
Pour l’an Un du navire, une expédition en or !
Certes, mais il faut se rendre à l’évidence :
il n’y a pas d’équipiers à bord, personne pour
jouir de ce bateau ni de cette expédition. Que se passe-t-il ?
Au-delà du fait que le public connaisse encore peu cette possibilité,
il semble y avoir une incompréhension. Ces expéditions
parleraient à des enfants : courir après les corsaires
sur un voilier semblable aux leurs, aller vivre avec des Indiens… ils
sont partants dans l’enthousiasme.
Nous toucherions peut-être aussi de jeunes retraités, mais
les autres adultes, les jeunes adultes surtout, se demandent d’abord
ce qu’ils en tireront, à quoi cela leur servira. Ils
achètent cette expérience et n’ont pas 6 mois ou
1 an à lui consacrer si ce ne sont que de longues vacances.
Or, Karrek Ven offre bien une formation personnelle, par la
pratique de la navigation sur un tel bâtiment, par le travail à bord
en tant qu’équipier à part entière, prenant
en charge tout le bateau, par la vie en équipe, par les rencontres.
C’est sa fonction première. Judith nous le montrait dans
le dernier journal, exprimant les changements positifs qu’elle
avait éprouvés, suite à son passage à bord.
Retenons donc cela : Karrek Ven propose un développement
de la personnalité, des apprentissages, une formation.
Et, en petit, dans un coin de notre tête, laissons entrer ce qui
passionnerait l’enfant en nous. Par-delà la raison, c’est
notre moteur, inconscient mais puissant.
Quand et où y a-t-il des départs ?
Et c’est là que ça paraît flou : on part
quand on est prêt, et de là ou l’on est.
Pour le comprendre, il faut revenir à la formation. Ce bateau
fonctionnerait avec succès comme bateau de croisières caraïbes,
sur séjours courts avec calendrier précis et lieux prévus
d’embarquement et désembarquement.
On y apprendrait peut-être des rudiments de navigation, mais on
n’en tirerait pas grand-chose quant à sa formation personnelle.
Alors, nous proposons seulement la base matérielle et
technique, trop longue et trop coûteuse à acquérir
(le bateau, un capitaine), et à partir de cela et de la nécessité de
s’y mettre pour monter et mener l’expédition, commence
une aventure personnalisée et totalement formatrice. Pour partir,
il faut préparer le navire et plus tard l’entretenir, réparer
ce qui casse… Peinture, certes, mais aussi mécanique, électricité,
plomberie, électronique, couture, intendance, cuisine, matelotage,
travail du bois, manœuvre des voiles, radio, météo… tout
y passe ! Un vaste champ d’apprentissages dans un champ illimité d’aventure !
Nous pourrions nous « limiter » à cela,
l’intérêt en est certain. Nous proposons encore plus.
Si notre civilisation évolue peu quant à la barbarie, au
mal que l’on aime faire à l’autre, à la primauté du
pouvoir sur la conscience, il faut relever certains de ses développements
positifs. Une perception globale du monde et de son évolution
ont affiné notre sensibilité à l’écologie.
L’uniformisation de nos cultures relance notre intérêt
pour d’autres cultures qui pourraient disparaître. Notre
niveau de vie confortable nous pousse à des actions humanitaires
auprès de moins favorisés. Le modernisme galopant nous
fait prendre conscience de la nécessité de protéger
le patrimoine matériel, Karrek Ven comme d’autres vieux
gréements en a bien profité, échappant à la
mort.
Ce n’est plus un courant charitable ou touchant juste des spécialistes,
c’est un courant général si puissant qu’il
gagne même notre quotidien. On refuse d’acheter des vêtements
fabriqués dans des conditions infra-humaines, on ne veut plus
acheter un paquet de café pour lequel le producteur ne reçoit
qu’une cacahuète, on ne veut plus même jouer les touristes
inconscients, s’adjugeant le droit, pour quelques dollars de piétiner
des cultures et de se retirer d’un champ de ruines humaines.
Sous des appellations diverses, économie solidaire, économie
sociale, tourisme solidaire, etc, cette autre conception d’être
au monde gagne chaque jour.
Voyager dans ces conditions, sans démolir et en apportant autre
chose de plus constructif qu’une poignée d’euros nous
paraît essentiel. Karrek se meut dans le champ de l’économie
solidaire et sociale. Chacun à bord y gagnera en sensibilité à l’égard
des autres, des autres différents de nous surtout.
Enfin, pourquoi explorer, découvrir, sans en faire profiter d’autres ?
Nous ferons donc des reportages pour le public et, pour apporter
