La révélation des fonds

La casse continue
Le bateau est toujours vivant, dressé fièrement sur son
aire de travail, sa table d'opération... L'attaque est sérieuse
: de dehors comme de dedans, on casse et on démonte. Qui reconnaîtrait
aujourd'hui, le grand carré, son coin radio, son labo photo...
Manuel en achève la destruction, pressé par les charpentiers
qui veulent tout dégager pour libérer les membrures ("côtes"
du bateau) à changer.

Semaine béton
Un cric, disposé sous la coque entre deux membrures soulève
le béton coulé là comme lest, jusqu'à ce que...
crac ! il se casse.

Des boulons traversent parfois ces blocs. Il faut alors les attaquer à
la masse et au burin.

Contrairement à une opinion répandue, le béton n'abîme
pas le bois auquel il peut adhérer très fortement. Aldo,
le maître charpentier, a eu l'idée de décoller avec
des coins de bois la contre-quille, ou carlingue, qui coiffait ces blocs.
Plusieurs tonnes sont ainsi déjà tombées, qu'il faudra
comptabiliser pour remettre plus tard un lest équivalent.

La colonne vertébrale
Quille par dessous et carlingue par dessus à l'intérieur,
emprisonnent en sandwitch les varangues, ces "vertèbres"
du bateau qui relient les "côtes" entre elles d'un bord
à l'autre.

Cette structure, cachée en temps normal, apparaît au jour
pour la première fois depuis sa construction, il y a 60 ans. Elles
sont magnifiques, solides, intègres. Du bon chêne que nous
n'aurons donc pas à remplacer. La technique de construction se
révèle. Nous en prenons note et filmons.
A part quelques petites écorchures, la quille et la carlingues
sont aussi en bon état. Elles resteront donc en place. Les planches
de cette partie de la coque aussi étaient bonnes, mais il a fallu
les enlever pour accéder aux membrures à changer.

De l'intérieur, la carlingue et les membrures plongeant sur la quille
composent comme une grande arrête de poisson.
Le point
Si le nouveau bois était arrivé, des membrures seraient déjà
refaites, mais les pluies ont empêché cette semaine les camions
qui viennent des rives de l'Orénoque de circuler. Les charpentiers
ont donc reporté leurs efforts sur la suite du démontage
de la coque. A l'issue de cette 3e semaine, la moitié du bateau
est "dépiautée", et le ciment retiré entre
le quart des membrures.

Le Karrekvenéthon reprend bien: des promesses de don se concrétisent,
et de nouveaux dons sont arrivés ou annoncés. La caisse
vient d'atteindre ainsi 16 000 euros, et nous avons reçu trois
promesses cette semaine, dont deux nouvelles. Ce n'est pas gigantesque,
mais ça se construit. Nous finançons déjà,
avec cela, la sortie et la remise à l'eau du bateau, la main d'oeuvre
de la restauration, et une partie du bois.
Que la boule de neige continue à grossir et le vieux thonier breton
sera sauvé. Les bois choisis sont de très haute qualité.
A la fin de cette année ou au début de l'année prochaine,
Karrek Ven regagnera la mer, paré côté coque pour
un nouveau demi-siècle au moins.
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