les enfants... les seuls capables de s'émerveiller à mes yeux, et d'aller l'esprit grand ouvert et sans préjugé vers l'inconnu et les autres cultures...
Je reprends donc les cours en septembre toute boostée, j'ai presque hâte. »
Nous n’avions pourtant alors guère navigué, l’équipage étant restreint. Mais la vie à bord dans un bel environnement (le bateau, la baie, le pays), la non-course vers quelque chose, apportent beaucoup.

Ouvrons le bateau à d’autres âges.
Les rencontres à bord et à terre cette année nous donnent envie d’avoir dans l’équipage un mélange d’âges. Notre société est trop clivée de ce point de vue. Les anciens ont besoin de l’enthousiasme devant la vie des nouveaux, ne serait-ce que pour découvrir qu’elle n’est pas si désespérée « aujourd’hui », et que si « maintenant ce n’est plus comme avant », ce n’est pas forcément parce que les choses vont plus mal. Le monde continue son chemin, cahotant mais à peu près identique à lui-même, au-delà des modes de vie et du progrès technique.
Quant aux jeunes gens, ils sont avides d’en savoir plus sur un passé récent dont ils émergent sans bien le comprendre. Scolaires presque depuis leur naissance, ils ont, face à la vie quotidienne, de vastes lacunes qu’ils sont heureux de pouvoir combler. Pris dans la course universitaire, dans la course à l’emploi, ils sont heureux, s’étant posés à bord, de pouvoir discuter avec une génération qui leur compte un peu des temps passés. Et qui peut leur dire « Tranquille ! fais ce que tu aimes faire et que tu réussis bien, c’est de ça que nous avons tous besoin ».
Ouverture du bateau, donc, à des retraités qui voient enfin la possibilité de réaliser un rêve, ou de tenter une aventure jamais encore envisagée.
Ouverture, aussi , à ceux « d’âge moyen » qui, à un tournant de leur existence, souhaitent s’arrêter un moment dans le cadre d’une période sabbatique.

Le mélange mer/terre est fondamental. Les deux expériences sont complémentaires. Nous souhaitons donc lancer au plus vite les itinérances à terre, en pleine nature, avec des animaux pour porter l’équipement, ou avec de petits bateaux sur les cours d’eau. Il y a de quoi faire par ici avec, à l’ouest, les Andes et des mules, au sud les savanes et le monde extraordinaire de ces monts tabulaires, les Tepuys, à l’est les cours d’eau à travers la forêt tropicale, en pirogue…

C’est en vivant à terre, aussi, que l’on rencontre le mieux les cultures, avec leur façon différente d’appréhender le monde, de recevoir la mondialisation, de vivre masculinité et féminité, enfance et âge adulte. Il y a là de grandes sources de réflexions…
De plus, certaines opérations scientifiques nécessitent un séjour à terre pour lequel il est dommage d’immobiliser trop longtemps le bateau.
Avoir des équipes terrestres en opération et en itinérance est donc bien complémentaire d’un séjour à bord.

Une base terrestre nous est offerte dans une île antillaise, permettant la préparation d’un séjour en itinérance ou en navigation, le travail sur des données au retour d’une expédition, la rédaction des rapports, écriture des journaux, montage d’images ou de sons.

 

Pour réaliser tout cela, trois actions. Elles sont en cours, mais il nous faut un coup de main pour les précipiter :

1/ Constituons une équipe :
- Une ou un autre capitaine et sa ou son second. Il faut des compétences, mais ça se trouve. Nous avons reçu deux lettres de candidatures épatantes… Mais elles demandaient au moins un petit salaire que nous ne pouvons fournir pour le moment.
- Une ou deux personne(s) se chargeant des contacts, prospections, pour préparer, suivre et coordonner les itinérances à terre et sur les fleuves. Passion, réflexion, intuition et sens de l’organisation, sont pour cela d’utiles vertus. Il faut parler (ou se dépêcher d’apprendre) la langue du lieu. Pour ici, en ce moment, l’espagnol.
 - Une personne pour organiser et animer la base, celle des Petites Antilles, ou toute autre éventuellement.
- Un secrétariat, en douce France, qui fasse la liaison entre candidats et groupes : interface active, réflexive, entre nous et les autres.
Tout ce monde, au départ, ne peut être que bénévole, avec défraiements. Mais une rétribution viendra dès que possible pour les plus engagés dans ces activités, les plus chargés de famille, les plus couverts de dettes (honorables !).
Candidats à ces fonctions, faites-vous connaître !

