Journal illustré
de la restauration

17 octobre 2005
- n°112 -

 

 


Karrek Ven a retrouvé la mer !

C'est merveilleux...
Voici le récit de ce lancement.

Après 26 mois de travail, l'équipe a posé les rabots et les scies.
De gauche à droite:
Juan, campagnard vivant au bord d'un fleuve, irremplaçable homme à tout faire, soudant, réalisant les mèches spéciales nécessaires, les outils de carénage, jusqu'aux gros clous de la quille, ou bien faisant des réservoirs de fibre, installant les énormes membrures, dans les positions les plus périlleuses...
Frangel, l'apprenti le plus jeune, fils de César, le chef des charpentiers ;
Alfredo, le coursier aux mille combines ;
Junior, frère aîné de Frangel, au travail sur Karrek Ven depuis le premier jour, aimable, serviable, prêt à toutes les tâches... à son rythme ;
Danny, qui peu à peu s'est spécialisé dans tout ce qui est électricité, de la réparation des machines à l'installation électrique complète de Karrek ;
Saül, ténébreux mais efficace ;
Carlos, dit Drupi, le plus petit en taille mais le plus costaud, deux fois victime (légère) des grosses membrures. Relevons à ce sujet que nous n'avons eu à déplorer aucun accident un peu grave, en dépit de conditions de travail souvent particulièrement difficiles.
Et les deux frères José et Wilson, cousins de César, bons charpentiers de marine avec lui, depuis des années.
Il en manque encore quelques uns sur la photo, mais tous furent admirables dans la réalisation de ce travail pénible en raison du poids considérable des pièces de charpente, de la difficulté à cintrer les planches épaisses et larges du bordé. Poser les bordés inférieurs (7m de long, 40 cm de large et 7 d'épaisseur d'un des bois tropicaux les plus durs, l'ébène vert), a nécessité la coordination des efforts de tous, une semaine par bordé : présentation, retouches, représentation, etc, avec vérins, palans, et pour les bordés de proue, cintrage après des heures d'étuvage.
Nous leur devons ce beau bateau et leur sommes très reconnaissants.

La peinture sous-marine est en cours. Trois couches, avec soin particulier aux endroits les plus prisés des vers...

Le bateau est presque tout peint dans ses oeuvres vives. Alejandro, "el padre", plongeur du chantier, aide à déplacer les cales pour peindre là aussi. La tristesse se mêle à la joie chez tous ces travailleurs.
Karrek Ven était devenu un élément important du paysage du chantier. Son lancement souligne une réussite, ils s'en réjouissent. Mais ils regrettent ce départ...

Avant-après, deux photos émouvantes, deux temps essentiels de la vie du Karrek Ven. A gauche, prise en août 2002, la sortie du bateau. A droite, après sa totale rénovation, il retourne à l'eau.
C'est bien du même bateau qu'il s'agit.
Les deux photos suivantes le confirment.

La place est vide. Le chien, Gozila, ne comprend pas bien, il n'a pas suivi le bateau, élément pour lui isolé de cet environnement chantier. On l'y portera plus tard. Son apprentissage de la mer a commencé... pas dans la pleine décontraction !
Le chat ne comprend pas non plus, il cherchait son bateau à travers le chantier, on l'y a amené aussi. Karrek Ven une fois à l'eau, il regardait, stupide, la mer au bas de l'échelle, et tout autour de lui... Comment aller chasser chaque nuit comme avant ?

Cesar, le maître charpentier qui a assumé la relève de maître Aldo, décédé au 3e mois de chantier. Il contemple, lui aussi à la fois satisfait et triste, son oeuvre qui part vers la mer.
A côté de lui, notre amie Marie-Anne, qui a accepté avec joie d'être la seconde marraine du Karrek Ven. Energique, navigatrice elle-même, voire en solitaire sur son voilier, son influence bénéfique sur la suite des aventures du bateau est assurée.

Marion vient de descendre la bouteille de champagne, Solveing l'attrape, Marie-Anne s'approche. Le bateau recule vers son bassin, dans quelques minutes, le champagne l'aspergera. Il descendra alors tâter de la mer.

Ca y est, le gouvernail entre dans l'eau, l'hélice va suivre. Le suspense demeure encore à ce moment : le bateau va-il s'enfoncer plus qu'avant ?
Sera-t-il bien équilibré ? Le poids différent des bois, le lest modifié, pourraient conduire à des surprises...
Autre question, y aura-t-il des fuites ?

