Le Journal de Karrek Ven

n°7 - 3 novembre 2006

Une expédition en or !

Vigie du Karrek Ven

Pour l’an Un du navire, une expédition en or !

Certes, mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a pas d’équipiers à bord, personne pour jouir de ce bateau ni de cette expédition. Que se passe-t-il ?
Au-delà du fait que le public connaisse encore peu cette possibilité, il semble y avoir une incompréhension. Ces expéditions parleraient à des enfants : courir après les corsaires sur un voilier semblable aux leurs, aller vivre avec des Indiens… ils sont partants dans l’enthousiasme.
Nous toucherions peut-être aussi de jeunes retraités, mais les autres adultes, les jeunes adultes surtout, se demandent d’abord ce qu’ils en tireront, à quoi cela leur servira. Ils achètent cette expérience et n’ont pas 6 mois ou 1 an à lui consacrer si ce ne sont que de longues vacances.

Or, Karrek Ven offre bien une formation personnelle, par la pratique de la navigation sur un tel bâtiment, par le travail à bord en tant qu’équipier à part entière, prenant en charge tout le bateau, par la vie en équipe, par les rencontres.
C’est sa fonction première. Judith nous le montrait dans le dernier journal, exprimant les changements positifs qu’elle avait éprouvés, suite à son passage à bord.
Retenons donc cela : Karrek Ven propose un développement de la personnalité, des apprentissages, une formation.

Et, en petit, dans un coin de notre tête, laissons entrer ce qui passionnerait l’enfant en nous. Par-delà la raison, c’est notre moteur, inconscient mais puissant.

Quand et où y a-t-il des départs ?
Et c’est là que ça paraît flou : on part quand on est prêt, et de là ou l’on est.
Pour le comprendre, il faut revenir à la formation. Ce bateau fonctionnerait avec succès comme bateau de croisières caraïbes, sur séjours courts avec calendrier précis et lieux prévus d’embarquement et désembarquement.
On y apprendrait peut-être des rudiments de navigation, mais on n’en tirerait pas grand-chose quant à sa formation personnelle.

Alors, nous proposons seulement la base matérielle et technique, trop longue et trop coûteuse à acquérir (le bateau, un capitaine), et à partir de cela et de la nécessité de s’y mettre pour monter et mener l’expédition, commence une aventure personnalisée et totalement formatrice. Pour partir, il faut préparer le navire et plus tard l’entretenir, réparer ce qui casse… Peinture, certes, mais aussi mécanique, électricité, plomberie, électronique, couture, intendance, cuisine, matelotage, travail du bois, manœuvre des voiles, radio, météo… tout y passe ! Un vaste champ d’apprentissages dans un champ illimité d’aventure !

Nous pourrions nous « limiter » à cela, l’intérêt en est certain. Nous proposons encore plus.
Si notre civilisation évolue peu quant à la barbarie, au mal que l’on aime faire à l’autre, à la primauté du pouvoir sur la conscience, il faut relever certains de ses développements positifs. Une perception globale du monde et de son évolution ont affiné notre sensibilité à l’écologie. L’uniformisation de nos cultures relance notre intérêt pour d’autres cultures qui pourraient disparaître. Notre niveau de vie confortable nous pousse à des actions humanitaires auprès de moins favorisés. Le modernisme galopant nous fait prendre conscience de la nécessité de protéger le patrimoine matériel, Karrek Ven comme d’autres vieux gréements en a bien profité, échappant à la mort.
Ce n’est plus un courant charitable ou touchant juste des spécialistes, c’est un courant général si puissant qu’il gagne même notre quotidien. On refuse d’acheter des vêtements fabriqués dans des conditions infra-humaines, on ne veut plus acheter un paquet de café pour lequel le producteur ne reçoit qu’une cacahuète, on ne veut plus même jouer les touristes inconscients, s’adjugeant le droit, pour quelques dollars de piétiner des cultures et de se retirer d’un champ de ruines humaines.
Sous des appellations diverses, économie solidaire, économie sociale, tourisme solidaire, etc, cette autre conception d’être au monde gagne chaque jour.
Voyager dans ces conditions, sans démolir et en apportant autre chose de plus constructif qu’une poignée d’euros nous paraît essentiel. Karrek se meut dans le champ de l’économie solidaire et sociale. Chacun à bord y gagnera en sensibilité à l’égard des autres, des autres différents de nous surtout.

Enfin, pourquoi explorer, découvrir, sans en faire profiter d’autres ?
Nous ferons donc des reportages pour le public et, pour apporter notre contribution à la connaissance universelle, de la recherche de type universitaire.
Chacun à bord s’en enrichira : on découvre beaucoup plus un pays, un peuple, lorsqu’on y cherche quelque chose que lorsqu’on ne fait qu’y passer en flânant, ou volant des images.

Le site de Karrek Ven sera prochainement réactualisé dans ce sens, l’expédition projetée l’Or des Diables, l’Or des Dieux, développée au regard des points qui précèdent, et illustrée de cartes et de photos.