notre contribution à la connaissance universelle, de la recherche de
type universitaire.
Chacun à bord s’en enrichira : on découvre beaucoup
plus un pays, un peuple, lorsqu’on y cherche quelque chose que
lorsqu’on ne fait qu’y passer en flânant, ou volant
des images.
Le site de Karrek Ven sera prochainement réactualisé dans
ce sens, l’expédition projetée l’Or des Diables,
l’Or des Dieux, développée au regard des points qui
précèdent, et illustrée de cartes et de photos.
Un octobre karrekvennien
On a pu le noter, le journal mensuel reparaît régulièrement,
de même que le flash hebdomadaire de nouvelles.
Le forum d’échanges, précieux pour les
candidats à l’aventure, a été mis en place
comme prévu. Il n’est pas réservé aux seuls
candidats. Tous ceux qui ont des idées, des suggestions, des
propositions à faire y sont les bienvenus. On peut aussi toujours
nous toucher directement par contac@karrekven.net,
mais l’avantage du forum est d’informer immédiatement
tous ceux qui s’y sont inscrits et de permettre ainsi des rebondissements,
des contre- ou sur-propositions…
Trois des étudiantes de l’équipage 2005-2006 ont
par ailleurs fait des propositions d’aide et de recherche en France
pour la promotion des expéditions du Karrek Ven et des opérations
en partenariat avec des organismes français d’étude,
tant sur les baleines ou des thèmes nature, que sur des animations à l’étranger.
Un contact est même pris avec un groupe de cirque Colombien… A
suivre
Un ancien équipier de la seconde vie du voilier a offert sa participation
au bureau de l’association de gestion en cours de création.
Un autre ancien équipier travaille sur la société d’exploitation
du bateau, société qui aura la lourde charge de trouver
l’essentiel des fonds d’entretien, fonctionnement, assurance
du navire…
Il n’y a, par contre, pas eu d’autre proposition de participation à la
nouvelle équipe de permanents qui doit se constituer rapidement,
en France et à bord (cf détails dans le journal de Karrek
Ven n° 6 de début octobre)
Pas de nouvelle candidature d’équipier ce mois-ci non plus.
Deux dons conséquents ont réglé la facture de ces
3 mois écoulés de stationnement du bateau au port. Un appel
a été lancé pour que d’autres dons, même
très modestes, permettent à Karrek V en de ne pas faire
de nouvelles dettes tout en attendant son prochain groupe de candidats.
Il serait bon aussi de pouvoir profiter de cette escale pour faire faire
certains travaux nécessaires.
Fréquentation du site ce mois d’octobre :
734 visiteurs (pour 386 en septembre). La remontée est due en
grande partie au journal et aux flashes.
3905 pages ont été vues, dont 80 % par des Français,
et 86 % par des francophones.
Nous n’avons malheureusement pas de responsable du site en anglais
et en espagnol, où des traductions n’arrivent ainsi qu’épisodiquement.
26 % des pages vues concernent le journal et les flashes, et
autant l’album photos.
12 % les équipiers.
6 % « un bateau à vocation multiple »
3 % présentation du Karrek Ven.
68 % de ceux qui arrivent par moteur de recherche viennent de Google,
18 % de MSN France, 10 % de Yahoo France.
Cependant, 86 visiteurs seulement sont arrivés par moteur de recherche
(12 % des visiteurs), dont 17 par le nom du bateau. C’est la faiblesse
de notre site : sauf questions très catégorisées
(navigation vieux greement tropiques, par exemple, où il peut
sortir premier), il est noyé (si l’on tape « navigation
vieux gréement » ; un peu moins pour « stages
vieux gréement »).
Il faut améliorer cette situation. Cependant, le meilleur serait
qu’on vienne à ce site par bouche à oreille, et par
le fait que des revues et des sites spécialisés le signalent
(de navigation, d’aventures, de recherche, et de retraités).
Ce sera le travail de ce mois de novembre, mais pour cela nous avons
besoin de vos concours, amis lecteurs…
Images
Replongeons-nous un moment dans la restauration du navire pour célébrer
le premier anniversaire de son heureuse conclusion.
Le journal de la restauration a montré chaque semaine durant deux
ans sur 112 numéros le travail au fur et à mesure de sa
progression. Possédant à présent des photos de toutes
les étapes de la restauration,il est intéressant de les
regrouper par thème. A titre indicatif, en voici quelques-unes
qui illustrent deux opérations capitales : la fabrication
des membrures (les côtes du bateau), et le bordage, (mettre une
peau sur les côtes).
Membrer