C'est fait ! Karrek Ven, de nouveau, navigue !
C'est extraordinaire !
Nous avons réponse aux interrogations : le bateau est bien équilibré.
Par contre, son tirant d'eau est moindre, ce qui est bien intéressant ! Nous ne connaissons pas son tirant d'eau d'origine, mais le dernier était de 3,20 m, excessif. Le présent doit être d'environ 3m, réservoirs pleins.
Le bateau, de ce fait et par son carénage, file sur l'eau comme jamais lors des années précédentes. Il part sur "Laguna Grande", son repaire favori, contre un alizé assez soutenu, filant environ 5 noeuds avec ses 100 CV seulement de moteur (pour plus de 70 tonnes de poids), en régime de croisière. Allégé à l'avant et à l'arrière, il ne pique plus durement dans la vague, sa vitesse s'en trouve moins cassée par la lame de face.
Il rencontre quelques belles vagues, nous le mettons travers à la lame, il roule comme avant mais avec peut-être davantage de douceur.
Quant à la seconde inconnue, les fuites, la situation est claire : il n'y en a pas une seule. Les fonds restent absolument secs ! Une belle réussite, la coque étant restée un an exposée au vent et au soleil.
Solveig et Marion reprennent les caps de mouton, insuffisamment ridés : avec la houle, le mât bouge.
Le bout dehors encombre le pont, pas encore mis à poste pour faciliter les manoeuvres du travelift.
La planche à voile au premier plan, réparée par Arthur guidé par Juan, n'a pas encore trouvé sa place.
En, fait il faut l'avouer, il y a encore à bord une certaine pagaille... et pas mal de boulot pour l'équipage. Le bois entassé sur le côté servira à terminer les aménagements.

Et c'est le havre retrouvé !
Petit matin à Laguna Grande, un ensemble de baies aux couleurs extraordinaires. C'est le premier matin, l'équipage se repose encore tandis qu'un soleil ras fait éclater les couleurs des collines.
La restauration est terminée, une autre aventure commence.
Ce journal va se transformer, comme le site même, pour répondre aux nouvelles conditions.

Nous sommes profondément reconnaissant à tous ceux qui nous ont aidés à mener à bien cette restauration. Ce fut vraiment une oeuvre collective, chacun assumant sa part, les uns sur le terrain, les autres envoyant du matériel, de précieux conseils, participant au financement par dons et prêts, recherche de financements.
Les bois, sauf ceux de la quille et du massif d'étrave, ne sont plus ceux d'origine, mais la forme a été parfaitement conservée, et surtout le savoir-faire des charpentiers bretons qui l'avaient construit à l'origine : il est inscrit intégralement dans cette nouvelle construction, fidèle réplique de l'ancienne.
Un bel élément du patrimoine a ainsi été préservé, en même temps que s'est faite une belle machine à fournir pas mal de joie à tous ceux qui, pour quelques jours ou plusieurs mois, navigueront et vivront à son bord.
Il reste à faire : terminer les aménagements, reprendre le gréement, rembourser les dettes, et nous avons encore besoin pour cela de nombreux concours, mais la réussite présente témoigne du sérieux apporté à cette affaire. L'aide future devrait venir, directement avec de nouveaux dons, et en participant aux activités du bateau ouvertes à tous, en grande partie à cet effet : croisières d'une ou deux semaines, école de navigation sur vieux gréement l'été, séminaires, transport d'équipes scientifiques, ou de reportage, etc. Ce que peut rapporter le Karrek Ven est entièrement consacré au bateau.
Il nous fut demandé pourquoi avoir effectué cette restauration. Le bateau avait bien vécu, au delà des prévisions, et par ailleurs il n'y avait pas d'argent au départ pour un tel travail. Alors ?
Honnêtement, il semble qu'une réponse assez juste serait affective plus que rationnelle : parce qu'après avoir navigué tant d'années sur ce bateau, il était difficile de l'abandonner. Karrek Ven a une force de vivre et un charme qui touchent tous ceux qui naviguent à son bord. Ce n'est pas un tas de planches, c'est une personne. Il est donc monté presque seul, "naturellement", sur le travelift du chantier, sans qu'on se pose de questions. Le capitaine qui l'y a conduit et qui a présidé à cette renaissance ne s'est guère interrogé, ni ceux qui l'ont accompagné dans l'aventure.


Pour aider Karrek Ven, Cliquer ici.

N'hésitez pas à prendre contact avec nous pour nous suggérer d'autres solutions constructives et qui vous conviendraient mieux.
Merci...


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