Journal illustré
de la restauration

27 février 2004
- n°27 -

 

 

 

Comme un arbre...

Cette restauration de Karrek Ven est comme un arbre !
Plus on y grimpe, plus c'est touffu.
On en voit la cime, apparemment à portée. Mais pour y parvenir, quel cheminement encore ! Si au départ on avait soupçonné tant de complexité, de ruse, de duplicité, on aurait peut-être davantage hésité à entrer en chantier...
Pourtant, n'y va-t-il pas toujours ainsi en bateau (d'où peut-être l'expression "se faire mener en bateau" !) : l'océan, du rivage, paraît facile à traverser, l'eau y est juste soulevée de quelques ondulations. On s'y lance, enthousiaste.
Or plus on avance, plus les vaguelettes grossissent.
Et quand on se retrouve au coeur de la tempête, que faire d'autre sinon se demander pourquoi on s'est mis là-dedans une fois de plus, et continuer... ?
C'est donc ce que nous faisons.
Le déchargement de la 5e cargaison de bois, les fêtes de Carnaval, ont ralenti le travail cette semaine.
Profitons-en pour prendre un peu de recul et jeter un nouveau coup d'oeil à ce canot !

 

La structure de la coque est bien avancée.

On la croirait presque terminée : il ne reste à changer que quelques membrures, l'étrave et la partie supérieure de la courbe d'étambot.
Cela pourrait être l'affaire d'un mois (ce travail dure depuis près de 5 mois - voir la première membrure dans le Journal n°5 du 26 septembre 2003).
Mais ne négligeons pas le parage des membrures, extérieurement pour le futur bordage de la coque (photo ci-dessus), et intérieurement pour la pose des serres et bauquières. (Parer, c'est mettre au même niveau ; border, c'est poser les planches - le bordé - de la coque).

Ce parage est un travail énorme vu l'insuffisance de précision de la découpe des membrures.
L'équipe de rongeurs Wilmer/Carlos y donne de féroces coups de dents depuis deux semaines et n'a pas encore fini l'arrière !
L'équipe Juan/Louis-Miguel reprend les serres à l'intérieur où le même travail de parage est à faire pour que ces pièces de bois longitudinales collent bien aux membrures.

Le travail sur la quille en est à ses débuts : dépose de la carlingue, enlèvement des varangues afin de retirer les boulons du lest.

Cette coupe de la quille est parue antérieurement dans ce journal, avec quelques inexactitudes dans le chevillage. Boulons de quille et chevilles de varangues et de carlingue ont été retirés depuis, permettant une coupe cette fois parfaitement conforme. Les chevilles de la carlingue sont en quinconce, une seule par varangue, excepté au pied du mât.

Il faut poursuivre, puis effectuer les remplacements qui s'imposent (varangues et carlingue). Après quoi il faudra déposer le lest pour vérifier et au besoin réparer la quille au dessus de cette poutre de fonte.

L'équipe de John/Francisco est dessus, qui mène le travail à un rythme d'apprentissage. Menuisiers, ils sont encore peu habitués à la prise de cotes sur une telle charpente.
Où sont passés les charpentiers qui ont construit toute cette flotte de pêche en bois ? On se le demande ! Les boulons de lest, qui, oh heureuse surprise, sortent facilement, ont une tête forgée en cône tronqué. Ils n'étaient pas près, dans l'ensemble, de lâcher prise, mais une bonne corrosion était à l'oeuvre.
Les changer n'est pas un luxe.

Le redoutable chien de garde de Karrek Ven surveille une des nouvelles varangues... Pour pouvoir les glisser sous les membrures déjà en place, un côté en a été taillé horizontal - et la membrures correspondante aussi.

Sur cette structure refaite, et le parage terminé avec soin, le bordage de la coque ne devrait pas poser de gros problème. Deux équipes pourront s'y mettre, chacune d'un côté.

Où l'arbre se fait plus touffu...c'est le pont !

