Il s’en passe, des choses !
Ne pas se fier au silence Internet du journal, son rédacteur était
pris ailleurs…
Karrek Ven est revenu au Venezuela pour la saison cyclonique et, depuis, à force
d’échanges emails, de rencontres, de réflexions,
les projets pour sa 3e vie s’élaborent, prennent consistance.
On savait à peu près quoi faire, mais il fallait encore
tester, discuter, proposer, se casser le nez, provoquer par telle proposition
un silence désapprobateur, écrire et ne pas recevoir de
réponse, tirer des sonnettes jusqu’à casser le cordon
sans que la porte s’ouvre, espérer, se désespérer,
voir poindre des lueurs, s’allumer enfin des phares, recevoir des
idées, s’ouvrir des pistes… La voie aujourd’hui
est plus claire, on peut faire route sans trop risquer de s’échouer.
L’an I, après remise à l’eau en octobre 2005,
devait être un temps d’essais, et de réflexion. Pour
cela, deux expéditions-expérimentales dans les Antilles
et deux groupes d’équipiers. On testa le navire, on discuta,
on fit des plans sur la comète.
Une troisième expédition fut proposée, « l’Or
des Diables, l’Or des Dieux », mais, sans équipage
suffisant pour l’entreprendre, elle reste pour le moment en suspens.

Le second pôle d’organisation de la nouvelle vie de ce petit
navire (qui a déjà bien navigué), c’est la
Société des Amis et Marins du Karrek Ven (la SamKV). Présente
du 27 au 31 juillet, aux 20e fêtes de la mer de Douarnenez (berceau
de ce navire), elle tenait là un stand, présentait le film
de la restauration et parlait des projets de navigation. Nombreux contacts,
aussi, avec d’autres associations de vieux gréements, avec
des élus et des organismes divers.
« Moments émouvants de rencontre avec plusieurs
anciens marins-pêcheurs de Karrek, et discussions échanges
croisés entre les représentants des trois vies du bateau » écrit
Marion, équipière de la 3e vie, dès avant même
la remise à l’eau du bateau. (Rappel des « trois
vies » : 1/époque de la pêche, 2/époque
des Expéditions Jules Verne, 3/époque actuelle, après
restauration complète du voilier),
On mit à profit cette présence des anciens pêcheurs
pour réaliser des interviews filmées, devant servir à poursuivre
la reconstitution de la mémoire du navire.
« Vu aussi le film de la restauration, continue Marion. Ca
faisait tout drôle de revoir les ouvriers de Cumana, le chantier,
la mise à l'eau, etc. Toutes les émotions de là-bas
qui reviennent ! aie, aie, aie! c'était bien chouette. »

Ce navire était connu en Bretagne du temps de la pêche,
c’était un bon bateau et on y pêchait bien, racontent
ses anciens patrons et marins.