 

Un octobre karrekvennien

On a pu le noter, le journal mensuel reparaît régulièrement, de même que le flash hebdomadaire de nouvelles.
Le forum d’échanges, précieux pour les candidats à l’aventure, a été mis en place comme prévu. Il n’est pas réservé aux seuls candidats. Tous ceux qui ont des idées, des suggestions, des propositions à faire y sont les bienvenus. On peut aussi toujours nous toucher directement par contac@karrekven.net, mais l’avantage du forum est d’informer immédiatement tous ceux qui s’y sont inscrits et de permettre ainsi des rebondissements, des contre- ou sur-propositions…

Trois des étudiantes de l’équipage 2005-2006 ont par ailleurs fait des propositions d’aide et de recherche en France pour la promotion des expéditions du Karrek Ven et des opérations en partenariat avec des organismes français d’étude, tant sur les baleines ou des thèmes nature, que sur des animations à l’étranger. Un contact est même pris avec un groupe de cirque Colombien… A suivre

Un ancien équipier de la seconde vie du voilier a offert sa participation au bureau de l’association de gestion en cours de création.
Un autre ancien équipier travaille sur la société d’exploitation du bateau, société qui aura la lourde charge de trouver l’essentiel des fonds d’entretien, fonctionnement, assurance du navire…

Il n’y a, par contre, pas eu d’autre proposition de participation à la nouvelle équipe de permanents qui doit se constituer rapidement, en France et à bord (cf détails dans le journal de Karrek Ven n° 6 de début octobre)

Pas de nouvelle candidature d’équipier ce mois-ci non plus.

Deux dons conséquents ont réglé la facture de ces 3 mois écoulés de stationnement du bateau au port. Un appel a été lancé pour que d’autres dons, même très modestes, permettent à Karrek V en de ne pas faire de nouvelles dettes tout en attendant son prochain groupe de candidats. Il serait bon aussi de pouvoir profiter de cette escale pour faire faire certains travaux nécessaires.

Fréquentation du site ce mois d’octobre :
734 visiteurs (pour 386 en septembre). La remontée est due en grande partie au journal et aux flashes.
3905 pages ont été vues, dont 80 % par des Français, et 86 % par des francophones.
Nous n’avons malheureusement pas de responsable du site en anglais et en espagnol, où des traductions n’arrivent ainsi qu’épisodiquement.

26 % des pages vues concernent le journal et les flashes, et autant l’album photos.
12 % les équipiers.
6 % « un bateau à vocation multiple »
3 % présentation du Karrek Ven.

68 % de ceux qui arrivent par moteur de recherche viennent de Google, 18 % de MSN France, 10 % de Yahoo France.
Cependant, 86 visiteurs seulement sont arrivés par moteur de recherche (12 % des visiteurs), dont 17 par le nom du bateau. C’est la faiblesse de notre site : sauf questions très catégorisées (navigation vieux greement tropiques, par exemple, où il peut sortir premier), il est noyé (si l’on tape « navigation vieux gréement » ; un peu moins pour « stages vieux gréement »).
Il faut améliorer cette situation. Cependant, le meilleur serait qu’on vienne à ce site par bouche à oreille, et par le fait que des revues et des sites spécialisés le signalent (de navigation, d’aventures, de recherche, et de retraités).
Ce sera le travail de ce mois de novembre, mais pour cela nous avons besoin de vos concours, amis lecteurs…

Images

Replongeons-nous un moment dans la restauration du navire pour célébrer le premier anniversaire de son heureuse conclusion.
Le journal de la restauration a montré chaque semaine durant deux ans sur 112 numéros le travail au fur et à mesure de sa progression. Possédant à présent des photos de toutes les étapes de la restauration,il est intéressant de les regrouper par thème. A titre indicatif, en voici quelques-unes qui illustrent deux opérations capitales : la fabrication des membrures (les côtes du bateau), et le bordage, (mettre une peau sur les côtes).

Membrer

membrures Karrek Ven


Deux impératifs : garder sa forme au bateau, et refaire les nouvelles membrures identiques aux anciennes.
Pour cela, on retire les planches du bordé de coque par zones verticales. Cela dégage une série de membrures que l’on va pouvoir remplacer.
La fenêtre en bas à droite de la photo montre les vieilles membrures vues de l’intérieur. On voit bien les faiblesses de certaines.

fabrication membrure


Trois étapes de la fabrication d’une membrure.
Un ancien élément de membrure a été retiré (en bas). Nous l’avons d’ailleurs conservé et Karrek Ven le ramènera en 2008 en Bretagne.
Il est posé sur un plateau de son épaisseur, servant ainsi de gabarit. On trace, avec indication de l’inclinaison des faces.
Le plateau est ensuite scié à la scie à ruban et l’élément travaillé pour affiner la découpe.
Enfin, on pose cet élément à la place de l’ancien. Il sera chevillé, là, aux autres éléments pour constituer toute la nouvelle membrure. Sauf à trouver un bois courbe de cette taille, une membrure faite de plusieurs éléments est plus solide que faite d’une pièce. Qu’on regarde dans la petite photo ci-dessus les fissures verticales au niveau de la courbure et l’on comprendra.