Nous pensions nous en sortir avec la seule réfection de la moitié la plus vieille du pont, et des barrots qui la soutiennent.
Hélas, c'était un songe.
Toutes les pièces changées en Turquie il y a 17 ans, sont mangées par la rouille des clous et boulons galvanisés utilisés alors : préceintes, plat-bord, une partie des jambettes, lisse de pavois et bordé du bastingage.
Karrek Ven pourrait repartir à l'eau et remettre cela à plus tard.
Mais puisqu'on y est... Si l'on veut un bon bateau prêt à tout, il convient ici aussi d'être prêt à tout.
Accrochez-vous donc aux branches, nous grimpons.
Pour changer ces pièces et installer correctement les serres bauquières, en dessous, c'est tout le pont qu'il faut faire sauter, même la partie arrière, refaite il y a 9 ans en Martinique !
Et avec lui, la timonerie, le mât d'artimon, et les deux roofs de descente à l'intérieur. Un nouveau chantier d'importance.
Et où vivre pendant ce temps...?
Reste la hune, en haut du grand mât.
Il faut accroître encore notre effectif et s'y attaquer rapidement.

On demande un chef de chantier ! 

Pour réaliser tout cela, une surveillance constante des différents postes de travail s'impose.
Aldo disparu (notre premier Maître-Charpentier chilien), personne ne l'a vraiment remplacé.
Il faut des connaissances pratiques et théoriques bien établies. Notre ami Didier vient de passer un mois à jouer ce rôle avec un brio qui lui a valu l'adhésion de toute l'équipe.
En effet, si l'on peut, avec une certaine connaissance des bateaux, un peu de jugeote, des lectures et des conseils demandés aux amis spécialistes par email, guider dans l'ensemble une telle restauration, conseiller les travailleurs et leur faire reprendre certaines grosses erreurs, rien ne remplace le travail constant avec eux, passant d'un groupe à l'autre, prenant les outils pour leur montrer où corriger ce qui est mal fait. C'est une occupation qui demande une présence constante et, en plus des connaissances, pas mal de tact...
Traditionnellement ici, un vieux Maestro joue ce rôle, et parfois même le Capitaine lorsque ce sont ses marins qui font le travail. (L'Ecole de Pêche avait une section construction navale). Mais il est un autre rôle, aussi important, généralement dévolu à l'armateur : un chantier n'avance que s'il est alimenté (matériaux, outillage, etc. ; nous avons déjà évoqué ces problèmes).
Pour Karrek Ven, gros bateau et utilisant parfois pour une telle restauration des matériaux aujourd'hui peu courants, c'est un autre poste, presque à plein temps.
Par exemple, on ne trouve plus ici à galvaniser, ni à forger (boulons de lest, ferrures diverses) ; que faire ? Jusqu'où dans le pays pousser les recherches ?
Le simple mastic à l'huile de lin est devenu introuvable, remplacé par un mastic epoxy inadéquat. Fabriquer son mastic, alors ? Mais ses composants sont devenus introuvables eux aussi.
Tap, tap, tap, il faut tenter de faire parler Internet pour comprendre comment marchent ces produits et trouver une substitution.
Certains endroits exigent des pièces de bois naturellement courbes.
Ca ne se trouve pas en scierie. On arrive à les dénicher, mais après quelles démarches et attentes !
Quand l'Administration donne enfin son permis, c'est la lune qui n'est pas bonne pour couper l'arbre...
Si l'on veut terminer cette restauration dans des délais raisonnables et de façon correcte, un renfort en hommes est urgent, ouvriers et responsables. (Sans compter tout l'équipement du bateau qui va se perdre si l'on manque de mains pour s'en occuper).

En guise de point, quelques flashes et nouvelles.

Le bois pour la carlingue, les varangues et ce qu'il reste de membrures à tailler est donc arrivé, mais pas encore celui pour l'étrave ni l'allonge de voûte.
Les arbres sont localisés, les permis de couper ont tardé plus d'un mois (on les tient enfin) et maintenant, la lune montant, le forestier ne veut pas les abattre.
Il n'était pas facile de passer de 4 à 8 artisans.
C'est chose faite.
Les équipes de 2 fonctionnent bien, même si elles ont encore à apprendre.
Il n'y a plus d'accrochage entre les personnes.
Un des apprentis du début est parti, on l'a remplacé aujourd'hui même, ramenant à 9 l'effectif actuel.
Visite des gens d'Arawak, autre vieux gréement breton de la taille de Karrek Ven.
Ils ont restauré leur bateau avant nous et leur exemple n'avait pas été sans nous encourager à nous lancer.

Il n'y a pas eu de dons cette semaine.
Déception.
Pour la première fois il a fallu faire appel à des prêts pour honorer les dépenses.
Il y a plus de 5000 €uros et 1000 dollar$ de promesses de dons en l'air... mais ils n'atterrissent pas !  

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