Deux impératifs : garder sa forme au bateau, et
refaire les nouvelles membrures identiques aux anciennes.
Pour cela, on retire les planches du bordé de coque par zones
verticales. Cela dégage une série de membrures que l’on
va pouvoir remplacer.
La fenêtre en bas à droite de la photo montre les vieilles
membrures vues de l’intérieur. On voit bien les faiblesses
de certaines.

Trois étapes de la fabrication d’une membrure.
Un ancien élément de membrure a été retiré (en
bas). Nous l’avons d’ailleurs conservé et Karrek Ven
le ramènera en 2008 en Bretagne.
Il est posé sur un plateau de son épaisseur, servant ainsi
de gabarit. On trace, avec indication de l’inclinaison des faces.
Le plateau est ensuite scié à la scie à ruban et
l’élément travaillé pour affiner la découpe.
Enfin, on pose cet élément à la place de l’ancien.
Il sera chevillé, là, aux autres éléments
pour constituer toute la nouvelle membrure. Sauf à trouver un
bois courbe de cette taille, une membrure faite de plusieurs éléments
est plus solide que faite d’une pièce. Qu’on regarde
dans la petite photo ci-dessus les fissures verticales au niveau de la
courbure et l’on comprendra.

Manipulations difficiles ! Plusieurs personnes s’y mettent
pour guider, pousser, pendant le sciage. Attention, un faux mouvement
et la membrure sera à refaire, ou bien la lame de la scie cassera !

Tout le monde est tendu.

Les membrures ont toutes été remplacées. Il faut
maintenant « parer », c’est à dire
raboter et poncer pour que la face externe de ces assemblages n’offre
pas de bosses lorsqu’on y posera les planches de la coque. Il faut
que « ça file », que les planches s’appliquent
bien sur toutes les membrures.
C’est un travail délicat et long. On peut s’apercevoir à cette
occasion que quelques membrures « rentrent » trop
dans le bateau, la planche ne s’appuiera pas dessus. Dans ce cas,
on pourra glisser une petite cale entre le bordé et la membrure
pour combler ce vide (l’ancien Karrek Ven en avait). Mais si plusieurs
planches ne touchent pas, mieux vaut refaire la membrure. On dut en refaire
ici 4 ou 5 sur le total de 84.
Border
Les membrures sont posées, « appareillées »,
on peut maintenant commencer à border, c’est à dire à poser
les planches (les « bordés) de la coque.

On retire les anciennes préceintes (chiffre 1, juste
sous le pont) et l’on prépare les nouvelles. Elles sont
plus épaisses que les autres planches du bordé de coque :
7 cm au lieu de 5. On les force pour les appliquer sur le haut des membrures
(2), elles-mêmes bien tenues à ce niveau par une seconde
série de planches identiques, internes à la coque (les
serres bauquières - 3), renforcées par des poutres longitudinales
juste sous le pont (les contre-bauquières - 4).
Au total, la ceinture du bateau ainsi constituée à ce niveau
forme une section carrée de 40 cm ! Un solide assemblage
de durs bois tropicaux (ébène vert et courbaril) liés
entre eux par de gros boulons et de long clous de bronze. Poids total,
5,5 tonnes !

Les préceintes sont posées (en argenté sur la photo).
Parfait, mais … comment disposer les autres planches ?
Sous les préceintes, parallèlement à elles ?
Difficile aux extrémités qui se ferment dans les deux plans,
horizontal et vertical. Cela contraindrait les planches à une
torsion hélicoïdale qui pourrait les casser. Il faut trouver
une pente plus naturelle.
On a donc appliqué des lattes en partant de l’arrière,
sans forte torsion (petite photo de gauche). On a marqué leur
position et on les a remplacées par une planche du bordé,
servant de référence : les autres seront
posées au-dessus et au-dessous de chaque côté d’elle.
En bas, le long de la quille (petite photo en bas à gauche), l’équivalent
des préceintes est formé par les planches de « galbord »,
les plus grosses et grandes planches du bordé. 40 cm de large,
7,40 m de long et 7 cm d’épaisseur ! Plus
de 200 kg chaque planche ! On est obligé de les contraindre,
aux extrémités, ce qui n’est pas sans énormes
difficultés. Toute l’équipe s’y met. On pose,
on contraint avec crics, palans à chaîne, palans à câble,
serre-joints énormes fabriqués pour l’occasion. On
vérifie l’ajustement, on retire tout et on rectifie :
la planche doit s’ajuster parfaitement à la quille. On repose,
on revérifie, etc. On y passe des journées, concentré,
et soucieux de ne pas recevoir ces planches sur les pieds !



On a maintenant une limite supérieure (les préceintes),
une inférieure (les galbords), et un bordé de référence
entre les deux. On divise l’espace restant verticalement. Cela
donne la largeur moyenne de chaque planche à poser. La dernière
mise devra parfaitement s’encastrer, sans le moindre jeu pour que
tout soit bien solide.

C’est fini (les préceintes sont maintenant en rouge). La
coque a reçu sa peinture de fond, elle est à l’abri,
on peut passer au calfatage… Un autre long et minutieux travail !
Pas une goutte d’eau ne devra passer !
Le Maître-Calfat, Cesar Junior. Il avait promis que la coque ne
ferait pas d’eau. Un an après, elle n’en fait toujours
pas…

Le pavois aussi est terminé, le bateau a repris vie, il commence à se
sentir des envies de retrouver la mer !

Nous voulons rendre hommage à Aldo Ruggieri.
Ce Péruvien, fils d’Inca, semble-t-il, et d’aventurier
italien, Maître-Charpentier de marine, professeur en construction
navale traditionnelle en bois, réalisateur de reconstitutions
pour des musées, constructeur d’une quarantaine de grands
bateaux de pêche et d’un grand nombre de barques, formateur
de deux générations des charpentiers ayant travaillé sur
Karrek Ven, a lancé la restauration de notre navire.
Un infarctus l’a emporté au bout de trois mois, mais par
l’impulsion qu’il a donnée, les directions qu’il
a tracées, et à travers ceux qu’il avait formés,
cette belle restauration fut son œuvre.
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