( Patron Maurice Drévillon (haut gauche) – 1961-1965
)
Mais, peu après avoir été désarmé,
l’Karrek a quitté la région, puis la France. Il revint
voir son lieu de naissance en 80, à l’aube de sa seconde
vie, rencontra son dernier patron de pêche, Marcel le Bihan (1967-1969),
puis disparut de nouveau sur les mers du globe.
Les choses changent, aujourd’hui. Sa restauration complète
l’amène sur la scène de la sauvegarde du patrimoine.
La SamKV lui assure un ancrage dans les chroniques et les cœurs
douarnenistes. 2008 sera une grande année : le bateau
reviendra au bercail, participer aux rencontres internationales de Brest-Douarnenez.
L’Assemblée Générale annuelle de la SamKV
s’est tenue dans la foulée des Fêtes de la Mer, sans
biniou mais de façon sympathique, avec les rencontres évoquées
ci-dessus. Le Bureau de l’Association s’est recomposé,
faisant de Marion sa secrétaire et comprenant ainsi des acteurs
directs ou indirects des 3 vies du bateau, de 1945 à 2006.
3e VIE, UN PROJET COMPLET.
La vocation de ce bateau n’est ni croisière,
ni école de voile, encore que, ponctuellement, ce soit envisageable.
Elle est double :
- un enrichissement de la personnalité des participants,
- des activités d’intérêt public (qui
contribuent, en retour, à cet enrichissement) : appuis à des
missions de recherche scientifique, sauvetage de patrimoine, aide médicale,
support logistique de tournées théâtrales ou musicales,
etc., chaque opération étant suivie d’un rapport,
soit scientifique soit documentaire.
Ainsi, en décembre dernier, à Tobago, avons-nous terminé une
opération archéologique en cours depuis plusieurs années,
qui a permis d’intéressantes découvertes quant au
passé de cette île antillaise (découvertes exposées
lors d’un congrès international). Karrek Ven a enrichi les
collections du musée local, obtenu la création d’une
vaste zone culturelle protégée et d’un poste d’assistant
archéologue local, chargé, entre autre, de la sauvegarde
du patrimoine lors de l’ouverture de chantiers de construction
immobilière.
Pour parvenir à cette double fin, les séjours doivent être
suffisamment longs (6 mois représentent un minimum). Cela permet
de devenir vraiment équipier d’un tel bateau, de rompre
le rythme trépidant de la vie moderne pour retrouver celui, plus
ample, de la nature et de la mer, et de réaliser les tâches
d’intérêt public mentionnées.
Marquer une pause dans son existence et, à travers la
vie à bord, par le contact avec la nature et par les activités
de l’expédition, se retrouver soi-même, découvrir
un autre aspect du monde, et en repartir d’un bon pied, voire
avec une vision nouvelle, dynamique.
20 juillet 06. Judith, de retour de 6 mois à bord écrit
:
« Je n'ai pas eu le temps de repenser à ces six mois, il
me faudra plus de recul. Mais de raconter mes aventures à la famille,
je me rends compte de la chance que j'ai eue de faire ce voyage et cette expérience.
Beaucoup, dans ma façon de voir le monde et la vie a changé.
Ca ne sera plus jamais comme avant et Karrek a été un trampoline
vers quelque chose d'encore plus beau.
Je retourne étudier certes, mais avec une vision toute nouvelle, élargie.
Tu sais que je ne vais pas lâcher la voile ! Je souhaite vraiment
construire un petit projet autour de la mer et des voyages, et de faire
voyager les enfants... les seuls capables de s'émerveiller à mes
yeux, et d'aller l'esprit grand ouvert et sans préjugé vers l'inconnu
et les autres cultures...
Je reprends donc les cours en septembre toute boostée, j'ai presque
hâte. »
Nous n’avions pourtant alors guère navigué, l’équipage étant
restreint. Mais la vie à bord dans un bel environnement (le bateau,
la baie, le pays), la non-course vers quelque chose, apportent beaucoup.
Ouvrons le bateau à d’autres âges.
Les rencontres à bord et à terre cette année nous
donnent envie d’avoir dans l’équipage un mélange
d’âges. Notre société est trop clivée
de ce point de vue. Les anciens ont besoin de l’enthousiasme devant
la vie des nouveaux, ne serait-ce que pour découvrir qu’elle
n’est pas si désespérée « aujourd’hui »,
et que si « maintenant ce n’est plus comme avant »,
ce n’est pas forcément parce que les choses vont plus mal.
Le monde continue son chemin, cahotant mais à peu près
identique à lui-même, au-delà des modes de vie et
du progrès technique.
Quant aux jeunes gens, ils sont avides d’en savoir plus sur un
passé récent dont ils émergent sans bien le comprendre.
Scolaires presque depuis leur naissance, ils ont, face à la vie
quotidienne, de vastes lacunes qu’ils sont heureux de pouvoir combler.
Pris dans la course universitaire, dans la course à l’emploi,
ils sont heureux, s’étant posés à bord, de
pouvoir discuter avec une génération qui leur compte un
peu des temps passés. Et qui peut leur dire « Tranquille !
fais ce que tu aimes faire et que tu réussis bien, c’est
de ça que nous avons tous besoin ».
Ouverture du bateau, donc, à des retraités qui
voient enfin la possibilité de réaliser un rêve,
ou de tenter une aventure jamais encore envisagée.
Ouverture, aussi , à ceux « d’âge
moyen » qui, à un tournant de leur existence,
souhaitent s’arrêter un moment dans le cadre d’une
période sabbatique.
Le mélange mer/terre est fondamental. Les deux
expériences sont complémentaires. Nous souhaitons donc
lancer au plus vite les itinérances à terre, en pleine
nature, avec des animaux pour porter l’équipement, ou avec
de petits bateaux sur les cours d’eau. Il y a de quoi faire par
ici avec, à l’ouest, les Andes et des mules, au sud les
savanes et le monde extraordinaire de ces monts tabulaires, les Tepuys, à l’est
les cours d’eau à travers la forêt tropicale, en pirogue…
C’est en vivant à terre, aussi, que l’on rencontre
le mieux les cultures, avec leur façon différente d’appréhender
le monde, de recevoir la mondialisation, de vivre masculinité et
féminité, enfance et âge adulte. Il y a là de
grandes sources de réflexions…
De plus, certaines opérations scientifiques nécessitent
un séjour à terre pour lequel il est dommage d’immobiliser
trop longtemps le bateau.
Avoir des équipes terrestres en opération et en itinérance
est donc bien complémentaire d’un séjour à bord.
Une base terrestre nous est offerte dans une île
antillaise, permettant la préparation d’un séjour
en itinérance ou en navigation, le travail sur des données
au retour d’une expédition, la rédaction des rapports, écriture
des journaux, montage d’images ou de sons.
Pour réaliser tout cela, trois actions. Elles sont en
cours, mais il nous faut un coup de main pour les précipiter :
1/ Constituons une équipe :
- Une ou un autre capitaine et sa ou son second. Il faut des compétences,
mais ça se trouve. Nous avons reçu deux lettres de candidatures épatantes… Mais
elles demandaient au moins un petit salaire que nous ne pouvons fournir
pour le moment.
- Une ou deux personne(s) se chargeant des contacts, prospections, pour
préparer, suivre et coordonner les itinérances à terre
et sur les fleuves. Passion, réflexion, intuition et sens de l’organisation,
sont pour cela d’utiles vertus. Il faut parler (ou se dépêcher
d’apprendre) la langue du lieu. Pour ici, en ce moment, l’espagnol.
- Une personne pour organiser et animer la base, celle des Petites Antilles,
ou toute autre éventuellement.
- Un secrétariat, en douce France, qui fasse la liaison entre
candidats et groupes : interface active, réflexive, entre nous et les
autres.
Tout ce monde, au départ, ne peut être que bénévole,
avec défraiements. Mais une rétribution viendra dès
que possible pour les plus engagés dans ces activités,
les plus chargés de famille, les plus couverts de dettes (honorables !).
Candidats à ces fonctions, faites-vous connaître !
2/ Trouvons un financement :
Nous souscrivons aux critères, à la philosophie, à l’étique,
au mode de fonctionnement de l’économie solidaire tel
que la définit l’incontournable Wikipedia, encyclopédie
du Net :
. une organisation interne de type associatif,
. une finalité sociale, (ajoutons : et culturelle, voir le
travail à Tobago),
. une hybridation de ses ressources (recettes marchandes, aides publiques
et contribution du bénévolat).
C’est exactement le cadre et mode de fonctionnement que nous mettons
en place.
Karrek Ven revient cher. Ses équipiers participent à ses
frais courants, mais ne peuvent assumer ses grosses dépenses d’équipement,
son assurance, les dettes qui restent encore de sa restauration, et dès
que possible, une rétribution minimum pour les permanents. Nous
cherchons donc une formule qui intègre régulièrement à nos
activités, d’autres activités plus lucratives (par
exemple, formation de personnel pour certaines entreprises, au travail
en équipe, à l’écologie, à la prise
de décisions face à des situations nouvelles).
3/ Recrutons des candidats.
Il y a ceux qui rêvent d’une telle aventure
et ne savent pas que c’est possible, que ça existe.
Il y a ceux qui recherchent et ne parviennent pas à trouver.
Bouche-à-oreille, site Internet sont à peu près
nos seuls moyens d’information. C’est peu, et pour tomber
sur le site il faut de la chance, car comment trouver quelque chose dont
on ignore l’existence ? Certains ont eu cette chance :
quelques candidatures ou demandes d’informations sont arrivées
ces dernières semaines ou mois, de personnes ne connaissant ni
le bateau ni le site, mais l’ayant trouvé en naviguant… sur
le Net ! Un bon début !