sciage membrure

Manipulations difficiles ! Plusieurs personnes s’y mettent pour guider, pousser, pendant le sciage. Attention, un faux mouvement et la membrure sera à refaire, ou bien la lame de la scie cassera !
visages tendus


Tout le monde est tendu.

parer les membrures

Les membrures ont toutes été remplacées. Il faut maintenant « parer », c’est à dire raboter et poncer pour que la face externe de ces assemblages n’offre pas de bosses lorsqu’on y posera les planches de la coque. Il faut que « ça file », que les planches s’appliquent bien sur toutes les membrures.
C’est un travail délicat et long. On peut s’apercevoir à cette occasion que quelques membrures « rentrent » trop dans le bateau, la planche ne s’appuiera pas dessus. Dans ce cas, on pourra glisser une petite cale entre le bordé et la membrure pour combler ce vide (l’ancien Karrek Ven en avait). Mais si plusieurs planches ne touchent pas, mieux vaut refaire la membrure. On dut en refaire ici 4 ou 5 sur le total de 84.

Border

Les membrures sont posées, « appareillées », on peut maintenant commencer à border, c’est à dire à poser les planches (les « bordés) de la coque.

préceintes

On retire les anciennes préceintes (chiffre 1, juste sous le pont) et l’on prépare les nouvelles. Elles sont plus épaisses que les autres planches du bordé de coque : 7 cm au lieu de 5. On les force pour les appliquer sur le haut des membrures (2), elles-mêmes bien tenues à ce niveau par une seconde série de planches identiques, internes à la coque (les serres bauquières - 3), renforcées par des poutres longitudinales juste sous le pont (les contre-bauquières - 4).
Au total, la ceinture du bateau ainsi constituée à ce niveau forme une section carrée de 40 cm ! Un solide assemblage de durs bois tropicaux (ébène vert et courbaril) liés entre eux par de gros boulons et de long clous de bronze. Poids total, 5,5 tonnes !

premier bordé

Les préceintes sont posées (en argenté sur la photo).
Parfait, mais … comment disposer les autres planches ? Sous les préceintes, parallèlement à elles ? Difficile aux extrémités qui se ferment dans les deux plans, horizontal et vertical. Cela contraindrait les planches à une torsion hélicoïdale qui pourrait les casser. Il faut trouver une pente plus naturelle.
On a donc appliqué des lattes en partant de l’arrière, sans forte torsion (petite photo de gauche). On a marqué leur position et on les a remplacées par une planche du bordé, servant de référence : les autres seront posées au-dessus et au-dessous de chaque côté d’elle.
En bas, le long de la quille (petite photo en bas à gauche), l’équivalent des préceintes est formé par les planches de « galbord », les plus grosses et grandes planches du bordé. 40 cm de large, 7,40 m de long et 7 cm d’épaisseur ! Plus de 200 kg chaque planche ! On est obligé de les contraindre, aux extrémités, ce qui n’est pas sans énormes difficultés. Toute l’équipe s’y met. On pose, on contraint avec crics, palans à chaîne, palans à câble, serre-joints énormes fabriqués pour l’occasion. On vérifie l’ajustement, on retire tout et on rectifie : la planche doit s’ajuster parfaitement à la quille. On repose, on revérifie, etc. On y passe des journées, concentré, et  soucieux de ne pas recevoir ces planches sur les pieds !

regards attentifs

mecano

bordage

On a maintenant une limite supérieure (les préceintes), une inférieure (les galbords), et un bordé de référence entre les deux. On divise l’espace restant verticalement. Cela donne la largeur moyenne de chaque planche à poser. La dernière mise devra parfaitement s’encastrer, sans le moindre jeu pour que tout soit bien solide.

on peut calfater

C’est fini (les préceintes sont maintenant en rouge). La coque a reçu sa peinture de fond, elle est à l’abri, on peut passer au calfatage… Un autre long et minutieux travail ! Pas une goutte d’eau ne devra passer !

Junior maître calfat

Le Maître-Calfat, Cesar Junior. Il avait promis que la coque ne ferait pas d’eau. Un an après, elle n’en fait toujours pas…

Coque finie Karrek Ven


Le pavois aussi est terminé, le bateau a repris vie, il commence à se sentir des envies de retrouver la mer !

Aldo Ruggieri

Nous voulons rendre hommage à Aldo Ruggieri.
Ce Péruvien, fils d’Inca, semble-t-il, et d’aventurier italien, Maître-Charpentier de marine, professeur en construction navale traditionnelle en bois, réalisateur de reconstitutions pour des musées, constructeur d’une quarantaine de grands bateaux de pêche et d’un grand nombre de barques, formateur de deux générations des charpentiers ayant travaillé sur Karrek Ven, a lancé la restauration de notre navire.
Un infarctus l’a emporté au bout de trois mois, mais par l’impulsion qu’il a donnée, les directions qu’il a tracées, et à travers ceux qu’il avait formés, cette belle restauration fut son œuvre.

 


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