2/ Trouvons un financement :
Nous souscrivons aux critères, à la philosophie, à l’étique, au mode de fonctionnement de l’économie solidaire tel que la définit l’incontournable Wikipedia, encyclopédie du Net :
. une organisation interne de type associatif,
. une finalité sociale, (ajoutons : et culturelle, voir le travail à Tobago),
. une hybridation de ses ressources (recettes marchandes, aides publiques et contribution du bénévolat).
C’est exactement le cadre et mode de fonctionnement que nous mettons en place.
Karrek Ven revient cher. Ses équipiers participent à ses frais courants, mais ne peuvent assumer ses grosses dépenses d’équipement, son assurance, les dettes qui restent encore de sa restauration, et dès que possible, une rétribution minimum pour les permanents. Nous cherchons donc une formule qui intègre régulièrement à nos activités, d’autres activités plus lucratives (par exemple, formation de personnel pour certaines entreprises, au travail en équipe, à l’écologie, à la prise de décisions face à des situations nouvelles).

3/ Recrutons des candidats.
Il y a ceux qui rêvent d’une telle aventure et ne savent pas que c’est possible, que ça existe.
Il y a ceux qui recherchent et ne parviennent pas à trouver.
Bouche-à-oreille, site Internet sont à peu près nos seuls moyens d’information. C’est peu, et pour tomber sur le site il faut de la chance, car comment trouver quelque chose dont on ignore l’existence ? Certains ont eu cette chance : quelques candidatures ou demandes d’informations sont arrivées ces dernières semaines ou mois, de personnes ne connaissant ni le bateau ni le site, mais l’ayant trouvé en naviguant… sur le Net ! Un bon début !

barque

Des idées ? Des possibilités de mieux faire ?

Karrek Ven est opérationnel. Les navigations antillaises ont validé sa restauration. Le joli projet sur le thème de l’Or est toujours valable, mais n’empêche pas d’autres de voir le jour. Tout est ouvert !
La saison cyclonique devrait se terminer vers la mi-novembre, d’autres endroits de navigation que la côte nord de l’Amérique du Sud sont alors envisageables.

Voici, pour se remettre dans le bain, quelques

IMAGES DES DERNIERES NAVIGATIONS ET ESCALES.

Testigos
Escale dans l’archipel vénézuélien des Testigos. Karrek Ven est mouillé juste au-delà de la barrière de récifs, dans le bleu plus profond.

Carriacou
Paysage marin tel qu’on le voit depuis la future base terrestre des Antilles.

Dériveur
A Carriacou, Judith et Julien pratiquent le dériveur…

Hutch
… grâce à l’ami Hutch, « inventeur », au moins de son dériveur, « instructeur et écrivain ». On le voit en médaillon jouant dans Les Pirates de la Caraïbe.

Tortues
Il n’y a pas 36 façons d’observer une tortue qui vient de naître. Ces tortues luths, pèseront jusqu’à plusieurs centaines de kilos.

KV Barre
Judith et Julien aux commandes, dans la timonerie, mènent le bateau au Venezuela.


Il pleut, l’occasion espérée de refaire les pleins d’eau douce.

Le chat
Le chat du bord s’intéresse davantage à la pêche… qu’au poussin qui lui picore les pattes !

Laguna Grande
Des baies dans des baies… Venezuela caché : un seul voilier au mouillage !

Hune


Consulter les journaux précédents:

001 - 002 - 003 - 004 - 005 -


Des questions à poser ? Envoyez votre message:


Aller à la page d'accueil du site.


Fermer cette fenêtre