Des idées ? Des possibilités de mieux faire ?
Karrek Ven est opérationnel. Les navigations antillaises ont
validé sa restauration. Le joli projet sur le thème de
l’Or est toujours valable, mais n’empêche pas d’autres
de voir le jour. Tout est ouvert !
La saison cyclonique devrait se terminer vers la mi-novembre, d’autres
endroits de navigation que la côte nord de l’Amérique
du Sud sont alors envisageables.
Voici, pour se remettre dans le bain, quelques
IMAGES DES DERNIERES NAVIGATIONS ET ESCALES.

Escale dans l’archipel vénézuélien
des Testigos. Karrek Ven est mouillé juste au-delà de la
barrière de récifs, dans le bleu plus profond.

Paysage
marin tel qu’on le voit depuis la future
base terrestre des Antilles.

A Carriacou, Judith et Julien pratiquent le dériveur…

… grâce à l’ami Hutch, « inventeur »,
au moins de son dériveur, « instructeur et écrivain ».
On le voit en médaillon jouant dans Les Pirates de la Caraïbe.

Il n’y a pas 36 façons d’observer
une tortue qui vient de naître. Ces tortues luths, pèseront
jusqu’à plusieurs centaines de kilos.

Judith et Julien aux commandes, dans la timonerie,
mènent le bateau au Venezuela.

Il pleut, l’occasion espérée de
refaire les pleins d’eau douce.

Le chat du bord s’intéresse davantage à la
pêche… qu’au poussin qui lui picore les pattes !
Des baies dans des baies… Venezuela caché :
un seul voilier au mouillage !
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